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Mon patron supply chain est-il un leader ?

16.08.2018 • 09h30
Une tribune signée par Philippe-Pierre Dornier, professeur à l’Essec et président de Newton.Vaureal Consulting.

Le moment inspirant ces quelques lignes est un début de soirée passé parmi des directeurs supply chain et logistique, à écouter le témoignage d’un sportif qui aurait souhaité être plus célèbre encore, et qui partageait son expérience sur les vertus qui lui ont permis de se dépasser et d’entraîner son équipe avec lui. Je ne suis pas très à l’aise en particulier quand, en conclusion, avec une certaine candeur, notre conférencier sportif remercie celui qui, au premier rang, lui a « écrit les textes » et lui a appris « à les mettre en scène » pour « industrialiser » ses conférences… Le fond était certainement juste, mais la forme enlevait toute vérité à son propos. Cependant, cette soirée n’a pas été perdue grâce à l’un de mes voisins, patron supply chain d’une entreprise dont le nom parlerait à chacun. « Extraordinaire cette conférence. Quelle sincérité ! ». Je me suis demandé s’il plaisantait. Mais non.

 

Alors, nous avons entamé une conversation sur le sens de ces propos et sur l’intérêt pour lui de venir participer à ce genre d’événement. Au détour de la conversation, il m’a déclaré : « Le problème majeur des dirigeants dans les fonctions supply chain et logistique, c’est que ce sont des managers. Tous les patrons supply chain qui nous entourent, comme moi, avons un déficit de légitimité. Nous sommes vus par le biais de l’exécution de nos missions et non pas comme des leaders. Nous venons ici car nous avons besoin de nous identifier à des leaders. Cela nous fait du bien. » Ce témoignage, cette fois-ci, était clair et sans détour.

 

Mais qu’est-ce qu’un bon leader supply chain et qu’est-ce qui le différencie d’un bon manager ? 

Mise sous process, mapping de process, design de process, process owner… Il est souvent dit que la fonction supply chain est une fonction sous process. Ils sont multiples, de la prévision à l’order fulfilment en passant par le réapprovisionnement des stocks et le S&OP. Le process est une suite d’opérations qui permet de transformer un input en output. C’est donc un ensemble d’activités enchaînées qui produit un résultat contribuant à un but déterminé. Ce retour aux fondamentaux étant posé, qu’est-ce qui fait que ces process sont appliqués avec efficience et le meilleur ouput, au moindre coût, en respectant sécurité, développement durable… ? Certes, une bonne conception initiale et bien évidemment, la mise en place de KPI pour quantifier les résultats. Mais surtout un bon manager qui apporte les compétences afin de favoriser la bonne implication de chacun pour concrétiser les orientations et les décisions stratégiques qui lui ont été données, en résultats tangibles.

 

Le mot manager s’il se réfère aujourd’hui à la langue anglaise, a pris ses racines en France et renvoie à un vieux mot français lié au dressage des chevaux dans des manèges. On comprend mieux ainsi l’inspiration profonde derrière le mot manager. Le manager conduit une équipe dans l’exercice d’une mission bien déterminée, pour réaliser des opérations bien identifiées en entraînant les personnes. Dans une première partie de carrière, pour devenir bon manager, il faut effectuer les figures imposées par le système des entreprises qui définit ce qu’est la bonne forme de la réussite. Ne pas s’occuper d’une équipe, ne pas la conduire est vu souvent comme une lacune, ou comme le fait de ne pas avoir encore atteint le bon niveau de maturité dans une fonction. Mais la combinaison des aspirations personnelles, de l’attente des équipes et la nécessité de composer avec un environnement complexe, exposent tôt ou tard, les managers à se voir interpeler pour savoir s’ils sont de bons leaders. La mue est difficile. Certains assimilent le management et le leadership à deux appellations recouvrant un concept flou. D’autres comprennent que la recherche du bien commun doit les amener à changer de pratique et à abandoner en partie ce qu’ils pensaient avoir appris à maîtriser en tant que manager, pour devenir de bons leaders.

 

Mais pourquoi nous faut-il de bons leaders en supply chain ?

Où est le temps calme où l’expertise dans la supply chain était dans les mains de cabinets de conseil spécialistes de la modélisation des réseaux ? La prise de décisions supply chain était alors simple. Aujourd’hui, la combinatoire des contraintes (marchés, produits, services, sourcing…), des solutions possibles (réseaux, équipements…) et les opportunités, en particulier avec l’apport du digital, sont telles, que la modélisation ne peut être le seul facteur de maîtrise d’une supply chain. L’incertitude est grande. Dès lors, le leader s’impose, Il est celui qui va inspirer et influencer chaque personne individuellement et le groupe pris dans son ensemble.

 

La voie à suivre doit être éclairante et inspirante. Eclairante pour entrevoir un chemin possible meilleur que les autres et inspirant pour diffuser la motivation nécessaire au sein d’un collectif quelle que soit sa taille, afin de croire en cet avenir et accepter les efforts nécessaires au passage de la situation actuelle à la situation entrevue. La voie à suivre peut se modifier et malgré les possibles changements de caps, le leader sait tenir fédéré et uni chacun dans le sens de l’action collective. Enfin, chacun reconnaît la marque du leader dans la prise de décision et accepte de soumettre, implicitement ou explicitement, son destin professionnel à la décision du leader. Dans la gestion des flux, l’époque est à l’invention d’un univers nouveau pour lequel l’entreprise doit créer son monde supply chain. Il est aujourd’hui difficile de se retrouver dans une organisation supply chain, sans une vision forte de ce vers quoi elle doit aller. Ne pas avoir de vision, alors que tant de dimensions concurrentielles, technologiques, ou relatives aux business models bougent, c’est être plongé dans l’obscurité ou dans l’éblouissement, mais dans tous les cas, dans l’aveuglement. Le monde supply chain à venir doit être projeté par le dirigeant. Il doit être partagé de manière rassurante. Il doit donner l’envie d’y participer.

 

Les figures d’acteurs à la tête des organisations supply chain changent en fonction des contextes. Quand à la fin du siècle dernier, la fonction logistique et supply chain a émergé, ce sont des leaders qui ont insufflé des intuitions, puis qui ont pris la tête de projets et enfin qui ont su faire naître les organisations dédiées que nous connaissons. Aujourd’hui, le poids et la conséquence de l’existence ou non de la vision supply chain et de son partage sont tels dans leurs effets, qu’il faut regarder de nouveau les dirigeants des fonctions supply chain et se demander « Mon patron supply chain est-il un bon leader ? » En conclusion, et par prudence, poser un regard sur le leadership de son patron supply chain, est peut-être salvateur. Inspirez-vous de cinq critères :

A-t-il une vision qu’il partage ?

Est-il créatif et innovant ?

Sait-il manier en même temps l’impulsion exigeante et la patience ?

A-t-il une aptitude à fédérer ?

Et le plus difficile, pourriez-vous dire comme Yves de Daruvar, dernier compagnon de la Libération de la deuxième DB, récemment dispau et parlant du Maréchal Leclerc : « C’est un homme qui avait une autorité naturelle […], on se serait fait hacher en bouillie pour lui » ?

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“La cybersécurité est aussi une question d'organisation en entreprise et de communication. Avant de parler de solutions techniques, il faut sensibiliser les équipes.”
— Brice Gilbert, ingénieur confiance numérique pour l'Afnor
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