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Sobriété énergique : comment FM Logistic œuvre pour repenser l'énergie sur ses sites

Fin août, Elisabeth Borne encourageait les entreprises à réduire leur consommation en gaz et électricité en mettant en place des plans de sobriété énergétique. Mais de quelles manières les entreprises de la supply chain prennent-elles en compte ces problématiques et comment envisagent-elles l'hiver à venir ? Aujourd'hui, Charlotte Migne, directrice du développement durable de FM Logistic détaille la stratégie du logisticien et son plan d'action pour les années à venir.

Publié le 5 octobre 2022 - 10h38
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FM Logistic

Comment réagissez-vous aujourd’hui aux fortes évolutions des tarifs de l’énergie et aux appels à aller vers plus de sobriété énergétique ?

Charlotte Migne : Nous n’avons pas attendu la crise énergétique pour nous saisir du sujet environnemental et énergique. FM Logistic s'appuie sur un plan d’action qui vise à la neutralité carbone en 2030, sur les scopes 1 et 2, c’est-à-dire l’entrepôt. Celui-ci se base sur trois leviers : le premier est l’éco-conception de nos bâtiments, sujet intégré depuis longtemps par nos équipes immobilières. Depuis 2012, tous nos nouveaux entrepôts sont certifiés Leed ou HQE, en essayant de cocher le maximum des cases possibles. Dans cette conception, un des principaux gains en matière d’énergie et de CO2 que l’on peut générer vient de la maîtrise de la température, via une bonne isolation. Une variation d’un degré seulement dans l’entrepôt peut avoir un impact de +7 % de CO2. Dans certains de nos bâtiments de nouvelle génération désormais, nous pouvons éviter de chauffer l’hiver, ce qui représente un gain important. Le deuxième levier, c’est l’efficacité énergétique. Sur ce point, notre plan se base sur des normes Iso, ce qui nous permet de définir les objectifs, de mesurer et d’auditer la performance. Nous avons musclé notre pilotage en France en listant 75 actions de performance énergétique déployables sur les sites et nous avons fait un tour de nos implantations cet été pour demander aux équipes terrain de préciser si ces actions ont bien été mises en œuvre, sur quel périmètre, si elles sont applicables ou pas, etc. Nous allons poursuivre ces actions sur l’ensemble de nos sites dans le monde. Enfin, notre troisième levier concerne la production ou l’achat d’énergies renouvelables. Aujourd’hui, nous achetons une grande partie de notre énergie à partir d’électricité verte certifiée garantie d’origine, ce qui représente 80 % de notre énergie en France, et 41 % au niveau du groupe. En parallèle, nous développons des projets de production d’énergie sur site, principalement via le photovoltaïque, déjà en action dans cinq pays sur 14 (France, Italie, Espagne, Pologne et l’Inde), avec 1 500 MW d’électricité verte produits sur une douzaine de sites. Nous avons six projets à venir sur ce sujet dans les prochains mois. Plus généralement, au niveau du groupe, nous sommes en train d’être audités par le SBT (Science-Based Targets), organisme qui labellise les plans des entreprises en matière de réduction carbone afin de limiter le réchauffement climatique en dessous de 1,5 degré. En tant qu’entreprise, nous soumettrons notre plan dans les deux prochaines années afin que sa crédibilité puisse être vérifiée.

 

Comment s’organise la gestion de l’énergie au sein de FM Logistic ?

