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INTERVIEW

Rencontre avec Paul Guillemin, fondateur de FretLink

27.09.2017 • 20h30
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par Laurène MATZEU DE VIALAR
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Les entreprises doivent voir au-delà de l’offre d’outils numériques - qui ne cessera de se renouveler - et choisir les solutions qui leur conviennent et correspondent à leur organisation.
Si l'on connait désormais bien FretLink, la jeune pousse créée en 2015 qui accompagne les industriels dans la gestion et le pilotage de leurs opérations de transport via son outil technologique, il est désormais temps de découvrir Paul Guillemin, son fondateur et sa vision du secteur sur lequel il évolue.

Quels sont selon vous les impacts majeurs de la transformation digitale sur les organisations et les process logistiques ?

La transformation digitale des entreprises touche tous les échelons de la chaîne logistique. Premièrement, elle impacte la communication au sein d’une organisation. En communiquant de façon standardisée et centralisée à tous les niveaux de l’entreprise, chaque intervenant de la chaîne logistique - qu’il soit interne ou externe - dispose en permanence du bon niveau d’information. La fluidité de l’information permet à l’entreprise de se montrer bien plus flexible et réactive. Un process logistique peut désormais être optimisé en temps réel selon les changements qui l’impactent en amont (changement de fournisseurs, modification des plans de transport, etc...), et en aval (fluctuations des ventes, opérations promotionnelles, etc…). Digitaliser sa supply chain favorise un pilotage plus stratégique de son activité, par une meilleure exploitation des données. Les rapports et analyse de performances sont plus pertinents et les prévisions d’activité plus fiables. La direction dispose d’une vision plus claire de l’activité de l’entreprise et d’un véritable outil d’aide à la décision. Cela lui permet d’entreprendre une démarche d’optimisation continue des process et des performances de l‘entreprise.

 

Selon vous, où en est la transformation numérique des supply chain en France ?

Quelque soit le secteur, une prise de conscience des managers s'est opérée. Ils sont, en 2016, 75% à penser que la transformation digitale de la supply chain est stratégique pour leur entreprise (sources : Capgemini, GT Nexus). Mais toutes les entreprises n’en sont pas au même stade. Certaines ont évolué de manière phénoménale et profité de leur transformation numérique pour faire de la logistique l’un des atouts clés de leur proposition de valeur. Elles se distinguent de leurs concurrents – au-delà des produits qu’elles vendent - grâce à une logistique plus flexible, par exemple en étant plus rapides ou plus ponctuelles dans leurs délais de livraison. C’est particulièrement le cas dans le e-commerce, où le délai de livraison oscillait entre 5 (livraison colis classique) et 3 jours (livraison express) : il est désormais fréquent de se voir proposer la livraison en 24h voire le jour même lorsqu’on est situé dans une grande ville. Si d’autres entreprises mettent plus de temps à évoluer, on constate un élan général de modernisation. Les TPE / PME industrielles, dont les habitudes de production et d'organisation sont plus difficiles à changer, vont elles-mêmes vers une transformation digitale rapide de leur supply chain pour répondre aux attentes de leurs clients.

 

Qu’en est-t-il du transport ?

Le transport routier a longtemps été considéré comme la boîte noire des organisations logistiques : opacité sur les prix, l’identité donc la fiabilité des prestataires et absence de suivi de la marchandise. C’est le dernier maillon à opérer sa mutation digitale mais elle est nécessaire et très attendue. Le transport a été longtemps considéré comme un coût qu’il fallait compresser au maximum. S’en est suivi une mise en concurrence qui dégrade la qualité de service proposée par les transporteurs. Cette dégradation perturbe les organisations logistiques. Pour les industriels, les questions de la sécurisation, du pilotage et d’optimisation de leurs flux de transport sont aujourd’hui devenues particulièrement sensibles. Ces derniers sont de plus en plus nombreux à attendre une qualité de service optimale de la part des transporteurs afin de pouvoir garantir la tenue des délais et du cahier des charges à leurs propres clients quitte à mieux rémunérer le transport. Une solution comme FretLink répond à ces nouvelles attentes. De leur côté, les sociétés de transport attendent aussi qu’on leur donne les moyens d’assurer correctement leurs prestations. En recevant des ordres standardisés et en étant positionnées sur des lignes régulières, les transporteurs ont de la visibilité sur leur activité et donc sécurisent le fret des chargeurs et pérennisent leur exploitation. En s’assurant des revenus sur le plus long terme, les transporteurs pourront aussi moderniser leur flotte et recruter de nouveaux chauffeurs.

