Accueil / Tribunes / Formation supply chain : la révolution digitale

EXPERTISES

Formation supply chain : la révolution digitale

18.08.2016 • 10h00
A_1
Analyse de Philippe-Pierre Dornier, professeur à l'Essec et président de Newton.Vaureal Consulting, société de conseil en stratégie et organisation dans les domaines de la logistique et du supply chain management.

Mastère spécialisé logistique et management de la supply chain, Master supply chain internationale, MSc (Master of science) logistics and supply chain management, formation permanente tout au long de sa vie, MBA supply chain… La gamme des possibles s’est bien enrichie en matière de formation supérieure en supply chain. Pour entrer dans la vie active, en formation première, et affirmer un vrai choix professionnel, pour consolider et élargir ses compétences ou pour passer d’une posture d’expert à celle de manager ou de leader, les formations sont nombreuses, riches et de plus en plus personnalisées. Mais au-delà de la richesse de l’offre la formation se transforme profondément dans ses modèles d’enseignement, indépendamment même de son niveau. La révolution des modèles d’enseignement est en route et ceux qui sont impliqués dans les métiers de la supply chain doivent se préparer à apprendre autrement, et pour les plus impliqués, à diffuser leur expertise selon des modèles nouveaux.

 

En 1990, heureux ceux qui trouvaient une formation en logistique et qui avaient la prescience de s’y investir. Ces formations étaient donc plutôt confidentielles et réservées à des experts ou à de futurs experts. Les cours étaient fondés sur une relation millénaire entre le professeur et les participants : le professeur venait avec son savoir, transmettait ; les élèves écoutaient, notaient, lisaient, apprenaient, s’exerçaient et mettaient a posteriori en application sur des exercices ou sur des cas plus complexes. 2016, MOOC (Massive open on line courses), serious game, e-learning, blended learning, flipped courses sont venus transformer la relation entre le sachant et l’apprenant. Le MIT a lancé en octobre 2015, le MIT MicroMaster’s credential-supply chain management certification, un programme de cinq cours proposés on line sur la plateforme edX. Ces cours sont suivis d’un examen en ligne et permettent d’accéder à l’admission d’un diplôme Master en supply chain au MIT. edX a été créé en 2012 par le MIT et Harvard University et offre une plateforme ouverte à des partenaires pour proposer des cours et des programmes en ligne. Ils sont « massive » car les programmes les plus prisés comptent en trois ou quatre ans des centaines de milliers de participants.

 

Ces programmes sont fondés sur des principes pédagogiques nouveaux qu’il est bon d’explorer. Nombreux sont ceux qui sont proposés sur un modèle de « blended learning ». La pédagogie est donc mélangée entre une approche digitale et à distance d’une part, et une approche présentielle mais animée sur des formats nouveaux, d’autre part. L’approche digitale permet un ajustement du rythme et des temps de formation particulièrement bien adapté dans le domaine de la formation permanente. Chacun choisit son moment et son temps de formation. Elle présente également de grandes nouveautés car l’étudiant se trouve au centre d’un réseau interactif. Ainsi, les exercices faits par un participant peuvent être corrigés par les autres participants. Des « serious games » peuvent se jouer avec des équipes venant d’horizons différents, de pays différents, de niveaux de responsabilité différents.

 

Les moments présentiels des programmes se transforment également profondément. Le « flipped learning » est l’une de ces innovations. Il inverse la logique historique du cours : on écoutait et on apprenait en classe et on faisait des exercices d’application une fois le cours suivi. Dans le flipped learning, on apprend en ligne les contenus, et les séances de cours sont des séances de mise en pratique et d’application, les contenus étant considérés comme déjà travaillés en dehors de la salle de cours. Le serious game investit également les formations en combinant l’attrait des approches ludiques associées à la forme moderne des jeux, et des jeux vidéo en particulier, avec des objectifs d’enseignement « sérieux ». Ainsi la FAPICS (Association française de supply chain management) a introduit depuis 2012 deux serious games dans le domaine de la supply chain : « The Fresh Connection » et « The Cool Connection » qui donnent lieu à des travaux entre équipes en compétition.

 

Apprendre continuera à nécessiter à u  moment donné la rencontre avec l’enseignant. Cette rencontre permet une interaction spécifique entre l’étudiant et l’enseignant. Il reste toujours quelque chose de l’ordre du « tour de main » dans un savoir-faire à transmettre qui nécessite d’échanger pour adapter au mieux la transmission de la connaissance en prenant en compte les spécificités et les caractéristiques intimes de celui qui souhaite apprendre. Les sessions présentielles gardent donc encore une place privilégiée dans les programmes de formation. La rencontre avec l’expert de visu est toujours porteuse d’une dimension symbolique stimulatrice… Et cette rencontre est d’autant plus nécessaire, que le supply chain manager doit apprendre à évoluer en leader, ce qu’il ne fait pas toujours, en restant trop souvent dans un rôle d’expertise et de management.

 

L’enjeu de l’épanouissement à venir de la fonction reste là : s’ouvrir au leadership pour éclairer l’avenir possible, fédérer les énergies au-delà de la fonction même et rassembler les personnes, impulser et inspirer… Le système de formation américain a comme souvent donné la tendance. Voici le point de vue de Shay Scott Ph.D., managing director, Global Supply Chain Institute, University of Tennessee qui a ouvert il y a trois ans le premier Executive MBA spécialisé en supply chain : « Il n’est plus suffisant de savoir maîtriser techniquement la puissance d’une supply chain efficiente. Il n’est plus suffisant d’être un bon manager sur toutes les facettes du métier. Il faut transformer le dirigeant des supply chains en leader. C’est pourquoi, de nouveaux types de programmes se sont créés comme l’Executive MBA for Global Supply Chain de l’University of Tennessee qui cherche à apporter une large compétence pour former des leaders seniors en supply chain. »

 

Enfin, si l’environnement de la formation supérieure en supply chain est changeant pour tous ceux qui souhaitent se former, il l’est également pour tous les enseignants. Et ceux qui interviennent dans les programmes de formation doivent établir une nouvelle relation à la détention de leur savoir et à leur diffusion car plus que jamais : « On n'enseigne pas ce que l'on veut. On n'enseigne pas ce que l'on sait ou ce que l'on croit savoir. On enseigne ce que l'on est. »

BUZZ LOG
“Les entreprises ont tendance à considérer leur supply chain comme un levier et à oublier que certains modes de fonctionnement avec les clients et des fournisseurs peuvent également être créateurs de valeur”
— Elisabeth Auzanneu, associée chez Diagma
SUIVEZ-NOUS
NEWSLETTER
Pour rester informé chaque semaine