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Face à face : Eric Loustau, directeur général de Toyota Material Handling France
Alors que Toyota Material Handling, entité du groupe Toyota Industries Corporation, entend devenir leader sur les marchés européens et français des solutions de manutention traditionnelles et automatisées, son directeur général en France, Eric Loustau, nous partage sa vision stratégique.
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Virginie Ribaut
Comment se porte Toyota Material Handling en France et en Europe ?
L’entreprise se porte plutôt très bien. Nous connaissons une croissance à deux chiffres depuis plusieurs années, dépassant les trois milliards d’euros de chiffre d’affaires en Europe. Nous sommes donc satisfaits de notre position, en France et plus largement en Europe. Nous avons su prendre le tournant des solutions automatisées.
Quels sont vos enjeux prioritaires pour 2026 ?
Notre priorité reste la sécurité. Notre mission première consiste à garantir une activité pérenne et sécurisée à nos collaborateurs et clients. La sécurité est dans l’ADN de Toyota dans le monde et reste une valeur que nous avons toujours déployée. La maison mère japonaise souhaite qu’il en soit ainsi pour toujours et que chacun s’en imprègne. Sur des enjeux plus pragmatiques et en réponse aux besoins du marché, notre second objectif réside dans le développement de solutions de plus en plus automatisées. Nous entendons démontrer notre capacité à poursuivre l’intégration durable et efficace de l’IA dans ces solutions. En parallèle, nous continuons à exercer notre activité traditionnelle, celle des chariots de manutention, qui reste notre cœur de métier.
Par quels moyens envisagez-vous d’accompagner les professionnels dans la compréhension de ces sujets majeurs que sont l’automatisation et les nouvelles technologies ?
Notre comité de direction a effectué un stage en école d’ingénieurs afin de comprendre ce que l’intelligence artificielle signifie pour chacun d’entre nous. Des lectures différentes en sont ressorties. Nous nous sommes donc efforcés d’appréhender les définitions des uns et des autres et avons abordé le sujet sous plusieurs angles, afin d’infuser cette réflexion dans l’organisation. Plus concrètement, en matière d’automatisation, le groupe Toyota Industries s’appuie désormais sur deux entreprises expertes dans le domaine : Vanderlande et Viastore. Nous avons présenté toutes leurs valeurs ajoutées à l’occasion d’une conférence organisée au printemps 2025 à Marseille [l’événement Logiconomi, ndlr]. Nous y avons sensibilisé nos clients aux nouvelles technologies, tangibles d’ici trois à dix ans. D’une façon générale, nos clients nous expriment directement leurs besoins. Nous les écoutons et réfléchissons avec notre département recherche & développement, afin d’avancer de façon collaborative. En parallèle, notre direction européenne dédiée à l’innovation reste en veille technologique permanente. Nous avons créé, à Göteborg en Suède, un laboratoire de développement où des ingénieurs développent les solutions de demain dans ce que nous avons appelé T-Hive, la ruche Toyota.
Vous avez récemment lancé la plateforme numérique My Toyota Material Handling. Comment abordez-vous cette question de la digitalisation avec vos clients ?
La data est la base de tout en matière de gestion des flux. Depuis une dizaine d’années, nos chariots sont connectés et donnent accès à une large base de données. Mais la véritable question est : qu’en fait-on ? Maintenance préventive, facturation, amélioration de l’accidentologie, gestion des énergies, optimisation des parcs... Les possibilités sont nombreuses. Ce portail a donc été pensé pour que chaque client puisse analyser la gestion complète de sa flotte. Nous essayons tout simplement de leur faciliter la vie et d’optimiser l’utilisation de leurs équipements.
Justement, de quelles façons intégrez-vous les notions de performance énergétique et d’impact environnemental dans vos solutions ?
Toyota Material Handling Europe a mis en place une politique énergétique, ayant notamment pour objectif le développement d’une gamme complète de produits et de solutions zéro émission d’ici 2030, afin d’atteindre la neutralité carbone sur tous les sites clients à l’horizon 2050. Nous sommes en parallèle suivis par deux programmes internationaux : le Global Compact (Pacte mondial) de l’ONU ainsi que la plateforme Ecovadis. Aujourd’hui, nous utilisons des solutions de traction de différents ordres : batteries lithium, plomb, hydrogène… Mais dans certains métiers, il y aura sans doute toujours besoin de matériel diesel ou gaz. Ces moteurs-là sont donc aussi retravaillés afin d’en optimiser leurs émissions. Les batteries telles que nous les connaissons aujourd’hui vont encore évoluer : nous y travaillons avec l’objectif d’être encore moins impactant sur le carbone. Enfin, nous sommes également poussés par nos clients via des audits, des certifications sur la consommation d’énergie, ainsi qu’à travers la mise en œuvre de plans d’économies d’énergie.
Au-delà de l’aspect environnemental, l’entreprise s’implique-t-elle sur d’autres volets RSE ?
La RSE ne concerne pas que le développement durable. Nous réfléchissons également à la façon dont l’entreprise s’intègre à son environnement. Nous avons par exemple déployé le net promoter score (NPS) dans toutes nos activités ; dès que le score n’emprunte pas la bonne direction, des alertes internes nous permettent de réagir pour le rectifier.
Où en êtes-vous actuellement dans le prolongement du cycle de vie de vos équipements de manutention, via le reconditionnement par exemple ?
Nous nous appuyons sur un programme interne visant à allonger la durée de vie des machines et à utiliser de plus en plus de matériels d’occasion. La logique est imparable : plus nous rallongeons la durée de vie des machines, moins nous consommons de matières premières. C’est d’ailleurs pour développer ce sujet du reconditionnement que j’ai été recruté il y a 15 ans. Ma mission consistait à construire des fleet management centers. Nous en comptons trois en France, à Carquefou (44), Bussy-Saint-Georges (77) et Lyon (59). Ayant atteint le plus haut niveau de certification de notre système de production Toyota (TPS), ces outils nous ont permis de développer le marché de l’occasion. À terme, nous ambitionnons de dépasser les 60 à 70 % de solutions locatives. Durant la période Covid, la fourniture de matériels reconditionnés nous a permis d’aider de nombreux clients ayant depuis pris goût à cette offre. Il s’agit là d’un véritable sujet. Le nombre de faillites a quasi doublé en deux ans, les entreprises ont plus de difficultés. Leur proposer du matériel d’occasion en location longue durée leur permet de minimiser les risques et les coûts, tout en leur offrant de poursuivre leurs activités plus sereinement.
Pour finir, quels sont vos objectifs de croissance pour les années à venir ?
Notre ambition est claire : être le leader sur les marchés européen et français en termes de solutions de manutention traditionnelles et automatisées. Notre métier n’est plus seulement de fournir des machines, mais d’apporter des solutions clé en main. Pour ce faire, notre stratégie se fonde notamment sur le développement de nouveaux entrepôts, de nos forces commerciales et de nos techniciens. Nous entendons également connecter de façon simple et efficace l’intégralité de notre matériel avec les ERP et WMS du marché, tout en continuant à utiliser l’intelligence artificielle pour améliorer encore plus la sécurité de nos chariots automatisés et de nos flottes mixtes. Comme évoqué précédemment, notre objectif prioritaire reste le zéro accident.
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