media supply chain
et logistique

Immobilier

Entrepôts en blanc, bête noire ?

Une tribune signée par Claude Samson, président d'Afilog, association professionnelle réunissant les acteurs de l’immobilier logistique et de la supply chain. 

Publié le 18 mai 2026 - 16h03
A_1

 gluschenkoart via stock.adobe.com

La question n’est pas nouvelle. Depuis plusieurs années, elle alimente le débat, irrigue les réticences politiques à toutes les échelles territoriales et suscite une forme de défiance à l’égard de la logistique. Derrière chaque projet non précommercialisé se dessine, dans l’imaginaire collectif, l’ombre d’un occupant indésirable.


Et pourtant, le « blanc » n’est ni une anomalie, ni une dérive. Il est, tout simplement, la réponse du marché face à une contrainte devenue structurelle : l’allongement des délais.

 

Entre l’expression d’un besoin logistique et la livraison d’un entrepôt, ils s’écoulent plusieurs années. Trois, quatre, parfois cinq ans. Dans ce contexte, exiger d’un utilisateur qu’il s’engage fermement en amont relève de plus en plus de la fiction. Les projets « clé-en-main », souvent invoqués comme alternative idéale, sont en réalité rares, car ils supposent une visibilité économique que peu d’acteurs peuvent aujourd’hui garantir.

 

C’est précisément dans cet intervalle que le développement en blanc trouve son intérêt. Il permet de remettre de la fluidité dans un marché grippé, en rapprochant l’offre des temporalités réelles de la demande. Les chiffres sont connus : une soixantaine d’opérations en blanc entre 2016 et 2025, dont 19 lancements en 2024. Un volume significatif, mais loin de traduire un emballement.

 

Et pourtant, ce modèle continue de susciter de la défiance.

 

Subtilité légistique

Le décret du 21 avril 2026 relatif à la simplification du contentieux environnemental pourrait, à sa première lecture, apparaître comme une réponse bienvenue aux difficultés du secteur. En instaurant un régime juridictionnel accéléré, avec un jugement en dix mois par les cours administratives d’appel, il envoie un signal fort : celui d’une volonté d’accélérer les projets jugés stratégiques.

 

Mais à y regarder de plus près, une petite subtilité légistique se niche dans ce décret.

 

Le texte réserve ce régime à certains projets, notamment ceux relevant des installations classées pour la protection de l’environnement (ICPE), au-delà d’un certain seuil d’investissement et dont les caractéristiques renvoient au champ de l’article 1500 du Code général des impôts.

 

Autrement dit, des projets présentant un caractère industriel marqué, souvent associé à un niveau élevé d’équipement, de mécanisation ou d’intégration technique.

 

Cela n’est pas un choix neutre.

 

Cela introduit, de fait, un tri entre différentes formes d’immobilier logistique. D’un côté, les projets les plus intégrés, souvent portés pour des utilisateurs identifiés ou fortement spécialisés. De l’autre, des opérations plus standard, plus ouvertes, plus adaptables — parmi lesquelles une part significative des développements en blanc.

 

Ainsi, sans jamais les viser explicitement, ce décret tend finalement à exclure une partie de ces opérations de son bénéfice.

 

Une capacité d'adaptation essentielle

Alors même que les pouvoirs publics reconnaissent la nécessité d’accélérer les projets industriels et logistiques, le dispositif retenu favorise les opérations les plus « fermées », les plus déterminées en amont et laisse de côté celles qui apportent pourtant de la souplesse au marché.
Car c’est bien là l’apport du blanc : permettre à une entreprise de s’implanter rapidement, sans avoir eu à anticiper plusieurs années à l’avance une décision stratégique. Dans un environnement économique incertain, cette capacité d’adaptation est essentielle.
Le message est clair. Cette nouvelle disposition valorise les projets prédéterminés mais ne favorise pas une logistique plus agile, pourtant indispensable au fonctionnement des chaînes d’approvisionnement.


Faut-il voir dans cette évolution une orientation assumée de la politique industrielle ? Ou le simple effet d’un critère technique dont les implications sectorielles n’auraient pas été pleinement mesurées ?


La question mérite d’être posée.


Car à trop opposer les modèles, on risque de fragiliser l’équilibre d’un secteur déjà soumis à de fortes tensions et incertitudes foncières, réglementaires et économiques. Et à force de vouloir encadrer, voire orienter, les formes de développement, on pourrait bien restreindre la capacité d’adaptation qui fait pourtant la résilience de la logistique française.


L’entrepôt en blanc n’est pas un ennemi. Il est, au contraire, l’un des rares outils permettant encore de concilier incertitude économique et exigence opérationnelle.


À condition, bien sûr, de ne pas en faire une bête noire.

à lire aussi
CHAQUE JOUR
RECEVEZ LES ACTUALITÉS
DE NOTRE SECTEUR
INSCRIVEZ-VOUS
À LA NEWSLETTER
OK
Non merci, je suis déjà inscrit !