Accueil / Tribunes / Digitalisation de la supply chain : PME et ETI, cette révolution est-elle pour vous ?

EXPERTISES

Digitalisation de la supply chain : PME et ETI, cette révolution est-elle pour vous ?

12.03.2020 • 09h58
A_1

Euklead I  Bénédicte Secroun et Jérôme Chomier, associés d'Euklead

Malgré les termes et sigles barbares qu’elle emploie, la digitalisation de la supply chain n’est pas qu’un sujet réservé aux directions des systèmes d’information. C’est une avancée technologique qui a le vent en poupe dans les stratégies de développement des entreprises. Est-ce le Graal ? Entre bénéfices et freins, quelques conseils pour les PME et ETI. Une tribune signée par Bénédicte Secroun et Jérôme Chomier, tous deux associés d'Euklead et experts supply chain et transport.

Pas un jour ne se déroule sans que la transformation numérique des entreprises ne soit un sujet de conversation tant elle semble être la solution à tous leurs enjeux de performance. La supply chain n’y échappe pas. Sa digitalisation serait la révolution à effectuer pour répondre, tout en optimisant ses coûts, aux exigences clients de plus en plus prégnantes, que ce soit en termes de réactivité ou encore de qualité de services. Quelques conseils après un bref aperçu de ses bénéfices.


Réduire les délais, les risques, les coûts et accroître la satisfaction client...

Pour faire simple, la digitalisation de la supply chain vise, grâce à la dématérialisation des supports d’information, à fluidifier les flux de marchandises ou encore financiers entre tous les maillons de la chaîne logistique qui agissent en synergie du fabricant au client final. Ces nombreux atouts expliquent l’engouement des entreprises.

 

Grâce aux outils digitaux, notamment la blockchain qui a pour vocation de devenir une base de données numérique partagée et sécurisée relatant l’historique d’un produit de la commande à sa livraison, les entreprises communiquent plus facilement en interne et avec leurs fournisseurs, clients et prestataires. Ce faisant, la digitalisation permet de fiabiliser la chaîne et de limiter les erreurs. Relevons qu’en matière de relations entre les fabricants, les transporteurs ou encore les clients, le papier est encore roi, obligeant des collaborateurs à ressaisir manuellement dans un système de gestion les documents liés aux commandes clients, aux achats, à la facturation ou à la livraison. Le digital grâce à des standards de communication partagés par tous les acteurs de la chaîne permet de limiter les erreurs et de gagner du temps. Par exemple, les données transmises via EDI - échange de données informatisées - sont directement enregistrées dans le système de gestion et peuvent être réutilisées comme telles tout au long de la chaine. La digitalisation est ainsi également créatrice de valeur. En libérant du temps, elle permet aux collaborateurs de se centrer sur des tâches à plus haute valeur ajoutée et sur leur cœur de métier.

 

La transformation numérique a également pour vertu d’appréhender finement à tout instant l’état des stocks. Les codes, puces, et autres IOT - objets connectés - permettent de suivre en temps réel toutes les références en stock sur site comme chez les revendeurs. Cette vision précise permet aux producteurs de prévoir les fabrications au plus juste. Ainsi, réduction des stocks et élimination des surstocks sont synonymes de gains financiers notoires. En outre, en assurant la traçabilité des marchandises, la digitalisation est une réponse pertinente à des enjeux actuels comme la sécurité sanitaire, les vols ou les fraudes. Les capteurs intégrés aux produits communiquent toutes les données relatives à la vie de celui-ci, comme sa localisation ou sa température de stockage (idéal dans le cas du transport de denrées alimentaires pour identifier une éventuelle rupture de la chaîne du froid).

 

Dans le même esprit, ces informations permettent de réduire les litiges entre les parties prenantes. En effet, livrer mieux, le bon produit au bon client et ce, dans les délais, est l’apanage de la satisfaction client et l’essence même de la supply chain. Pucées, les marchandises peuvent sans crainte passer entre les mains des différents acteurs de la chaîne logistique : de leur entrée en entrepôt à leur sortie en passant par la préparation de commandes et le transport qui fait intervenir de nombreux prestataires, mer, air, fer, route jusqu’au dernier kilomètre. On notera que dans le cadre du commerce international, un des atouts pour réduire les délais de livraison, sont les smart-contracts - contrats intelligents - liés à la blockchain sécurisée. Celle-ci a pour vertu de mettre à disposition en temps réel tous les documents relatifs aux produits transportés auxquels sont associés des certificats d’authenticité qui permettent aux douaniers d’effectuer instantanément leurs contrôles, beaucoup plus longs sans ces documents dématérialisés.

 

Des freins prégnants...

Si les raisons de digitaliser sa supply chain sont nombreuses et que technologiquement les savoir-faire sont présents, quelques freins empêchent son développement, notamment dans les PME et ETI. Le premier d’entre eux tient à la nature même de la supply chain. Par essence, elle fait interagir de nombreux acteurs dont certains peuvent ne pas avoir effectué leur transformation numérique. Pour que la digitalisation ait du sens, il est impératif que toutes les différentes parties prenantes de la chaîne soient au même niveau de déploiement technologique.

 

Mais, si les Amazon et autres grands groupes sont aux avant-postes, la majorité des PME et ETI françaises est, en raison des budgets nécessaires, loin de pouvoir prétendre aujourd’hui à une digitalisation intégrale de leur chaîne logistique. De plus, en termes d’informatique tout va très vite ; ce qui est opérationnel aujourd’hui sera obsolète dans cinq ans. Ce qui oblige à des investissements récurrents. Par ailleurs, elle oblige les différents acteurs à s’accorder sur des règles communes à respecter. Si l’EDI et le code barre sont des langages universels auxquels tous se sont soumis, il n’en est pas de même pour certains protocoles informatiques récents.


...Qu’il faut savoir lever de façon pertinente

La digitalisation est un chantier long qu’il faut engager de façon pertinente. Aussi, l’anticipation et la planification sont la clé du succès. Les entreprises devraient se poser la question de cette transformation numérique dès qu’elles ont une bonne visibilité sur leurs perspectives de croissance. La décision de la transformation prise, elles doivent effectuer une étude préalable avant toute mise en œuvre. Cette étape identifie le niveau de maturité de l’entreprise en termes de transformation numérique et permet de dimensionner les outils digitaux par rapport aux besoins.

 

Quant aux solutions, il est judicieux de les déployer pas à pas après avoir identifié et séquencé les priorités en démarrant par des procédés simples et peu coûteux. Il existe par exemple des applications pour tracer les transports et des bons de livraison électroniques qui fiabilisent la livraison. Il faut également pouvoir se repérer dans une offre de technologies très abondante et savoir identifier le prestataire pertinent parmi la multitude d’acteurs entre les start-up qui se créent tous les jours et les entreprises qui ont pignon sur rue.


En conclusion

La digitalisation de la supply chain est un défi aussi bien technique qu’organisationnel et humain qui nécessite l’implication de tous les services d’une entreprise. Pour la réaliser avec succès et à coûts maîtrisés, l’idéal est de se faire accompagner d’experts qui savent décrypter le vocabulaire abscons des prestataires, réaliser un audit supply chain digitale et challenger les solutions proposées pour les mettre en adéquation avec les besoins réels et à venir de l’entreprise.

BUZZ LOG
“Il faut aller vers le ré-engineering permanent des organisations logistiques, avec une re-conception permanente des réseaux, des méthodes et des savoirs faire”
— Phillippe-Pierre Dornier, président de Newton.Vaureal Consulting
SUIVEZ-NOUS
NEWSLETTER
Pour rester informé chaque semaine