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Automatisation des entrepôts logistiques : une France en retard ?

15.12.2015 • 16h00
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par Matthew PERGET
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AU SOMMAIRE
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Des secteurs demandeurs hétéroclites
Dans un rapport de mars 2015, le comité scientifique de la conférence nationale sur la logistique émet un diagnostic nuancé de la performance logistique française. Classée treizième sur l’Indice de performance logistique de la Banque mondiale en 2014, la France a su s’imposer en tant qu’acteur logistique d’importance, mais elle doit tenir son rang en investissant plus.

1. Préparations des colis, picking unitaire... : La France investit

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« Aucune position n’est acquise », souligne l’ingénieur de l'École Centrale et docteur d'État en sciences économiques Michel Savy dans son rapport pour la conférence nationale sur la logistique. Afin de soutenir son activité logistique et rester un acteur et partenaire incontournable, la France doit combler son retard d’équipement en systèmes d’automatisation, facteur majeur de gains de productivité.

« De mon point de vue, les investissements étaient relativement minimes jusqu’ici dans les systèmes d’automatisation pour la logistique, l’innovation n’était pas forcément présente par rapport aux pays voisins », témoigne Daniel Joly, directeur général du concepteur de solutions de stockage et de logiciels de gestion d’entrepôts Mecalux, qui a cependant le sentiment que le marché « prend de plus en plus d’essor, notamment au niveau du picking unitaire ». Plus complexe à automatiser que la manutention de charges complètes type palettes, le picking unitaire, soit le fait de récupérer un objet stocké à un endroit précis de l’entrepôt, demande un haut niveau d’équipement et donc, d’investissements. Les systèmes informatiques doivent être capables d’ordonner à des dispositifs automatisés d’aller chercher, selon des commandes changeantes, des objets de tailles variables (la plupart du temps stockés dans des bacs) à des endroits différents, pour ensuite les acheminer vers les zones de préparation.

 

L’automatisation du circuit de picking se fait ainsi sur plusieurs niveaux et nécessite une réflexion importante quant à son optimisation. « Pour la préparation au détail, certains pays, en particulier nordiques, se tournent aujourd’hui vers de la préparation de commandes avec un haut niveau d’automatisation », affirme Pascal Darcheville, reponsable commercial du concepteur de systèmes de manutention et de stockage automatisés Vanderlande Industries France. « En France, quelques domaines basculent mais nous observons encore des investissements sur des solutions plus traditionnelles », ajoute-t-il. Tout l’enjeu tient alors à la mise à niveau des équipements, en fonction des flux et des besoins. Sylvain Cerise, directeur commercial du fabricant de solutions de stockage et de préparation de commandes SSI Schaefer, explique ainsi qu’au sein de la logistique de production, plusieurs métiers diffèrent et demandent des solutions spécifiques. « Les trois métiers sont : la palette, le colis et la préparation de détail », avant de développer : « Les trois niveaux existent, mais en centre logistique on en retrouve souvent deux des trois. Le client a la liberté d’automatiser plus ou moins ces trois niveaux. Il est tout à fait envisageable par exemple d’avoir un stock manuel et d’automatiser la préparation détail. »

 

La grande distribution change la donne

Lorsque l’on parle de préparation de commandes détail, le e-commerce vient souvent à l’esprit. Son influence depuis plus de 10 ans sur la multiplication des flux de distribution et, par effet domino, sur l’organisation de la prestation de services et les livraisons en flux tendu n’est plus à prouver. Mais il peut poser des problèmes d’optimisation logistique. Gestion des stocks, délais de livraison, traitement des retours, sont autant de sujets à régler.

 

La grande distribution, dans sa stratégie de multiplication des points de vente de proximité, commence à se démarquer. Elle rationalise progressivement sa prise de commandes via l’automatisation pour répondre à une demande croissante. Une grande partie des besoins en préparation BtoB, de l’entrepôt jusqu’à un point de vente, a été insufflée en France par la grande distribution. Car le circuit change : les magasins de centre-ville et les drives relaient les hypermarchés et les supermarchés. Dès lors, les demandes en palettes hétérogènes, avec peu de colis de la même référence, explosent. « Le développement des magasins de centre-ville et des drives qui disposent de très peu de surface de stockage nécessite de repenser l’organisation de la supply chain », affirme Pierre Marol, PDG d’Alstef, concepteur et intégrateur de systèmes automatisés de manutention et de stockage. Pour répondre à ces nouvelles contraintes, les magasins « se font livrer des palettes hétérogènes qui engendrent une augmentation des besoins en préparations de commandes au colis », explique-t-il.

 

Afin de palier à cette demande croissante, des entrepôts semi-automatisés voient le jour chez les grands noms de la grande distribution. Impensable il y a encore quelques années, E.Leclerc a même inauguré en 2014 un entrepôt entièrement automatisé : celui de la Scapalsace de Colmar (68), un centre de distribution régional qui alimente plus de 100 points de vente dans l’Est de la France et où 95 % des préparations au colis prêts sont faites sans intervention humaine. Preuve de la réussite : le second entrepôt E.Leclerc Scapest à Châlons (51), la plus grosse des centrales E.Leclerc, est entré en fonction en septembre 2015. Comme pour le précédent, c’est l’OPM (Order Picking Machinery) de l’intégrateur Witron qui le pilote.

 

Présentation de la solution de Witron, installée dans le centre de distribution de Vannes de la chaîne de supermarchés canadienne Sobeys.

 

 

Bien que les solutions d’automatisation existent depuis plusieurs décennies, le marché de l’automatisation des entrepôts logistiques n’en est qu’à son balbutiement. « Il va y avoir une importante croissance sur ce secteur-là, poussée par la grande distribution », prévoit Jean-Christophe Henry, directeur général de l’éditeur de solutions WMS et WCS Infflux. « Comme il commence à y avoir des solutions économiquement plus accessibles avec des retours sur investissement un peu plus courts, de plus en plus d’entrepôts qui n’étaient pas équipés réfléchissent à automatiser tout ou partie de leurs process », explique-t-il. L’automatisation s’invite alors dans tous les secteurs.

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“La Blockchain ne va pas changer le monde et tout disrupter. Mais sur certains segments, à assez court terme, elle va faire évoluer pas mal de choses dans la façon de concevoir le business.”
— Antoine Yeretzian, co-fondateur de Blockchain France
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