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La supply chain est en risque !

31.03.2017 • 10h20
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Si la supply chain est marquée, tout particulièrement dans sa composante logistique, par des aléas opérationnels, elle est aujourd’hui exposée de manière plus subtile et insidieuse mais avec des conséquences autrement plus graves, aux actes de malveillance : vol, contrefaçon, acte de dégradation, atteinte à l’intégrité des produits… Analyse de Philippe-Pierre Dornier, professeur à l'Essec et président de Newton.Vaureal Consulting, société de conseil en stratégie et organisation dans les domaines de la logistique et du supply chain management.

Tout ce qui était du domaine de l’imaginaire et du débat exceptionnel, devient un sujet de réflexion permanent dans les organisations supply chain pour tenter de s’organiser et de s’en prémunir. Dans le Global Operations Megatrends Study – Focus on Risk Management d’Accenture, 76 % des responsables interrogés jugeaient importante ou très importante la gestion des risques pesant sur la chaîne logistique ou supply chain. Il y a des mots qui marquent des époques. Ainsi en est-il du risque. Et, dans cet univers flou dans lequel nous baignons, la recherche du sens des mots peut, parfois, éclairer le sens de l’action que nous devons leur associer. Si la supply chain pense la conception de ses solutions, elle est surtout dans l’action répétée à l’infini qui concrétise ce qui a été imaginé et pensé par d’autres et qui se confronte à la réalité d’un environnement incertain.

 

Le supply chain manager est un faiseur, et faire comprend un risque. Le risque est inhérent à la supply chain. On s’étonnera de découvrir que l’apparition du mot risque dans la langue française est très tardive. Il n’y est apparu qu’au XVIe siècle (1557 exactement). L’étymologie en est étonnamment obscure. Mais on ne s’étonnera pas de la voir passer par l’italien avec le mot risico qui est directement associé à la logistique pour qualifier les aléas associés aux entreprises maritimes des commerçants italiens de l’époque. Pirates mais aussi récifs (même étymologie que le mot risque) pouvaient mettre à mal une expédition commerciale. Mais la source initiale, rizq, est supposée venir de l’arabe, le peuple arabe commerçant tout autour de la Méditerranée. Dans le Coran, le rizq représente les moyens de subsistances et les subsistances qui nous sont allouées par Allah et qui peuvent en fonction de nos actions soit être retirées ou au contraire, être améliorées. Selon les sensibilités, le risque est ce qui ouvre vers la possibilité d’un événement problématique, vers un danger ou au contraire ce qui est du domaine du don fortuit. La maîtrise du risque au sein des supply chains passe par trois maîtres-mots : anticiper, s’entrainer et observer. Il faut penser l’impensable, s’y préparer et veiller, être sur le qui-vive du soldat sentinelle.

 

Anticiper

La construction de PCA (plan de continuité d’activité) est un bon fil conducteur pour mobiliser les énergies et les intérêts sur le sujet des risques fortuits allant de l’arrêt partiel ou complet d’un entrepôt à celui de l’impossibilité de pratiquer un mode de transport. Le PCA traite généralement des risques qui apparaissent sans intention de nuire. En retour d’expérience les PCA rencontrent trois natures de difficultés dans leur conception. La première est relative à l’expression des objectifs en période transitoire définissant les temps de recouvrement de la situation normale. Ici comme dans les situations normales, tout est une question de cahier des charges. En combien de temps faut-il pouvoir retrouver un niveau apparent d’activité par typologie de points de vente ? Un magasin fashion sur les Champs-Élysées fin novembre ne recouvre pas les mêmes enjeux qu’un point de vente de la même marque dans une ville de taille moyenne, au mois de mars. La seconde difficulté est relative à l’implication des prestataires logistiques dans le processus car une bonne partie de la réussite de la démarche en dépend. Enfin, le troisième sujet est relatif à l’implication des directions générales sur des sujets à connotation négative mais qui nécessitent leur présence et leur capacité de rassemblement, eu égard au nombre d’acteurs concernés (communication, sales, marketing, production, achats…).

 

Le sujet de l’anticipation est plus délicat encore quand il porte sur les actes de malveillance. Savoir les identifier, les révéler et les mettre sous observation est déjà en soi un premier niveau de performance. Savoir ensuite mener un audit de la supply chain pour identifier les zones de porosité où ces actes pourraient se concrétiser réclame à la fois des compétences métier sur la supply chain, et une connaissance affutée des problèmes pouvant se concrétiser. 

 

Se préparer et entraîner les équipes

Si consacrer du temps à imaginer les conséquences de situations ou d’actes malheureux réclame une volonté affirmée, se préparer à les maîtriser quand ils apparaissent est une autre affaire. Il faut se rappeler les propos d’Adolphe Thiers dans son Histoire du Consulat et de l’Empire : « On ne voit dans les récits ordinaires de guerre que des armées formées et prêtes à entrer en action. On n’imagine pas ce qu’il en coûte d’efforts pour faire arriver à son poste l’homme armé, équipé, nourri, instruit et guéri s’il a été blessé ou malade. » Et Thiers ajoutait : « Toutes ces difficultés s’accroissent à mesure que l’on change de climat ou que l’on s’éloigne du point de départ. » Le point faible de la plus grande partie des PCA, c’est qu’ils ne sont pas “joués” régulièrement. Si la conception a été bien faite, le seul moyen de l’appropriation efficace tient dans l’entrainement. La supply chain est dans l’action quotidienne, et nous partons du principe que cette action vaut entrainement. Mais qu’en est-il de l’exceptionnel ? Il faut donc s’entraîner à s’y confronter de manière volontariste. Décider c’est trancher. Et la décision dans l’action se prépare dans la répétition. 

 

Rester sur le qui-vive et mettre sous observation

C’est là où le big data et les outils analytics prennent tout leur sens. Les nouvelles générations d’outils comme Watson d’IBM ou GPS de Business Investigation viennent se fixer sur les flux d’informations endogènes ou exogènes à l’entreprise, et ont la capacité, après une certaine période d’auto-paramétrage (machine learning) d’identifier des signaux faibles associés à des risques croissants. Si dans un entrepôt de plusieurs centaines de personnes, un préparateur édite plusieurs fois les mêmes étiquettes de préparation et prépare deux colis, pour un, avec un complice aux expéditions qui laisse passer les doublons, alors seul un outil analytics peut identifier ces “bruits” dans le flot permanent d’information.

 

Accepter de voir le risque dans sa plénitude, y consacrer des moyens en continu et non pas de manière erratique, le mettre sous observation et s’entraîner à le traiter quand il se concrétise sont les pratiques managériales à renforcer aujourd’hui. Implanter dans des process clairement identifiés les outils de gestion des risques contribue à l’instauration d’une supply chain plus résiliente.

 

 

Crédits photo : Background image created by D3images - Freepik.com

BUZZ LOG
“Tirer parti des standards GS1 doit rendre plus interopérables les applications blockchain dans la supply chain.”
— Yorke Rhodes III, global business strategist blockchain de Microsoft
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