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INTERVIEW

Économie circulaire : rencontre avec le député François-Michel Lambert

20.04.2020 • 17h00
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par Charlotte COUSIN
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Il faut donc passer d’une économie de stocks linéaire à une économie de flux circulaires et nous avons besoin de la science logistique pour y parvenir.
Il juge que la loi économie circulaire n’est pas suffisante face à l’urgence écologique. Le président fondateur de l’Institut national de l’économie circulaire, député écologiste des Bouches-du-Rhône, évoque la nécessité de passer d’une économie linéaire à une économie circulaire dans un monde aux ressources limitées.

Après l’adoption du projet de loi sur l’économie circulaire, de quelle manière la logistique s’intègre-t-elle à ce nouveau modèle ?

En France, notre ratio de consommation de ressources par habitant est insoutenable. Il faut donc passer d’une économie de stocks linéaire à une économie de flux circulaires et nous avons besoin de la science logistique pour y parvenir. Ceci n’a pas du tout été abordé dans ce texte de loi qui se contente d’interdictions et d’obligations mais pas de transformations : on est passé d’une économie circulaire fondée sur la ressource qui requérait l’expertise des acteurs de la supply chain à une économie circulaire focalisée sur les effets.

 

Quels sont techniquement les impacts de ce projet de loi sur la supply chain ?

La logistique d’approvisionnement au consommateur sera complétement bouleversée si en 2040 on supprime 100 milliards d’emballages en plastique à usage unique et environ 100 000 références de produits [Le texte de loi indique que « La France se donne pour objectif d'atteindre la fin de la mise sur le marché d'emballages en plastique à usage unique d'ici à 2040 »]. Cela va demander une autre organisation logistique, d’autres innovations techniques pour transporter les produits. Mais rien dans le fond ne remet en cause notre modèle de consommation. On consommera toujours autant de produits à durée de vie limitée qui ne seront pas dans une économie de la fonctionnalité mais de la propriété. On va changer l’emballage sans changer le fond.

 

Quels sont les grands axes stratégiques qu’il faudrait mettre en oeuvre pour passer à cette économie circulaire ?

Cela nécessiterait d’abord politiquement que l’économie circulaire et la logistique soient intégrées dans un même ministère rattaché à celui de l’Économie. Il s’agit également de mettre en place d’autres stratégies comme celle de faire baisser notre ratio de consommation de ressource par habitant. Changer en profondeur ce qui régit une communauté nécessite d’orienter la société en faisant des choix sur les quatre leviers de l’action publique : réglementation, fiscalité, capacité à faire émerger les bonnes pratiques, changement de comportement et de compétences. Quand on aura des fiscalités qui favoriseront l’économie de partage et non l’économie de stock ; quand des réglementations interdiront certaines pratiques ou obligeront à une comptabilité extra-financière, pas seulement adossée aux résultats financiers mais également avec obligation d’enrichir l’environnement ; et quand on aura de nouveaux cursus de formation, des campagnes d’information, certaines sociétés mourront car elles ne voudront pas changer tandis que d’autres, émergentes, saisiront les opportunités proposées par ce nouveau modèle. La transformation ne peut donc pas venir des acteurs économiques ou du citoyen mais bien du politique.

 

Quelles actions menez-vous au sein de l’Institut national de l’économie circulaire auprès des logisticiens ?

Mon enjeu, en 2020, est de ramener le monde de la logistique et de la supply chain dans celui de l’économie circulaire à travers l’outil qu’est l’Institut pour mettre en place un groupe de travail autour de ce modèle avec la volonté de percuter ce plafond de verre qui nous empêche de passer à une autre échelle de transformation.

 

> À lire également, notre dossier : Économie circulaire : la transition logistique en marche.

BUZZ LOG
“Ceux qui possédaient des supply chains matures, dotées de technologies avancées pour une vision de bout en bout, ont su se montrer plus résilients, plus longtemps”
— Olivier Bonneau, associé supply chain chez Deloitte
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