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et logistique

Transversal

Valoriser la donnée : enjeu majeur pour la supply chain

Publié le 13 avril 2016

4. Partage des données : Un manque de confiance

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L’exploitation des données revêt une dimension stratégique inédite. Cependant, le manque de partage d’informations et de communication entre acteurs de la supply chain freine les opportunités de développement au sein de cet eldorado digital. Le manque de confiance entre partenaires tend à réduire les initiatives de collaboration, pourtant plus porteuses.

L’évolution exponentielle de la puissance de calcul informatique a permis l’émergence d’algorithmes plus performants. Plus encore, ils sont désormais en capacité d’apprendre d’eux-mêmes, par une étude empirique des bases de données et, chose récente, des données des objets connectés auxquels ils peuvent être reliés. Ces algorithmes auto-apprenant, issus du « machine learning », permettent aux éditeurs qui les exploitent de proposer des outils évolutifs dans le temps, réduisant ainsi les coûts de mise à jour de leurs solutions et le besoin en main-d’oeuvre humaine pour les clients qui les exploitent. Couplée à des réseaux internet avec des débits de transmissions toujours plus importants, une offre pléthorique d’outils orientés « data » s’est développée. « En tant qu’éditeur de logiciels, nous sommes amenés à repenser nos solutions et la manière d’optimiser le traitement des données, assure Slimane Allab de JDA Software. Nous n’utilisons plus d’algorithmes standards mais des algorithmes auto-apprenant, qui évoluent selon les évènements passés, les réactions des gestionnaires pour ajuster les décisions et opérations associées (prévision de la demande, flux produits…) ; ceci pour que le gestionnaire puisse se focaliser sur des tâches à forte valeur ajoutée. »

 

Les retours sur investissement des solutions, même s’ils varient considérablement en fonction de la taille et des besoins d’une entreprise, tendent à baisser continuellement. Cependant, tous les acteurs ne trouvent pas forcément le même intérêt économique à investir dans des logiciels d’échange d’informations informatisé. Face à la grande diversité et à la nouveauté des offres, il peut devenir difficile pour une entreprise au budget restreint de trouver l’outil le plus adapté à son activité. Quand les multinationales peuvent se permettre d’initier cinq projets de recherche et développement en investissant sur cinq solutions différentes, avec la quasi-certitude qu’au moins deux des projets rentabiliseront les pertes des trois autres, certaines petites et moyennes entreprises n’ont pas les fonds suffisants pour partir à l’aventure. Afin de limiter les mauvais choix et les pertes qu’ils peuvent occasionner, la définition des besoins et des standards d’échanges devient essentielle. Car outre la difficulté pour une entreprise d’avoir à rédiger un cahier des charges pour des solutions s’insérant dans un champ d’applications relativement jeune, elle peut aussi être confrontée à la frilosité de ses partenaires pour échanger des informations.

 

Frilosité de partage des données

François de Corbière, enseignant chercheur au département sciences sociales et de gestion de l’École des Mines de Nantes (en charge d’une option de dernière année pour l’assistance à maitrise d’ouvrage pour les projets informatiques), a rédigé sa thèse dans la spécialité « système d’informations » sur l’électronisation des échanges de fiches produits entre industriels et distributeurs. Lors de ses recherches effectuées de 2006 à 2010 auprès de nombreux distributeurs et industriels français, mais aussi auprès d’acteurs internationaux, il a pu constater un manque de partage des informations liées aux produits entre les différents maillons de la supply chain. « En 2010, les entreprises nationales et multinationales souhaitaient garder la maîtrise de leurs informations produits, introduit-il. Un certain nombre refusait de publier ses informations dans des catalogues externes parce qu’elles ne voulaient pas déléguer la gestion de leurs informations produits et préféraient la gérer en interne. » En conservant le monopole de gestion de leurs fiches produits, les entreprises préviennent toute possibilité d’espionnage industriel ou de base comparative pour des concurrents malhonnêtes.

 

Ce climat de suspicion a longtemps ralenti l’échange d’informations en temps réel entre industriels, distributeurs et fournisseurs, échange qui offre pourtant de nombreux avantages : rapidité de traitement de commandes accrue, meilleure qualité des données grâce à l’harmonisation des différents systèmes d’information, réduction des litiges… François de Corbière explique que les directeurs de systèmes d’information de nombreuses entreprises nationales ont longtemps proposé à leur direction la mise en place de catalogues électroniques internes pouvant être source d’informations pour l’externe. Une demande qui n’a été entendue qu’assez récemment par les distributeurs, après avoir constaté l’intérêt de la synchronisation des informations produits et s’assurer de la bonne sécurité des échanges.

 

Les distributeurs et leurs partenaires sont désormais plus enclins à communiquer des données sur les stocks des produits, leurs emplacements, leurs caractéristiques physiques. En revanche, tout ce qui a trait à l’analyse comportementale des clients opérée par les distributeurs et aux prévisions de ventes reste la plupart du temps dans les seules mains de leurs analystes. « Il y avait déjà du prévisionnel au niveau du client final il y a quelques années, affirme François de Corbière. Aujourd’hui pour les distributeurs, l’analyse des comportements clients, des tendances de ventes et des sorties de caisses, sont des informations qui leur donnent le pouvoir vis-à-vis des industriels. Ce ne sont pas forcément des informations qu’ils partagent aisément. » Seules quelques entreprises privilégiées, auxquelles les distributeurs font confiance, peuvent ainsi disposer de ces éléments stratégiques. Le cloisonnement des données, le « chacun son fichier », tend cependant à reculer dans les réseaux de distribution, grâce à des initiatives de standardisation des fiches produits mises en place pour faciliter et accélérer les échanges.

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