 

Pensez-vous que la digitalisation de la supply chain repose uniquement sur l’appropriation de nouvelles technologies ? N'est-elle pas également organisationnelle ?

La digitalisation de la supply chain repose, certes, sur la mise en place et le déploiement de nouvelles technologies mais, aujourd’hui, les entreprises ne travaillent jamais seules. Elles travaillent, en amont et en aval, avec de nombreux fournisseurs et prestataires parfois très divers mais qui doivent tous collaborer en bonne intelligence. Le véritable enjeu est de faire bon usage des nouveaux outils numériques, de la part des équipes logistiques en interne comme de leurs prestataires. Ainsi, la réussite de la transformation digitale de la supply chain est étroitement liée à la transformation digitale de chaque partenaire tout au long de la chaîne logistique. La faiblesse d’un seul maillon remet en question la solidité de toute la chaîne logistique, et cela quelque soit la puissance des outils digitaux utilisés. Cela implique, pour tous les partenaires, de changer des méthodes de travail qui ont fait leurs preuves et sont devenues des habitudes. Les infrastructures et les équipes déjà en place sont difficile à faire bouger. Et les entreprises se doivent de les accompagner dans cette transformation, en partageant les perspectives d’avenir, mais également en les formant aux usages des nouveaux outils ou des nouveaux process.

 

Quels sont selon vous les principaux outils à adopter pour digitaliser sa supply chain ?

Les professionnels utilisent, certes, depuis longtemps des logiciels tels que WMS pour la gestion de l'entrepôt, des TMS pour leurs transports, voire des FPS pour les approvisionnements. Mais désormais, l'innovation va bien au-delà. Les robots et cobots font leur entrée dans les entrepôts, le Big Data révolutionne notre manière d'envisager le traitement, et l’analyse des données numériques que la supply chain produit quotidiennement... mais ce n'est que le début. Les entreprises doivent voir au-delà de l’offre d’outils numériques - qui ne cessera de se renouveler - et choisir les solutions qui leur conviennent et correspondent à leur organisation. Il n’y a pas de réponse “prêt-à-porter” dans ce domaine. J'insiste sur l’importance de la mise en réseau des différents partenaires qui interviennent sur l’ensemble de la supply chain. Les solutions Cloud (ou SaaS) répondent, aujourd'hui, à ce défi en alliant l'agilité d'un outil en ligne à la force d'un logiciel "en dur". Elles peuvent être le bon choix pour faire communiquer entre eux les différents maillons de la chaîne logistique afin de créer un ensemble efficient et adapté aux besoins de l’entreprise. Ce sont aussi des outils qui sauront s’adapter aux évolutions futures de l’entreprise tant d’un point de vue organisationnel que technologique.

 

En quoi cette transformation de l’ensemble des processus logistique et transport peut être un véritable levier de croissance ?

Cela peut être un vrai levier de croissance, et ce à plusieurs niveaux, comme nous le voyons au quotidien chez FretLink. D’une part, la productivité augmente avec la digitalisation des process. Beaucoup de tâches sont encore réalisées au téléphone, par fax, voire par voie postale pour certains documents administratifs… Le digital permet ainsi d’accélérer la réalisation ou même d’automatiser certaines tâches chronophages sans véritable valeur ajoutée. D’autre part, les coûts peuvent être ainsi réduits grâce à une organisation plus simple, plus efficace et plus fluide. Chez FretLink, nous recherchons systématiquement des compléments de flux et des contre-flux pertinents pour optimiser le taux de remplissage des véhicules mis à disposition de nos clients. C’est de cette manière que nous cherchons à optimiser ainsi leur budget transport. Enfin, cela permet une production plus agile que jamais. Capable de répondre aux différentes sollicitations (amont et aval), les entreprises peuvent maintenir une qualité de service optimale, ce qui au bout du compte leur permet de dynamiser leurs ventes.

BUZZ LOG
“Tirer parti des standards GS1 doit rendre plus interopérables les applications blockchain dans la supply chain.”
— Yorke Rhodes III, global business strategist blockchain de Microsoft
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