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EXPERTISES

Secteur industriel : opter pour la blockchain, c’est un peu comme la roulette russe

29.11.2018 • 09h00
Une tribune signée par Daniel Crowe, vice-président France, Benelux & Europe du Sud de NetScout Systems.

Dans le secteur industriel, la visibilité et la transparence sont des enjeux majeurs. Pour y répondre ses acteurs ont aujourd’hui la possibilité de s’appuyer sur la blockchain. Cette technologie de stockage et de transmissions d’information, sans structure de contrôle, est en fait une base de données distribuée dont les informations sont vérifiées et agglomérées à intervalle régulier en bloc dans le système d’information (SI). L’ensemble est sécurisé par cryptographie et forme une chaîne, ce qui constitue pour l’entreprise l’accès à un registre distribué et sécurisé de l’ensemble de ses transactions. Grâce à la visibilité offerte, la blockchain améliore le suivi de la chaîne logistique, et par essence la production industrielle. Si la blockchain s’affiche comme une technologie prometteuse pour de nombreuses industries, elle n’en est pas pour autant une solution miracle !

 

Concentrons-nous sur le domaine de la logistique et plus particulièrement la chaîne d’approvisionnement. Selon l’étude Time for a Paradigm Shift in Supply Chain Management, 95 % des industriels rencontrent des difficultés dans la gestion de leur chaîne logistique, en raison d’un manque d’informations entre les parties prenantes. Et notamment en raison du fait que le statut de la production n’est pas clairement visible au sein du réseau. Visibilité que l’adoption de la blockchain pourrait ici faciliter. Grâce à cette technologie, les données ne sont plus stockées sur un système unique ou intermédiaire, mais distribuées via plusieurs serveurs et ordinateurs. Toutes, qu’elles soient liées à la production, aux contrats, qu’il s’agisse de valeurs de mesure, etc., sont traitées via la blockchain et peuvent ainsi être visualisées dans le système en temps réel par diverses parties (producteurs ou fournisseurs). Via une plateforme fiable, les industriels peuvent à tout moment vérifier et consulter l'état et la qualité de leur cycle de production.

 

Dans le secteur industriel, les chaînes de valeur et d’approvisionnement sont souvent très complexes, ce qui peut générer certaines erreurs. Prenons l’exemple d’un constructeur automobile qui choisirait d’acheter des pièces à un fournisseur tiers afin de les intégrer et de les traiter directement dans sa propre ligne de production. Si les processus de production retenus par le fournisseur sont traçables, via audit, en cas d’erreur, le rebut ou la valeur libérée pendant la production ne pourraient être estimés que de manière inexacte. Dans ce cas de figure, la blockchain aurait permis de fournir des informations de façon précise et immédiate, via l’ajout de l’ensemble des données à la chaîne et la documentation de chaque changement de manière visible et irréversible dans le réseau.

 

C’est cette expérience que de plus en plus d’industriels tentent aujourd’hui. À l’image de la société de conseil en informatique DXC qui a présenté lors du Cebit, événement majeur dédié aux technologies de l’information, l’outil Smart Contracts qui permet la conclusion automatisée de contrats. Destiné à servir de plateforme pour la production en réseau et à gérer en toute sécurité l'interaction entre les personnes, les machines et les entreprises utilisant la blockchain, Smart Contracts permet à ses utilisateurs de gérer directement des processus allant de la commande numérique avec choix de fournisseurs, au paiement, en passant par la production et le contrôle qualité entièrement automatique. Au-delà d’être garant de transparence, la blockchain assure davantage d’efficacité des process. Tout retard dans la production est, grâce à elle, immédiatement visible. L’outil abolit également l’intervention humain, il garantit l'exécution d'une astreinte ou d'une autre réglementation malus sans qu'un tiers n'ait à intervenir. De plus, toutes les transactions qui y sont effectuées peuvent être retracées historiquement. En raison de sa complexité, la technologie rend également toute tentative de fraude difficile.

 

Une technologie efficace, mais dont l’exécution prend du temps

Sous ses airs de solution miraculeuse, la blockchain comporte toutefois certains désavantages. La technologie impose notamment certaines contraintes en termes de capacités de traitement et de réseau. Fonctionnant séparément des autres systèmes, sa vitesse d’échange et d’intégration des données est une inconnue, avec pour résultante de surcharger le réseau et de ralentir les process. De par son caractère décentralisé, la blockchain impose de longs temps d’exécution et de latence. Ainsi, l’échange de données peut prendre un certain temps, et encore plus si les transactions se font avec l’étranger. Ce retard est tel que d’après Forrester, 80 % des projets blockchain de cette année ne satisferont pas les attentes. Cela est en partie dû au fait que de nombreuses entreprises en surestiment encore les avantages et en sous-estiment les besoins. En plus de constituer une base de données peer-to-peer difficile à manipuler, la technologie n’est pas infaillible. En effet, en tant que technologie basée sur l’IP, la blockchain dépend du service DNS, utilisé pour répondre aux demandes de résolution de noms dans les réseaux IP. Si la blockchain ne peut pas établir le contact avec ce service, elle ne peut pas interagir avec le bloc de données suivant, etc. Un tel blocage ‘de communication’ se traduit alors par un arrêt de la production.

 

Au-delà de l’aspect conversationnel, la blockchain reste un système difficile à contrôler. Avec elle, les entreprises sont moins en mesure d'assurer la stabilité et la qualité de leur service qu’avec d’autres technologies, puisque les données sont réparties sur d'innombrables réseaux informatiques. Or, une qualité de service élevée est indispensable dans les processus de production et toute panne technique doit être évitée ou, si possible, anticipée. La surveillance centralisée, qui analyse l'ensemble du réseau et chaque nœud qui le constitue, peut rendre visibles plus rapidement des erreurs ou des perturbations qui pourraient compromettre le bon déroulement de l'échange de données. Une telle surveillance permet aussi de clarifier les responsabilités. Effectivement, en cas d’erreurs techniques observées, les entreprises sont alors en mesure d’en déterminer la source, contrairement à la surveillance de la Blockchain. Plus complexe que les bases de données classiques, la blockchain retranscrit les données l’une après l’autre, de manière incontrôlée, sur plusieurs serveurs. Dans ce contexte, identifier et corriger rapidement les erreurs peut devenir un véritable défi.

 

Technologie disruptive, la blockchain offre aux entreprises davantage de transparence dans l’échange de données et résout le problème de confiance et de sécurité. Toutefois, elle dispose encore de certaines limites ! Avant de se lancer dans l’aventure blockchain, les industriels doivent en premier lieu auditer leurs réels besoins avant de se retrouver dans les mailles d’une technologie qui pourrait les déposséder de certains acquis.

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“Nous arrivons aujourd'hui dans un monde où il n'y a techniquement plus de barrières à l'interopérabilité. Nous devons donc adopter cette vision d'ouverture.”
— Lucien Besse, COO et co-fondateur de Shippeo
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