Accueil / Décryptage / Mobilités / Gestion du transport : les TMS prennent de la vitesse

Mobilités

Gestion du transport : les TMS prennent de la vitesse

01.12.2016 • 09h30
|
par Matthew PERGET
D_2

5. Le SaaS, facteur de démocratisation des TMS ?

En proposant à leurs clients des solutions TMS hébergées à distance sur le cloud, de plus en plus d’éditeurs de logiciels de gestion du transport misent sur un modèle d’exploitation commerciale sur abonnement, avec mises à jour automatiques. En pleine expansion, le TMS en mode SaaS attire des entreprises demandeuses de flexibilité.

Qu'est-ce que c'est que SaaS ?

« Le logiciel en tant que service (SaaS) est la branche la plus connue du cloud computing. C'est un modèle de prestation dans lequel les applications sont hébergées et gérées dans le centre de traitements d'un prestataire de services, payées sur la base d'un abonnement et accessibles par un navigateur via une connexion internet. »


Source : SaaS : les avantages, les inconvénients et les principaux fournisseurs, article de Charles McLellan paru sur ZDNet.fr en octobre 2013.

Avec un modèle économique fondé sur l’abonnement, les TMS en mode SaaS permettent à des entreprises n’ayant pas forcément le temps ou les moyens d’acheter une licence et d’installer le logiciel sur leur site de bénéficier rapidement d’un outil prêt à l’emploi. « Le fait d’être en SaaS permet d’abaisser le coût de possession, de le lisser sur les années, de ne pas avoir à investir tout de suite et d’obtenir des retours sur investissements plus rapides en rentabilisant l’utilisation du logiciel », expose Olivier Schulman, responsable de l’offre TMS chez a-SIS. Le mode SaaS présente cependant différents modèles d’abonnement, pouvant faire gonfler le budget alloué à l’utilisation de l’outil. Jérôme Bour, Pdg de DDS Logistics, détaille les modèles de facturation les plus couramment employés chez les éditeurs de TMS en SaaS : « Le modèle lié au nombre d’utilisateurs est bien maîtrisé. Un autre modèle, se développant de plus en plus, se calcule sur la base du nombre de transactions gérées dans le système. Le troisième mode, qui a du sens si le TMS permet de gérer l’intégralité de la chaîne jusqu’aux éléments financiers, est de considérer que le coût du SaaS est un pourcentage du budget transport. »

 

Les éditeurs de TMS peuvent ainsi choisir de faire payer leur solution à l’utilisation, en fonction du nombre de kilomètres parcourus par les camions de l’entreprise utilisant le logiciel ou sur un coût d’utilisation au véhicule, comme le propose le TMS Routyn de Wide Scope, dont l’éditeur KLS Logistics est le distributeur exclusif pour la France, la Suisse et le Maghreb. « Plus la flotte est petite, moins le coût est important, expose Grégoire Garcia, responsable du développement international de KLS Logistic. Cela permet aux entreprises ayant un ou deux véhicules d’avoir une solution directement accessible, offrant les mêmes niveaux d’optimisation et permettant surtout de se décharger de certaines tâches. Pour l’ordonnancement des commandes dans les camions par exemple, nous savons quel véhicule va livrer quelle commande. Les entreprises gagnent ainsi du temps sur la planification et peuvent augmenter leur productivité sans changer le nombre de véhicules. »

 

Rapidité d’installation

Pour les sociétés qui préfèreraient acquérir une licence externalisée chez un hébergeur et signer un contrat de location de licence plus classique avec des versements mensuels, le mode ASP (Application Sercice Provider – fournisseur d'applications hébergées) peut faire office d’entre-deux. L’ASP diffère du SaaS dans la mesure où le logiciel est confié à un prestataire d’hébergement, alors qu’un logiciel en mode SaaS est hébergé sur les serveurs de son éditeur. De surcroît, les applications confiées à un tiers, comme dans le cas de l’ASP, ne sont généralement pas développées nativement pour le web et ne permettent pas d’intégrer des utilisateurs multiples, de mutualiser les services. Enfin, les éditeurs de logiciels en mode SaaS procèdent à des mises à jour automatiques de leurs solutions, étant les mêmes pour tous les utilisateurs. Ces derniers travaillent ainsi à chaque fois sur la dernière version du logiciel sans avoir besoin de ralentir l’activité pour l’installer.

 

Cette souplesse technique, ne nécessitant pas d’intervention humaine sur site, est l’un des atouts majeurs du mode SaaS comme le développe Jean-Michaël Carli, responsable grands comptes de Wolters Kluwer Transport Services : « Sur un logiciel installé, pour peu qu’il y ait du développement, vous vous retrouvez avec des équipes chez vous pendant des mois pour ne pas dire un an et demi. Il faut ensuite déployer, c’est lourd, c’est compliqué, ça coûte beaucoup d’argent. Avec le SaaS on passe en mode léger. Si quelques barrières existaient il y a 15 ans, aujourd’hui tout le monde est habitué à utiliser des applications sur le cloud. Les utilisateurs vont avoir une solution disponible directement, prête à fonctionner, avec des temps d’installation extrêmement rapides. » Si le mode SaaS ne semble présenter que des avantages, il demeure cependant sujet à débat quant à son coût réel, pouvant parfois dépasser sur le long terme celui d’une licence en fonction du mode de facturation à l’utilisation choisi par l’éditeur.  

