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La supply chain attire-t-elle les jeunes talents ?

08.05.2019 • 09h15
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Olivier Le Moal

Devant des amphis de jeunes, Français, étrangers, ingénieurs, business, je pose au début de mes interventions une question préliminaire : la supply chain est-elle un domaine d'experts et vous attire-t-elle ? Invariablement, et très majoritairement, les réponses sont affirmatives sur l'expertise requise et plus que mitigées sur l'attractivité.

Si l'élaboration et le déploiement de solutions techniques, de processus ou d'outils digitaux, en somme toutes les dimensions outils, font les riches heures des transformations actuelles des entreprises et des organisations supply chain en particulier, il faut remettre l'église au milieu du village et méditer ne serait-ce qu'un court instant sur l'essentiel : pour conduire ces projets actuels et à venir, les métiers et de la supply chain et ceux qui la représentent sont-ils attractifs ? Car c'est la jeune génération qui portera très largement les développements en cours et ceux des années à venir, marqués par des ruptures avec les pratiques antérieures. Et soyons lucides : le changement des générations s'opère déjà dans les entreprises, comme ailleurs…

 

Là où les hommes et les femmes de longue expérience vivaient dans l'espérance d'une paisible seconde partie de carrière, nous sommes tous entourés d'exemples où les générations plus jeunes investissent en grand nombre les postes de responsabilités et prennent la place de leurs aînés. Or, l'exécution des opérations, partie la plus visible de la supply chain, n'a jamais eu un pouvoir d'attraction fort sur les étudiants de formation supérieure. Est-il possible d'avoir en tant que jeune une vocation supply chain quand tout renvoie à des représentations souvent sans relief ? Dans ce moment de basculement d'environnement et de compétences requises, afin d'assurer la richesse nécessaire des compétences au développement des organisations supply chain, il faut savoir répondre à deux questions : quels sont les bons et jeunes talents nécessaires à la supply chain et comment les attirer ?

 

Les qualités d'un jeune talent supply chain

Le croisement des attentes exprimées fait émerger quatre qualités majeures qui sont attendues chez un jeune talent supply chain. En premier lieu, et avant tout, il doit être pionnier, un défricheur qui ouvre de nouvelles voies. Non dénué parfois d'une certaine appréhension, mais déterminé dans son mouvement. Il promeut l'innovation, ouvre des débats nouveaux, interpelle. Il doit avoir le courage, la conviction et l'insistance nécessaires pour changer la force de l'habitude ou du processus bien installé. Il anime et maintient l'hackathon permanent : transformation des cadres de travail, mise en place d'applications, développement de solutions d'intelligence artificielle, transformation des métiers…

 

Dans un deuxième temps, ce jeune talent supply chain doit être un intégrateur et plus que jamais à l'aise dans son travail aux interfaces où se situe la richesse des solutions nouvelles. Par exemple, comment ne pas penser que nous ne verrons pas de rapprochements encore plus intenses entre la supply chain et les métiers ventes–marketing alors que les clients sont stimulés en temps réels par les outils du marketing digital, lesquels fournissent de précieuses informations sur leurs attentes ? Le S&OP a vécu et va se régénérer à la source du digital. La production, les achats sont également concernés et les frontières traditionnelles vont s'estomper pour faire apparaître de nouveaux métiers dans des organisations repensées.

 

En troisième lieu, il doit accepter le statut d'apprenti permanent. Apprendre à apprendre et réinventer pour soi et son organisation une expertise et une capacité à s'approprier à minima celle des autres pour mieux les intégrer puis les rediffuser. Enfin, il doit avoir le talent de la composition pour savoir évoluer et s'adapter dans des environnements souvent multiculturels, presque toujours multifonctionnels et surtout maintenant multitechnologiques.

 

Attirer les bons profils

Définir les bons profils est une chose, mais les attirer en est une autre. Comment rendre attractif ce qui ne l'est pas naturellement ? Comment convaincre que la supply chain recèle des satisfactions professionnelles qui valent bien celles d'un métier d'ingénierie, financier ou marketing ? L'observation simple, qui n'a pas valeur de statistique, de conversions à la supply chain de jeunes étudiants de l'enseignement supérieur me laisse penser que trois actions élémentaires ont des effets forts. La première porte sur la reconnaissance avec la proposition, dès l'embauche, du suivi d'un graduate programme, pour le cas d'une grande entreprise, ou simplement le suivi d'un programme de formation pour jeunes managers. Cette mise en avant attise la curiosité.

 

La diversité des contenus proposés dans ces programmes d'intégration supply chain et la qualité des interlocuteurs déplacent leur regard sur la représentation qu'ils se font de la fonction. La seconde action possible est la valorisation du rapport double que la supply chain entretient d'une part avec le terrain et d'autre part avec l'univers des dirigeants. Avoir le sentiment et la conviction de bénéficier de l'ondoiement du niveau de l'exécution des opérations et avoir accès à des niveaux dirigeants rassure et évite le risque d'enfermement opérationnel. Enfin, la rencontre de l'autre est le plus important des facteurs déclenchants. Je ne saurais trop inciter les dirigeants supply chain à peaufiner une présentation bien pensée et venir généreusement donner de leur temps pour transmettre et allumer la flamme. J'en rencontre certains, de temps en temps, qui font rêver. Et alors, c‘est parfois la classe entière qui souhaite se convertir… Soyez généreux en donnant ce que vous avez de plus précieux dans votre vie professionnelle, votre temps.

BUZZ LOG
“Plus vous ajoutez de l'intelligence artificielle ou de la connectivité entre les objets, plus vous aurez des failles dans lesquelles pourront s'engouffrer les hackeurs”
— Olivier Lasmoles, professeur associé en droit à l'EM Normandie
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