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Logistique et transport : une amélioration nécessaire des conditions de travail ?

14.04.2022 • 09h03
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par Emilien VILLEROY
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Entre rémunérations augmentées, sécurité des équipes et prise en compte de la qualité de vie au travail, les acteurs de la logistique et du transport œuvrent à l’amélioration des conditions pour leurs salariés, élément crucial pour l’attractivité des métiers.

Mal payés, épuisants, minés par des horaires décalés : les métiers de la supply chain doivent souvent lutter contre une vision négative de leurs conditions de travail, en entrepôt ou sur la route. Pour répondre aux aspirations des jeunes générations plus exigeantes, les acteurs du secteur se mobilisent donc pour apporter des améliorations au quotidien de leurs salariés. « Avant, les entreprises choisissaient les personnes. Maintenant, c’est l’inverse. La guerre de talents se ressent à tous les niveaux. Il faudra donc mener des évolutions sur les rémunérations et les conditions de travail, car les jeunes générations ne sont pas prêtes à sacrifier leur vie personnelle pour un emploi. Les négociations actuelles dans le transport vont dans le bon sens, car, au-delà de la partie rémunération, il y a également tout un volet santé et prévoyance qui est mis en avant », estime Jean-Louis Vincent, président d’Opco Mobilités.

 

En effet, en fin d’année dernière, l’Union TLF a dévoilé un projet d’accord soumis à signature visant à moderniser le statut des métiers du secteur, qui comprenait la mise en place d’un 13e mois pour les salariés non cadres et le développement du CDIO [contrat à durée indéterminée d’opération] pour réduire la précarité des équipes. « L’accord est toujours sur la table et n’a pas été signé à date, mais nous ne le retirons pas pour autant car il augmentera selon nous l’attractivité de la branche », note Nancy Noël, directrice aux affaires sociales chez Union TLF. Dans l’attente, l’association poursuit le dialogue social sur d’autres sujets, et en tête la prévention de risques. « Nous menons une étude avec la société d’expertise Proxicare sur les causes de l’accidentologie en logistique, et nous souhaitons développer un plan d’action au niveau de la branche sur le sujet. Les taux d’accidentologie sont en baisse constante depuis dix ans, mais nous pouvons faire mieux. Cela passe par un maintien du lien avec l’entreprise quand le salarié est absent, la conception de guides de bonnes pratiques. Il faut que tout le monde soit impliqué, en jouant sur l’aspect générationnel, c’est-à-dire en faisant appel aux anciens de l’entreprise pour expliquer aux jeunes l’importance de la sécurité avec des conseils de terrain. Cela correspond bien à l’esprit de solidarité qui caractérise le secteur, et qui est prégnant à tous les niveaux, même dans l’administration », détaille Nancy Noël. Dans le même sens, l’AFT avait récemment lancé le projet Tisser (pour Transmettre les informations et les savoirs des séniors exploitants routiers), dont le but était de créer du lien entre anciennes et nouvelles générations pour que les vétérans apprennent aux jeunes, et particulièrement aux alternants, les ficelles du métier. Un transfert de compétences techniques, commerciales et managériales qui peut être crucial dans les TPE et PME.

 

« Des lieux où les salariés se sentent respectés »

La question du confort de travail est aujourd’hui au cœur de nombreuses innovations dans le monde de la supply chain : outils digitalisés qui simplifient les process, systèmes de picking qui réduisent la pénibilité… « Il y a une compétition des employeurs pour aménager idéalement l’environnement de travail et être attractifs auprès de leurs salariés potentiels. On le voit aussi avec les installations annexes et facilitatrices de vie : est-ce qu’il y a une crèche, une cantine, des services proches de mon lieu de travail ? Est-ce que l’entreprise propose des cycles de travail en adéquation avec ma façon de vivre ? », note Peter Guillon, président du groupe Promotrans. Chez l’AFT, un travail a été lancé pour définir des recommandations sur de nouvelles organisations du travail dans l’entreprise pour attirer les jeunes talents. Si les premières préconisations sur le sujet ne seront données à la branche qu’au mois de juin, celles-ci devraient évoquer les thématiques des horaires de travail, du travail par roulements, voire même offrir des pistes de réflexion sur la semaine de quatre jours. « Il s’agit d’offrir aux entreprises les outils qui leur permettront de s’adapter à ces nouvelles demandes qui viennent des populations plus jeunes », estime Valérie Dequen, déléguée générale de l’AFT. L’association avait également développé un label intitulé Ambassadeur de l’emploi en 2019, qui accompagne les entreprises dans le recrutement, l’intégration, mais aussi la fidélisation des publics, avec un angle autour de la qualité de vie au travail. « Il faut que l’on soit dans un environnement compétitif au niveau des conditions de travail, en créant un lieu où les salariés se sentent respectés », résume Guillaume Noirtin, directeur talent acquisition chez FM Logistic et membre du Lab RH de France Supply Chain.