 

Tout le monde ne fait pas place au SaaS

Sur le papier, le mode SaaS a tout pour séduire : externalisation de l’hébergement, mises à jour automatiques, investissements lissés, migration facilitée, déploiement et utilisation rapide… Cependant, les logiciels proposés sur ce modèle n’en demeurent pas moins des solutions nécessitant des paramétrages, des ajustements en fonction de l’organisation, ce qui peut induire des coûts cachés. En outre, la rentabilité de ces solutions par rapport à l’acquisition d’une licence peut considérablement varier en fonction du mode d’abonnement et de l’usage du logiciel. Selon Thomas Moreau, co-responsable de l’activité supply chain de Karistem Corporate Consulting, il ne faut pas sous-estimer la complexité et le coût des solutions dématérialisées : « Il y a des développements, le cloud, le SaaS, des smartphones, des applis mobiles qui sont plus attractives, plus légères, plus facilement déployables… Cela simplifie les choses. L’offre est plus large, peut-être un peu moins coûteuse, mais cela demeure des projets avec une certaine complexité. Il faut faire attention. On a parfois une vision simpliste des logiciels mis à disposition en mode SaaS parce qu’on est sur du paiement à l’usage. Avec une facturation à l’ordre de transport par exemple, on peut finir par avoir des coûts supérieurs à un achat en licence. »

 

Un avis partagé par Fabien Petitjean, chef de produit sur la gamme transport chez Acteos : « On peut avoir l’impression que tout ce qui est en SaaS représente un coût moindre. C’est un peu le même principe que lorsque l’on achète ou que l’on loue une voiture, en leasing ou en location pure. Effectivement, c’est un petit budget par mois. Mais lorsque l’on regarde le global, le coût sur une longue durée peut être similaire à de l’investissement. » Si Thomas Moreau et Fabien Petitjean recommandent l’étude précautionneuse avant d’investir dans une solution en mode SaaS, ils n’en saluent pas moins sa praticité et son évolutivité. Il convient ainsi de bien analyser le modèle de facturation et, dans le cas d’un TMS, d’effectuer des simulations calculées sur plusieurs mois en prenant en compte les ressources de l’entreprise (nombre de véhicules, distances parcourues quotidiennement, nombre de trajets, de commandes etc.) afin de déterminer le plus finement possible le coût à l’usage sur le long terme. 

 

Un SaaS de décompression

Ce modèle permet néanmoins à des petites et moyennes entreprises de bénéficier d’un outil clé en main sans avoir à entamer de gros chantiers techniques ce qui, dans la plupart des cas, conduit à des économies significatives. Il leur offre qui plus est un niveau de sécurité presque équivalent à celui d’une grande entreprise avec un pôle informatique dédié. « Les petites entreprises accèdent à travers le SaaS à un niveau de sécurité qu’elles n’auraient pas pu s’offrir, explique Jérôme Bour de DDS Logistic. Avec ce modèle, on mutualise, au sein d’une plateforme hyper sécurisée, ce qu’une entreprise seule ne pourrait pas se payer. » Pour les grands groupes, le choix du SaaS ou de la licence se joue également en fonction des politiques de gouvernance des données et des systèmes. Certains préfèrent conserver leurs solutions en interne, le plus souvent développées sur mesure, pour s’assurer avec leur propre équipe technique de leur bon fonctionnement au sein d’un écosystème technique complexe.

 

Morgan Brouard de Kratzer Automation observe une préférence pour les utilisateurs du TMS cadis (essentiellement des entreprises avec des flottes de plus de 200 camions) de conserver l’outil en interne : « Chez nos clients classiques, nous n’avons pas de demande de manière générale pour une solution SaaS. Ils ont déjà un ERP hébergé chez eux ou chez leur hébergeur et veulent que les systèmes soient proches. Comme ils sont très sollicités, ils sont en général hébergés dans leur réseau. » Un choix qui n’est pas systématique. Les directions des systèmes d’information de grands groupes peuvent également opter, pour des questions préventives, pour un hébergement à distance sur le modèle du SaaS. « Pour les grands groupes, les TMS en mode SaaS sont potentiellement beaucoup plus vulnérables puisque l’un des intérêts du TMS est de connecter tous les acteurs de la chaîne de transport, explique Jérome Bour. Les systèmes sont par nature beaucoup plus ouverts. Une DSI d’un grand groupe peut préférer externaliser son TMS, pour garder un niveau de protection beaucoup plus élevé sur son ERP. » Bien qu’en pleine expansion, le TMS en mode SaaS ne fait pas l’unanimité et devrait se partager le marché encore longtemps avec les solutions proposées en licence. Un seul schéma ne saurait convenir à un si large spectre d’acteurs de la logistique et du transport à la taille, aux budgets et aux besoins si singuliers.

BUZZ LOG
“Les objets connectés seront garants de meilleures conditions d’acheminement, de manipulation et de livraison des marchandises auprès des clients finaux.”
— Guy Courtin, vice-président industry & solution strategy : retail & fashion chez GT Nexus.
SUIVEZ-NOUS
NEWSLETTER
Pour rester informé chaque semaine