Nous sommes exclusivement en autoconsommation, mais nous souhaiterions devenir un producteur d’énergie au-delà de nos propres sites. Aujourd’hui, les logisticiens sont globalement peu énergivores par rapport à d’autres industriels, mais nous avons un potentiel de production incroyable, grâce à la taille de nos sites. Nous voudrions donc produire plus, pour alimenter des écosystèmes de production d’énergie verte ou offrir de l’énergie pour nos sous-traitants, ce qui permettra de décarboner le transport. C’est ce que nous essayons de faire sur le sujet de l’hydrogène : nous avons mis en place une station en Espagne, qui a ouvert au mois de juin dernier, alimentée en partie par les panneaux solaires. Cette station est utilisée principalement pour nos chariots, mais vise à alimenter les petits camions utilitaires pour la logistique urbaine dans le courant de cet automne. Évidemment, nous voulons continuer et utiliser cet hydrogène pour alimenter les camions, mais encore faut-il qu’il y ait des poids-lourds fonctionnant à l'hydrogène en circulation. Nous pensons aussi au fait de revendre le surplus d’énergie produite aux villes à côté desquelles nous sommes présents, comme dans le Loiret, à côté d’Orléans, pour les flottes de bus ou les taxis, qui ont un usage mature de l’hydrogène. Nous voulons faire une opportunité d'une contrainte.

 

Quelles sont les sources de consommation sur une plateforme logistique et quels leviers pouvez-vous activer pour les réduire ?

Dans un entrepôt classique, 30 % des consommations concernent le chauffage, 20 % sont dédiées à l’éclairage, 20 % aux équipements informatiques, 20 % pour les activités de co-packing (four, convoyeurs) et 10 % dans la salle de charge. Sur la climatisation et le chauffage, nous nous servons de la GTC (Gestion technique centralisée), et nous avons encore une marge de manœuvre sur son utilisation, car ce sont des outils complexes – nous formons régulièrement nos équipes sur ces sujets. Du côté de l’éclairage, le Led est désormais utilisé sur toutes nos plateformes, et cela, depuis un moment, mais nous réfléchissons maintenant à des capteurs de présence, voir des capteurs crépusculaires qui s’adaptent à la lumière extérieure, qui permettent de gagner 10 à 15 % de réduction d’énergie supplémentaire. Pour l’IT, les leviers sont encore artisanaux, avec des recommandations d'utilisation, pour éteindre les équipements non utilisés. Nous nous intéressons comme beaucoup à la chaleur des serveurs pour chauffer les espaces attenants, mais les solutions industrielles sont rares. Pour les salles de charge, un des enjeux est de les supprimer complètement et c’est notamment possible avec l’hydrogène – ce qui apporte des mètres carrés supplémentaires pour du stockage. Nous travaillons aussi sur l’achat d’énergie, en pensant local tant que possible, et en renforçant les achats sur le long terme : nous avons déjà acheté 100 % de notre énergie pour 2023, 50 % pour l’année suivante et 25 % pour l’année d’après. Nous essayons aussi de prendre en compte la politique énergétique dans nos achats intralogistiques : récemment, à l’occasion d’un appel d’offres important en Slovaquie, nous avons inscrit dans le cahier des charges, à l’initiative de notre client, la problématique énergétique des équipements automatisés.

 

Quels sont les défis pour avancer sur ces questions énergétiques aujourd'hui ?

Comme nos confrères, l’énergie ne représente que 1 à 2 % de notre chiffre d’affaires, mais une augmentation par trois de son tarif peut venir attaquer nos marges. Il y a donc un vrai intérêt économique à viser cette sobriété, et il est facile de convaincre nos clients de l’importance d’aller plus loin. L’enjeu est évidemment au niveau de la professionnalisation des équipes de maintenance, mais nous y parvenons sereinement. Le point complexe aujourd’hui, c’est la production d’énergie sur les sites. D’abord pour des raisons de financement : les subventions de l’État n’existant plus sur le photovoltaïque, il faut en conséquence imaginer des modèles avec des ROI acceptables pour la logistique, ce qui oblige à être efficace. Mais on a parfois des blocages aussi du fait de nos assurances, de nos bailleurs : il y a un sujet administratif et financier sur ces équipements qui empêche leur déploiement massif. De plus, nous nous limitons à l’autoconsommation aujourd’hui, car nous n’avons aucun intérêt financier à remettre le surplus de consommation dans le réseau. Il va donc falloir imaginer des modèles dans lesquels on pourra revendre de l’énergie à des acteurs locaux – c’est le sens de notre projet hydrogène en France.

 

 

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