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EXPERTISES

Les perturbations de la supply chain ne vont pas s’atténuer du jour en lendemain

01.09.2022 • 09h00
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Coupa

Une tribune signée par Franck Mornet, senior director customer value management chez Coupa.

Les perturbations actuelles de la supply chain sont le résultat de nombreux événements historiques qui se produisent de façon simultanée. La guerre Russie-Ukraine par exemple, va engendrer une pénurie d'engrais conséquente étant donné que la région est responsable de 40 % des exportations mondiales de potasse, un ingrédient clé des engrais.

Cette pénurie entraînera une hausse des coûts de production pour l'industrie alimentaire. Les agriculteurs devront alors faire des choix difficiles : payer plus cher les engrais ou en utiliser moins. Ce qui aura un impact sur le rendement des cultures et causera une hausse du coût des aliments. Il y en résultera également une augmentation des coûts de la production pour les produits animaux, car des cultures comme le soja sont primordiales dans l'alimentation animale. Et cela, sans tenir compte de l'évolution des conditions météorologiques. En effet, les conditions climatiques défavorables vont aggraver ces problèmes, mettant encore plus à mal la supply chain alimentaire. En outre, la politique chinoise du « zéro COVID » a mis à rude épreuve les transports et les plannings d'expédition, entrainant des retards ainsi que la congestion portuaire.

Certains fabricants ont accumulé des produits en stock, provoquant des distorsions dans la demande, aussi appelée « l'effet de fouet » ou bullwhip effect. Les déséquilibres entre l'offre et la demande, associés à l'absence d'options (des sources alternatives d'approvisionnement par exemple), aux pénuries de main-d'œuvre, à l'hyperinflation et à l'augmentation du prix du carburant, génèrent une répercussion des coûts sur les consommateurs. Une pénurie de biens nécessite davantage de ressources financières et d'efforts pour les produire et les expédier.


Ces perturbations vont-elles s’atténuer prochainement ?

Les problèmes que nous rencontrons actuellement reposent sur des supply chain conçues au cours des deux dernières décennies, et dont l’objectif ultime est la production à faible coût. Aujourd'hui, ces réseaux mondiaux interconnectés comportent des défaillances. La pandémie ainsi que les autres problèmes qui ont suivi ont mis en évidence tous les maillons faibles de la supply chain. Malheureusement, ce qui s’est construit en plus de deux décennies ne peut être réparé du jour au lendemain. Ces perturbations vont donc certainement perdurer jusqu'à la fin de l'année, voire jusqu'en 2023.

Néanmoins, tout n’est pas négatif. En effet, ces problèmes ont permis aux dirigeants, conseils d'administration, responsables gouvernementaux et dirigeants nationaux de prendre conscience de l'importance stratégique de la supply chain, devenue désormais une priorité nationale. Suite au Supply Chain Ministerial Forum organisé aux États-Unis en juillet 2022, 19 partenaires économiques (18 pays ainsi que l'Union européenne) ont d’ailleurs annoncé vouloir coopérer pour réduire les perturbations et les goulots dans les supply chains mondiales.


À quoi s’attendre d’ici la fin de l’année ?

1. Le budget des consommateurs sera encore plus restreint à cause de l'augmentation des prix du carburant et des denrées alimentaires. Les consommateurs seront contraints de se tourner vers des marques moins chères et de faire des choix difficiles en matière de dépenses discrétionnaires. Quant aux consommateurs plus aisés, ils changeront leurs habitudes de dépenses vers les voyages et les divertissements en consacrant moins de dépenses aux biens. Ces changements entraineront une certaine modification de la structure de la demande. Par exemple, les consommateurs peuvent tourner le dos aux grandes marques au profit de marques ou de magasins offrant des produits à moindre coût (telles que les friperies).

2. Les réglementations ayant pour objectif de pousser les entreprises à réduire leurs empreintes carbone vont se renforcer. Les entreprises doivent se préparer dès que possible afin de pouvoir s’y conformer. En 2023, l'Organisation Maritime Internationale, par exemple, commencera à classer les navires en A, B, C, D et E en fonction de leurs émissions. Il en résultera un « Slow Steaming », un processus consistant à réduire la vitesse des navires afin de diminuer la consommation de carburant et les émissions. Les cargos devront réduire la capacité globale de transport, ce qui entraînera des délais de livraison plus longs et, par conséquent, des problèmes d'approvisionnement. Certaines entreprises ont déjà commencé à se préparer en mettant en œuvre des mesures ESG.

3. Cette année, les entreprises devraient s’attendre à une période des fêtes difficile qui mettra la résilience de leurs supply chain davantage à l'épreuve.

4. Les pénuries de main-d'œuvre vont se poursuivre malgré la possibilité d'une récession et de suppressions d'emplois. En effet, les données démographiques évoluent, mais la main-d'œuvre qui part à la retraite n'est pas remplacée par une main-d'œuvre plus jeune. De nombreux secteurs, comme le camionnage, continueront donc d'être confrontés à des difficultés. La pénurie de main-d'œuvre dans les entrepôts et les livraisons du dernier kilomètre persistera également. Les entreprises devront accélérer leurs efforts d'automatisation mis en place afin de faire face à ces défis.

5. La réactivité et la résilience demeureront cruciales. Les entreprises continueront à investir dans les technologies telles que les jumeaux numériques pour anticiper, planifier et se préparer aux perturbations.

6. L'hyperinflation et l'augmentation du prix du carburant continueront à peser sur les entreprises, les obligeant à dépenser de manière plus responsable tout en continuant à investir dans la résilience.

 

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