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EXPERTISES

L'entrepôt e-commerce : un ennemi à abattre ?

03.11.2020 • 09h41
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par Emilien VILLEROY
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Martin Barraud/Caia Image

Une tribune signée par Claude Samson, président d'Afilog, association réunissant professionnels de l’immobilier logistique et acteurs de la supply chain.

Nous connaissions les délais à rallonge, l’alignement tout relatif des procédures du droit de l’urbanisme et du droit de l’environnement pendant la période protégée, les suspensions des délais… Nous avons eu, en ce temps des cerises, une bien amère sur le gâteau : la proposition d’un moratoire sur les entrepôts du e-commerce et les zones commerciales, issue de la convention citoyenne et relayée à grandes enjambées médiatiques par la ministre de la Transition écologique, Barbara Pompili. Après une bonne semaine d’inquiétude, un arbitrage interministériel a été rendu : le moratoire porterait uniquement sur les surfaces commerciales, dont nous pouvons rappeler qu’elles passent devant une commission départementale (CDAC) qui juge déjà de leur opportunité.

 

Balle au centre pour l’instant sur le terrain des entrepôts, mais la tempête n’est pas définitivement passée pour autant. Le travail de pédagogie est devant nous. Plus que jamais, nous allons devoir montrer que les flux au sein de la plupart des entrepôts sont mixtes, l’omnicanal étant désormais la règle. Que si l’on empêche Amazon d’opérer ou d’ouvrir des entrepôts, il le fera depuis des plateformes hors France comme il l’a déjà fait pendant le confinement. Que les plus touchés seront les e-commerçants français et européens dont certains ont une armature logistique moins avancée qu’Amazon et moins de plateformes déjà réalisées. Ce serait donner une rente de situation à ceux qui ont déjà leurs entrepôts et intervenir dans le jeu naturel du marché. Bref, ce moratoire anti e-commerce non seulement raterait sa cible, mais aurait de surcroît des effets contre-productifs.

 

Environnement : l'immobilier déjà à l'œuvre

Il ne s’agit pas, pour autant, de ne rien faire pour améliorer l’impact environnemental (pollution, consommation de foncier, biodiversité…) de l’immobilier logistique. Nous sommes déjà à l’œuvre : les entrepôts font partie des bâtiments les plus verts et les plus sécurisés qui soient et la valeur environnementale fait partie de la valeur intrinsèque de l’actif. Parmi les opérations récentes ou en cours, presque toutes sont labellisées : HQE, Breeam, Well, BiodiverCity, Carbone neutre… La profession représentée par Afilog est prête à faire mieux pour peu que nous y soyons autorisés : les toitures végétalisées nous sont interdites, nous sommes amenés à surconsommer du foncier du fait des grandes distances imposées aux limites de propriété et de la difficulté de construire en étages, nous avons peu accès aux friches souvent fléchées vers d’autres fonctions.

 

Aux côtés de l’association France Logistique, nous avons récemment proposé au gouvernement d’aller plus loin :

• simplifier l’installation d’entrepôts sur des terres déjà artificialisées, en utilisant le levier de sites « clé en main » ;

• identifier, le long des axes logistiques stratégiques, les besoins d’implantations nouvelles « clé en main » dont la localisation apparaît la plus pertinente pour permettre un transport de marchandises le plus écologique possible ;

• favoriser la densification des installations industrielles et logistiques, notamment en hauteur.

 

Tout cela mérite d’être mûrement étudié et réfléchi, nous dira- t-on et c’est juste. Le moratoire devra alors être a minima européen car nos voisins et compétiteurs ne nous attendront pas pour accueillir chez eux ceux dont la France ne veut pas.

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