Accueil / Expertises / Le maintien en condition opérationnelle, supply chain du soutien

EXPERTISES

Le maintien en condition opérationnelle, supply chain du soutien

02.01.2018 • 10h03
A_1

DR

Une armoire électrique, qui après une panne majeure, tarde à être changée faute de pièce de rechange et l’usine s’arrête. Nombreux sont les exemples pour lesquels la question historique de ce qui est encore trop souvent réduit à l’appellation de maintenance, est devenue centrale. Une tribune signée par Philippe-Pierre Dornier, professeur à l’Essec et président de Newton.Vaureal Consulting.

Plus les besoins et les usages tendent vers la recherche explicite d’une fonctionnalité et non pas vers un simple produit physique, et plus la demande s’exprime en termes de mise à disposition de services dans la durée : un transporteur routier recherche davantage des kilomètres à parcourir sans panne, que des camions. Une responsable des services généraux est à la recherche d’impression et non plus d’imprimante… Dès lors, les business models évoluent et plutôt que de vendre des pneus, les manufacturiers vont vendre aux compagnies aériennes de la liaison au sol, facturant non plus un produit physique, mais une fonctionnalité, l’unité de comptabilité étant le décollage et l’atterrissage. Maintenir sans discontinuité cette mise à disposition d’une fonctionnalité, dans la durée, parfois très longue (des dizaines d’années pour des hélicoptères, par exemple), est un challenge qui fait évoluer la maintenance vers le maintien en condition opérationnelle (MCO) et place sa composante supply chain au premier plan.

 

Le maintien en condition opérationnelle regroupe les opérations rendant possible à un matériel d’être apte à l’emploi tout au long de sa vie. Ce matériel peut ainsi produire, dans la durée, les fonctions pour lesquelles il a été conçu et mis en oeuvre. Les opérations comprises dans le MCO rassemblent, bien entendu, la maintenance à ses différents niveaux (sur le terrain lui-même ou chez l’industriel, la pièce ayant été retournée vers des ateliers de réparation), qu’elle soit préventive ou curative, l’approvisionnement des pièces de rechange, leur test, leur réparation, leur stockage, toutes les opérations liées à la gestion des flux d’information, la gestion de configuration ou la tenue à jour des référentiels techniques, ainsi que les opérations de maintien des compétences comme la formation.

 

L'exemple de l'armée

L’univers militaire a été et reste un modèle à observer dans la prise en compte progressive de cette dimension dans ses processus et son organisation. Avec des gestions de parcs étendus (15 000 camions dans l’armée de terre) ou des matériels uniques d’une grande sophistication technologique (le porte-avion Charles-de-Gaulle), il a fallu, depuis une dizaine d’années, que les armées revoient leur approche du sujet pour tenter de s’échapper de la trappe infernale du MCO : voir les coûts augmenter de manière régulière tout en observant une dégradation progressive des taux de service. Les coûts du MCO sont de plus de 6 milliards d’euros chaque année pour le ministère de la Défense. Création de métiers nouveaux, déploiement de nouveaux systèmes d’information, mise en oeuvre de processus collaboratifs avec leurs fournisseurs… ont été les points de passage obligé. Il est vrai que les attentes sont complexes, car certains matériels intègrent des composantes issues de savoir-faire pointus très divers.

 

L’armement en est une bonne illustration car en achetant un « système d’arme », l’armée achète un vecteur de déplacement (un châssis, un moteur, un aéronef) mais aussi un armement embarqué et tous les systèmes de protection ou d’aide à la décision associée. Un avion de combat qui vole mais sans son viseur de nuit, est toujours un avion mais il n’est plus apte au combat nocturne. Dès lors, le client ne peut avoir des offres juxtaposées sur chaque partie de son système, il lui faut une offre plus intégrée tout au long de la supply chain du soutien qui lui garantit la capacité d’emploi de son matériel dans sa plénitude. Pour répondre aux besoins d’offre intégrée du marché, capable de soutenir le système dans son ensemble, des acteurs multiples, fournisseurs de solutions ont développé des offres MCO originales : les systémiers intégrateurs (RTD, Nexter), les équipementiers (Thales, Sagem) et des fournisseurs de services (Ineo, Suez…).

 

Quelques règles

De l’observation de leurs approches MCO, il est possible de faire émerger quelques règles permettant de révéler ce que sont les bonnes pratiques de la supply chain du soutien à mettre en oeuvre. Avant tout, il faut apprendre à passer d’une posture historique de simple maintenance englobant la réparation et la livraison de pièces de rechange, à une posture de maintien en condition opérationnelle reposant non seulement sur une offre explicite de prestations de services mais également sur des prestations de pilotage (prévisions, planification). À l’image des démarches générales au sein des supply chain, il faut savoir s’extraire de la seule composante exécution (la logistique) pour accéder à un niveau de plus grande valeur ajoutée incluant le pilotage et la reconception permanente des solutions. L’offre de service liée à un produit physique devient dès lors une valeur ajoutée pour l’ensemble du business.

 

Une entreprise comme Renault Trucks Défense (RTD) a suivi cette évolution depuis quelques années avec succès. Face à la recherche des Armées pour accroitre la disponibilité opérationnelle de ses équipements, RTD s’est attaché à proposer une disponibilité non plus par rapport à un parc existant mais par rapport à un emploi. Cette posture nouvelle transforme la supply chain en impliquant par exemple des capacités à mieux maintenir au plus près du théâtre des opérations en distribuant des pièces de rechange sur des délais beaucoup plus courts, à la demande, avec réduction du stock de dotation initiale. Parallèlement, les processus ont été adaptés à la spécificité de la production de services et les organisations ont évolué via l’intégration de compétences actualisées pour soutenir les offres nouvelles ; Des métiers spécifiques à la supply chain ont émergé dans des organisations techniques traditionnelles. Les systèmes d’information de ce domaine évoluent également, en intégrant des solutions SLM (Service lifecycle management) facilitant l’intégration du client et des autres acteurs. Les solutions SLM viennent en complément des solutions PLM (Product lifecycle management) et créent la cohérence entre les données produits et les données des services de support. Le digital, en offrant la mise en oeuvre de solutions basées sur l’IoT offre de nouvelles capacités de suivi de l’emploi des matériels et de prédiction associée de leur défaillance possible.

OFFRES D'EMPLOI
GT LOGISTICS / Toute la France
SAVOYE / 21 - Côte d'Or
SDZ PROCESSREA / 92 - Hauts de Seine
SDZ PROCESSREA / 92 - Hauts de Seine
BUZZ LOG
“La logistique doit absolument se rendre plus visible pour être plus performante. Plus il y aura de cerveaux qui se pencheront sur ses problématiques, plus grandes seront les chances de réinventer le système de façon disruptive.”
— Marie-Xavière Wauquiez, responsable de l’incubateur Rolling Lab
SUIVEZ-NOUS
NEWSLETTER
Pour rester informé chaque semaine