 

Dernier point noir, la difficulté d’accessibilité à certaines zones logistiques, situées loin des villes et avec une maigre offre de transport en commun. « Récemment, nous avions organisé un évènement de découverte du secteur près de Saint- Quentin-Fallavier (38), et nos jeunes ont eu beaucoup de mal pour venir, car tous n’ont pas le permis de conduire. Heureusement, certains parcs proposent des solutions de transport collectif et des cantines qui améliorent le cadre de travail », note Olivier Weitig, président de l’AETL. En menant ces mutations, les entreprises veulent avant tout montrer patte blanche et continuer les efforts en faveur d’une qualité de vie au travail améliorée. « C’est un secteur qui est très attaché à ses salariés, et la crise sanitaire l’a montré : avant d’aller s’occuper des problématiques économiques, la première préoccupation de la branche en mars 2020 a été de rouvrir les restaurants routiers pour nos chauffeurs. Plus généralement, nous multiplions les actions en lien avec la prévention des risques à travers des innovations technologiques qui réduisent la pénibilité, pour gommer les inconvénients des tâches les plus manuelles », résume Nancy Noël.

 

 

> Retrouvez ici l'intégralité des articles du dossier Sous tension, la logistique cultive son attractivité.

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La féminisation des métiers progresse

C’est une ombre sur le tableau de la profession : l’égalité homme-femme dans les effectifs de la branche est parfois encore loin d’atteindre les 50/50. « Dans le monde du transport, on progresse lentement. On avait 1 % de femmes conductrices dans la branche TRM il y a 20 ans, maintenant on est à 3 % », note Nancy Noël. Du côté de la logistique, la diversité des métiers est plus forte et la parité s’affiche avec plus d’équilibre : « Cela montre bien que nous avons des métiers accessibles aux femmes à tous les niveaux, y compris du côté des postes de direction. Nous avons à ce titre quelques très grandes cheffes d’entreprise dans notre filière en France », note Nancy Noël. Cette réalité se retrouve également dans le milieu de la formation. « Quand je faisais mes études dans le secteur, nous étions 6 sur 46. Aujourd’hui, nous sommes presque à 50 % au sein de notre cursus. Cependant, sur des métiers techniques et analytiques comme les nôtres, le problème de parité vient aussi en amont, dans des formations initiales où les forces féminines sont déjà sous-représentées », raconte Marie-Laure Furgala à propos de l’Isli. À l’AFT, un outil intitulé « Itinéraire Égalité » a été lancé en 2015, proposant un certain nombre d’actions et d’évolutions concrètes aux entreprises pour encourager l’égalité entre les femmes et les hommes dans le secteur, en travaillant sur les représentations genrées associées aux métiers de la branche, ou encore sur la gestion des ressources humaines. Dans le même sens, le projet Saltoo vise de son côté à « assurer une orientation objective, en faveur d’une plus grande mixité des filières et métiers du secteur du transport et de la logistique, à travers un travail de sensibilisation et d’information des acteurs de l’orientation et de l’emploi », explique Valérie Dequen, déléguée générale de l’AFT. Un travail soutenu par le ministère chargé de l’Égalité entre les femmes et les hommes, de la Diversité et de l’Égalité des chances. Celui-ci est mené auprès des prescripteurs de l’emploi, pour casser les représentations genrées au niveau de Pôle Emploi et des missions locales, afin que les profils féminins ne soient pas laissés de côté lorsqu’ils proposent des postes à des personnes en recherche d’emploi. « C’est un travail de fond, mais nous espérons qu’il nous permettra de transformer la branche pour que de nouveaux publics postulent ». Enfin, du côté du transport, une action appelée « Sur la route, au Féminin » a été lancée à Bordeaux, avec le cofinancement par l’AFT d’une formation dont la promotion est exclusivement féminine, et dont les permis de conduire ont été remis en février. « Ce sont des actions comme celles-ci qui font entendre au grand public que les métiers du transport ne sont pas uniquement masculins, mais là encore, c’est un travail que nous devons mener sur le long terme », estime Valérie Dequen

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