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La micro livraison aérienne sur orbite

02.01.2020 • 09h30
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Le fantasme des technologies et des ruptures engendré par la micro livraison aérienne ne cesse de grandir. Paradoxalement, dans un monde qui change trop vite, on s’impatienterait presque de ne pas voir les transformations annoncées se concrétiser plus rapidement… Une tribune signée par Philippe-Pierre Dornier, professeur à l'Essec et président de Newton.Vaureal Consulting

Alors même qu’on sait à peine bien traiter les masses d’informations déjà saisies aujourd’hui dans les ERP et dans les systèmes de pilotage, on rêve des données que le déploiement de l’IoT va générer. Mais pour cela il faut attendre encore un peu, car ce tsunami ne pourra être rendu possible qu’avec l’avènement de la 5G. Premiers déploiements annoncés en 2020 et extensifs à partir de 2024. D’ici là il faut se préparer ou il faut s’abandonner à autre chose. L’actualité aérienne récente nous en donne le prétexte.

 

Le drone est entré dans le business

Alors que le big data est encore somnolant et émergent, un nouveau modèle de livraison vient d'être concrétisé ces derniers jours. Les expérimentations ont été nombreuses, les vidéos évocatrices et toujours porteuses de rêves : le drone est entré dans le business. UPS Flight Forward, filiale de UPS a reçu les premières autorisations fédérales aux États-Unis pour exploiter commercialement des drones à des fins de livraison. Le rêve rejoint le business réel. UPS n’a pas été le premier à en faire la demande. Bien évidemment, et on ne s’en étonnera pas, Amazon également. Mais le cas Amazon reste sous instruction et aucune autorisation ne lui a encore été délivrée. Cette certification donnée à UPS lui permet d’opérer des livraisons par drone sans garder à vue l’appareil par l’opérateur. Dès lors, UPS a lancé un service payant sur le campus de l’hôpital de WakeMed à Raleigh (Caroline du Nord) en apportant une offre spécifique dans le cadre du transfert de produits médicaux et de prélèvements pour accélérer leur acheminement. Ces produits sont adaptés car légers. En Amérique du Nord, le Canada n’est pas en reste et fait de ses vastes aires géographiques des zones d’expérimentation grandeur nature qui permettent de roder des services plus intensifs. Air Canada a mis en place des services de livraison avec drone de manière à pouvoir atteindre des régions difficilement pénétrables par d’autres moyens.

 

Plus globalement, le cabinet d'audit PwC a estimé le marché global des drones à 127 milliards de dollars annuels avec une part relative aux activités de transport proche de 13 milliards d’USD (à comparer aux 45 milliards d’USD pour le support et la surveillance des infrastructures et aux 32 milliards d’USD pour les activités agricoles). Dans le transport, les utilisations des drones peuvent couvrir trois formes différentes : la première d’entre elles est la gestion du dernier kilomètre dans des milieux urbains congestionnés et pour lesquels l’espace aérien de proximité apparait comme une zone aujourd’hui libre de tout trafic. La deuxième est l’éclatement dynamique du transport, vision un peu futuriste de l’utilisation du drone qui permet par exemple, dans des modes de transport travaillant sur de grandes masses et sur des grandes distances (le transport ferré), de livrer des produits quittant le vecteur de transport en mouvement puis y revenant. La troisième enfin est la couverture de zones à accessibilité réduite (manque d’infrastructures). Il faut ajouter à cette liste la maintenance des infrastructures et des vecteurs de transport eux-mêmes ainsi que le contrôle des chargements et des déchargements qui sont autant de voies possibles pour la fiabilisation des opérations et la réduction des litiges ou leur résolution rapide.

 

Un déploiement intensif qui présente des risques

Dans le cadre des activités de dernier kilomètre la rapidité accrue que fournit le drone est un élément important de sa production de valeur. Amazon livre plus de 5,2 milliards de paquets à des clients Prime. Cela lui coute annuellement plus de 20 milliards de dollars. Faire payer un service additionnel plus rapide et plus fiable par les drones, serait une source de réduction des coûts logistiques nets. Comme tout nouveau vecteur de transport autonome, la question des risques inhérents est instruite. Les Lloyd’s ont ainsi réalisé un rapport Drones take flight dans lequel la liste des risques associés au déploiement intensif des drones est détaillée : l'atteinte à la vie privée avec les survols de lieux et l’observation qui peut en découler ; la négligence des pilotes commettant des erreurs d’évaluation surtout lorsque les vols se réalisent en dehors de tout contact visuel ; la vulnérabilité des engins face aux cyber-attaques, les drones offrant une porte d’entrée nouvelle pour les actes de malveillance au sein de la supply chain ; le cadre réglementaire non-uniformisé entre les pays qui risquent de créer des erreurs d’interprétation dans les utilisations envisagées ; le manque de contrôle de l'usage des drones (collisions…), les modèles de surveillance et les outils d’application de la réglementation devant largement encore être développés dans cet espace de vie économique.

 

L’avancée du drone dans le développement des technologies disruptives apporte des premiers enseignements qui peuvent être source de méditation au cœur de démarches innovantes qu’il faut apprendre à mieux mettre en place. Et, s’il faut étudier, planifier, prévoir, anticiper, l’important se situe dans le « faire » et dans l’audace de la mise en œuvre. Le pragmatisme anglo-saxon nous rappelle cela régulièrement. C’est dans les expérimentations et dans les leçons tirées successivement des échecs rencontrés qu’on peut, par approximations successives, se rapprocher d’une solution viable.

BUZZ LOG
“Ceux qui possédaient des supply chains matures, dotées de technologies avancées pour une vision de bout en bout, ont su se montrer plus résilients, plus longtemps”
— Olivier Bonneau, associé supply chain chez Deloitte
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