Transversal
Entretien exclusif avec Stéphane Navarra, président de France Supply Chain
Stéphane Navarra, VP global supply chain RSC chez Alstom, a été récemment élu président de France Supply Chain by Aslog. À l’occasion du SITL 2026, il partage avec nous les principaux objectifs de son association professionnelle, en plein développement à l’international.
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Matthew Perget
Quel fut le contexte de votre nomination ?
J'ai eu le plaisir d’avoir été élu en décembre dernier à la présidence de France Supply Chain by Aslog. Autre privilège : Yann de Feraudy continue l’aventure comme coprésident, ce qui me permet de travailler en équipe avec lui. Nous bénéficions également d’une excellente directrice générale, Valérie Macrez, essentielle à la bonne organisation de l’ensemble de l'association. Fêtant ses 53 ans d’existence, France Supply Chain compte aujourd’hui presque 5 000 adhérents, dont de nouveaux arrivent quotidiennement. S’y ajoutent aussi quelque 500 sociétés de toutes tailles, écoles et organismes de formation partenaires.
Quel est votre lien avec l’European Logistics Association (ELA) ?
Nous avons effectivement la chance de faire partie de l’ELA, l'Association européenne de logistique. Yann de Feraudy en a été élu vice-président et travaille en lien étroit avec son président, Markus Mau. Cette proximité nous permet notamment d'adresser directement d’autres associations professionnelles européennes, en Espagne, en Allemagne et en Italie par exemple, et de mettre en commun un certain nombre de richesses, de savoirs, de compétences, d'initiatives.
Comment souhaitez-vous et parvenez-vous à renforcer votre positionnement à l’international ?
Notre stratégie de développement consiste à créer et renforcer ce que nous appelons des chapters, c’est-à-dire des groupes locaux rassemblant des adhérents de France Supply Chain à l'étranger. Une importante réunion organisée il y a deux semaines a par exemple réuni une cinquantaine de personnes à New-York, autour de sujets liés au digital notamment. Nous disposons également de chapters à Singapour, à Shanghai, en Roumanie… Et avons récemment noué des contacts avec la Chambre de commerce et d'industrie franco-indienne. Nous souhaitons également nous renforcer en Afrique, en commençant par l’Afrique du Sud, mais aussi en Amérique du Sud. Nos principaux objectifs consistent à fédérer, à faire se rencontrer les gens et à pouvoir échanger, à l’échelle internationale, sur les thématiques au cœur de la supply chain.
Quelles relations entretenez-vous avec les cabinets ministériels ? Parvenez-vous à faire porter la voix de votre secteur et à sensibiliser les pouvoirs publics ?
Nous sommes en effet en contact avec un certain nombre de cabinets. Nous avons également eu le plaisir d'inaugurer le salon SITL ce 31 mars, avec monsieur le ministre Philippe Tabarot. Ce qui démontre que France Supply Chain est également bien introduite au niveau du ministère. Mais nous pouvons toujours faire plus. L'anglicisme supply chain, plutôt récent, a besoin d’être démystifié et valorisé. Il aborde un périmètre éminemment stratégique, de la planification des ressources, allant de l'entrée des matières premières jusqu'à la livraison au client. Cela influe donc sur un certain nombre des paramètres critiques de l'entreprise, tels que les ventes et la trésorerie afférente. Dans un monde en disruptions constantes, comme nous pouvons le constater actuellement, la chaîne d’approvisionnement se doit d’être résiliente, mais aussi la plus durable et écoresponsable possible.
Par rapport au contexte géopolitique justement, quel est votre ressenti sur la situation, et quelles leçons peuvent en tirer les acteurs mondiaux de la supply chain ?
Avant la crise actuelle au Moyen-Orient, nous avions organisé au mois de janvier une table-ronde regroupant des chercheurs en supply chain, des universités, des grandes écoles françaises et des industriels, intitulée « Géopolitique et reconfiguration des supply chains : regards croisés chercheurs et praticiens ». Des disruptions majeures existaient déjà, comme les droits de douanes des États-Unis, qui ont obligé à réfléchir à des schémas différents. La crise récente n’a fait que renforcer l’importance de cette question : « Qu'est-ce que cela implique en termes de reconfiguration des supply chains ? » Ce contexte a en effet obligé les entreprises, internationales en particulier, à réagir rapidement. Il a fallu mettre en place des circuits de secours permettant de continuer à approvisionner les pièces, produits ou autres logiciels en provenance des zones impactées, tout en limitant la dépendance à un seul schéma. À noter également que nous avons récemment connu la crise du canal de Suez avec les Houthis, qui a impliqué d’importantes reconfigurations chez les acteurs du transport maritime, avec des passages par le Cap de Bonne-Espérance et une augmentation des coûts.
Nous nous préparons également à l’évolution de la réglementation sur les droits de douane, qui va occasionner de nombreux changements. À l’ère du digital, prégnant dans nombre d’entreprises, nous sommes abreuvés de tonnes de données. Le sujet consiste aujourd’hui à traiter les bonnes informations et lire les signaux. Beaucoup de nos adhérents s’intéressent ainsi aux apports de l'intelligence artificielle, afin de gérer les risques, de prendre les meilleures décisions au bon moment, et de réagir le plus rapidement possible. Les perturbations que nous vivons nous conduisent enfin à intensifier le décloisonnement des fonctions dans les entreprises, sujet fondamental à l’amélioration de la résilience de la supply chain.
Que pensez-vous de la qualité de l’écosystème de formation français autour des métiers de la supply chain, et de l’attractivité du secteur pour les jeunes ?
Nous disposons de bonnes écoles en France, mais il n’existe pas assez de formations spécialisées en supply chain : il en faudrait davantage. La diversité de ses métiers n’est pas encore reconnue à sa juste valeur. Nous le constatons au niveau du reporting dans certaines entreprises. Or en renforçant son positionnement, notamment au niveau des conseils d’administration, nous pourrons attirer davantage de talents. Ayant travaillé à l’international, dont en Amérique du Nord, je peux témoigner que la supply chain est bien mieux considérée dans certains pays, notamment aux États-Unis. Il reste encore beaucoup à faire en France, d’où la raison d’être de notre association.