media supply chain
et logistique

Transport

Flambée du carburant : l’IA ne suffira pas. La donnée, peut-être

Une tribune signée par Aurélien Bailly, responsable EMEA avant-vente de Microlise.

Publié le 13 avril 2026 - 16h00
A_1

 alswart via stock.adobe.com

Les acteurs du transport et de la logistique abordent l'année dans un climat d'incertitude rarement égalé. La montée des tensions autour de l'Iran et le risque de déstabilisation durable de la région rappellent à quel point les chaînes logistiques restent exposées aux chocs géopolitiques. Pour les professionnels du transport, la conséquence est directe : dès que les marchés anticipent une pression sur l'approvisionnement pétrolier ou sur les routes énergétiques stratégiques, la volatilité des prix du brut rejaillit immédiatement sur les coûts du carburant. Dans un secteur où les marges sont déjà sous tension, ce type de variation ne se gère pas, il se subit.

 

Cette vulnérabilité est d'autant plus structurelle que la route demeure écrasante. En France, elle représente encore 89 % du fret intérieur. À l'échelle européenne, le transport pèse environ 25 % des émissions de gaz à effet de serre. Les entreprises du secteur sont donc prises dans un étau : absorber des hausses de coûts imprévisibles tout en poursuivant leurs objectifs de décarbonation. Une double contrainte qui ne se résout pas avec des effets d'annonce : c'est pourtant ce qu'on leur propose de plus en plus.

 

L'IA comme réponse universelle : le mauvais remède au bon problème

L'intelligence artificielle s'impose dans les discours, à chaque salon, à chaque conférence. Mais la vraie question n'est pas de savoir si l'IA est un buzzword ou une révolution. Elle est de savoir si les entreprises disposent des fondations nécessaires pour en tirer une valeur réelle. Et là, le constat est sévère.

 

Car dans le transport, il n'existe pas d'IA utile sans données fiables. On ne réduit pas une consommation de carburant, on n'améliore pas l'heure estimée d'arrivée d'un véhicule, on ne fiabilise ni une tournée ni le traitement d'un incident avec une promesse technologique seule. Il faut d'abord des données cohérentes, exploitables et reliées aux réalités d'exploitation : kilomètres parcourus, temps d'attente, arrêts moteur tournant, événements de conduite, retards, écarts entre le planifié et le réalisé, remontées terrain, litiges, preuves de livraison. La valeur ne réside pas dans l'algorithme, elle réside dans la donnée qu'on lui soumet.

 

La maturité des données précède l'IA. Elle en conditionne la crédibilité et surtout l'utilité. Trop souvent, le débat oppose encore innovation et opérationnel, comme si la transformation passait nécessairement par des outils spectaculaires. C'est une erreur de perspective. La vraie révolution dans le transport est plus discrète, plus exigeante aussi : elle consiste à mieux voir, mieux comprendre, puis mieux décider.

 

La performance se construit dans l'ombre des algorithmes

C'est là que se joue aujourd'hui l'avantage compétitif. Non dans une IA abstraite, mais dans la capacité à faire de ses données opérationnelles un levier réel de création de valeur et d'arbitrages concrets : réduire les kilomètres inutiles, détecter plus tôt les dérives de consommation, adapter les tournées, mieux informer en cas de retard, objectiver la performance et prioriser les bons leviers d'action. Des gains silencieux, mais mesurables, et que nul algorithme ne peut produire s'il n'a rien de solide à traiter.

 

Dans un environnement plus volatil, plus coûteux et plus exposé aux chocs externes, la question n'est donc plus seulement technologique. Elle est devenue stratégique. Les acteurs du transport qui prendront l'avantage ne seront pas forcément ceux qui parleront le plus d'intelligence artificielle. Ce seront ceux qui auront eu la discipline de bâtir d'abord les fondations : des données fiables, structurées, opérationnelles. L'IA viendra ensuite. Mais la performance, elle, sera déjà là.

à lire aussi
CHAQUE JOUR
RECEVEZ LES ACTUALITÉS
DE NOTRE SECTEUR
INSCRIVEZ-VOUS
À LA NEWSLETTER
OK
Non merci, je suis déjà inscrit !