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Face à face : Jean-Yves Gras, directeur général de Colissimo

Dans son nouveau plan stratégique à horizon 2031, le groupe La Poste affiche d’importantes ambitions logistiques, en France et en Europe. Jean-Yves Gras, directeur général de Colissimo, détaille avec nous les leviers de développement du spécialiste des colis e-commerce, dans un contexte de concurrence internationale soutenue et de consolidation entre acteurs.

Publié le 2 septembre 2026 - 16h49
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 Vincent Bourdon

Pourriez-vous dans un premier temps nous rappeler la filiation de Colissimo au sein du vaste groupe La Poste, et ses spécificités ?
Colissimo est une marque du groupe La Poste spécialisée dans la livraison de monocolis de moins de 30 kilos. Nous sommes aussi experts dans l’e-commerce, puisque 95 % de nos flux concernent le BtoC. La puissance de notre groupe permet un maillage territorial absolument unique, avec la possibilité de livrer toutes les adresses en France, ainsi qu’une proximité humaine au travers de nos facteurs et nos livreurs. Nous disposons également d’une couverture internationale, avec la capacité de desservir 235 destinations (pays et territoires).

 

Que représente aujourd’hui le service Colissimo, en termes de volumes et de réseau, en France et en Europe ?
Nous livrons à peu près 500 millions de colis par an, avec des pics atteignant les 5 000 colis distribués à la minute avant Noël ou lors des soldes d’été par exemple. Nous opérons en amont sur 18 grandes plateformes de tri, aptes à traiter jusqu’à 40 000 colis par heure. S’y ajoute un réseau secondaire de plus petites et nombreuses agences régionales, nous permettant d’adresser l’ensemble du territoire. Concernant la distribution hors domicile, nous nous appuyons sur un réseau de plus de 20 000 points de retrait (relais commerçants, bureaux de poste et consignes) dont plus de plus de 7 500 consignes Pickup.

 

Et en termes d’emplois associés ?

Entre 5 000 et 8 000 personnes travaillent pour Colissimo selon la saison. Nous multiplions en effet par deux nos volumes à Noël, ce qui nécessite des renforts. Nous nous appuyons également sur les 60 000 factrices et facteurs de La Poste, qui effectuent des distributions mutualisées, entre colis et courriers.

 

Votre groupe vient de publier son nouveau plan stratégique, impliquant notamment de « conforter [votre] position de leader du colis et de la logistique souveraine en France et en Europe, en devenant le numéro 2 européen de la livraison hors domicile ». Quels sont vos principaux leviers d’actions pour y parvenir, face à des acteurs comme DHL ou InPost par exemple ?

Dans le cadre de notre plan « Réussir ensemble – Ambitions 2031 », annoncé par notre présidente Marie-Ange Debon, nous nous sommes en effet fixés plusieurs ambitions à cinq ans. Afin de les atteindre, nous allons saisir des opportunités de croissance sur différents segments bien identifiés. En commençant par le hors domicile, en très fort développement ces deux dernières années. Nous allons ainsi poursuivre le développement des consignes et de notre réseau de points de retrait, tout en facilitant les usages et la capacité à reprogrammer les livraisons. Deuxièmement, le CtoC, c’est-à-dire les échanges entre consommateurs, au travers de plateformes comme Leboncoin et Vinted. Nous constatons également un notable développement du e-commerce à l’export, ce qui est plutôt une bonne nouvelle pour les entreprises françaises. Il est cependant important de noter que nous exerçons dans un marché on ne peut plus compétitif. Et ce dans un contexte de consolidation des acteurs, avec notamment FedEx entrant au capital d’InPost, DHL se rapprochant de JD.com, Colis Privé se renforçant dans la péninsule Ibérique avec le rachat de Paack…  En parallèle, plusieurs géants souhaitent internaliser ou du moins verticaliser leur distribution, en livrant directement le consommateur final. Conséquence de ces stratégies de concentration : la moitié des volumes du e-commerce mondial devrait bientôt être gérée par seulement une dizaine de plateformes, à l’instar d’Amazon, Temu, Shein, AliExpress…

 

Le précédent PDG du groupe La Poste, Philippe Wahl, indiquait justement fin 2024 lors d’une audition sénatoriale : « Temu et Shein représentent 22 % de nos colis en Europe, soit 1 % de plus qu’Amazon ». Comment ont évolué ces ratios en un an et demi, et comment l’expliquez-vous ?

À ce stade, la part des volumes traités par Colissimo demeure assez stable depuis 18 mois ; il n’y a pas eu d’augmentation. En revanche, les grandes plateformes e-commerce asiatiques poursuivent leur croissance, et confient une partie de leurs flux à des opérateurs à capitaux chinois, tels que Cainiao et Gofo. L’émergence de ces formes d’oligopoles pose des questions de souveraineté logistique, en France et en Europe.

 

Colissimo a signé en octobre dernier un protocole d’accord avec Temu. Comment se matérialise-t-il aujourd’hui concrètement et quelles en ont été les raisons ?
Nous avons noué un contrat commercial assez classique, en leur proposant des solutions de livraison identiques à celles que nous fournissons à nos autres clients. Il est en effet préférable que les colis de Temu – le troisième site e-commerce le plus consulté en France – soient distribués par La Poste via Colissimo, avec l’excellente qualité de service associée, et non par d’autres acteurs. Car ces plateformes ont la capacité financière de développer rapidement leur propre réseau distribution ; à partir du moment où elles sont autorisées en Europe et en France, notre rôle consiste à essayer d’en capter les flux pour justement maintenir notre souveraineté logistique, et faire travailler nos factrices et facteurs.

 

Quel impact a pu avoir la taxe française de deux euros sur les petits colis sur votre activité, et que pensez-vous de celle de trois euros, harmonisée par l’Union européenne et récemment mise en place ?
La taxe spécifiquement française partait d’une bonne intention : celle de maîtriser le développement des plateformes e-commerce chinoises. Ces dernières ont cependant revu leur schéma logistique : elles ont fait atterrir leurs avions et leurs flux en Belgique, essentiellement à Liège, et aux Pays-Bas. Il y avait donc malheureusement moins d’activité dans les plateformes aéroportuaires, mais la mesure française n’a pas eu d’impact notable chez Colissimo. Désormais et depuis le 1er juillet 2026, tous les pays membres de l’Union européenne ont mis en place la taxe harmonisée à trois euros par article. Nous n’avons pas encore le recul nécessaire pour percevoir ses effets, en termes de volumétrie ou d’activité*. Cependant, nous constatons que les plateformes travaillent déjà depuis des mois sur la refonte de leur supply chain, en anticipation du droit de douane européen. Elles positionnent et relocalisent leurs stocks en Europe, comme Shein et son immense parc d’entrepôts en Pologne [étendu sur 740 000 m², ndlr]. Notre distribution de colis ne devrait pas être affectée ; ce sont plutôt les liaisons en amont par bateau et avion, avant dédouanement des marchandises sur le continent, qui sont en train d’évoluer.

 

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* À noter que cette interview a été réalisée le 20 juillet 2026.

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