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Réemploi, dons, solidarité : la logistique face au défi de l’anticipation

Une tribune signée par Jean-Charles Gillet de RX France, directeur des salons SITL et Supply Chain Event (SCE).

Publié le 29 juin 2026 - 15h00
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 Syda Productions via stock.adobe.com

Conflits internationaux, besoins humanitaires, précarité accrue : la logistique humanitaire et solidaire apparaît plus nécessaire que jamais. Elle reste pourtant souvent perçue comme une logistique « à part », mobilisée en situation d’urgence ou à la marge des chaînes classiques. C’est un sujet beaucoup plus central qu’il n’y paraît. Acheminer des médicaments en zone de crise, redistribuer des produits essentiels, organiser le réemploi, former des personnes éloignées de l’emploi, faire fonctionner des circuits courts de solidarité : tout cela suppose une logistique exigeante, structurée et professionnelle.

 

Les exemples se multiplient. L’Agence du Don en Nature transforme des produits non alimentaires invendus en ressources pour les associations et s’appuie sur un réseau de plus de 1 700 associations partenaires sur l’ensemble du territoire. Son entrepôt-école permet aussi de former aux métiers logistiques. D’autres acteurs présents au SITL 2026, comme Bioport, Aviation Sans Frontières ou encore la Fondation CMA CGM, rappellent que l’aide humanitaire repose autant sur la capacité à mobiliser vite que sur celle à stocker, tracer, conditionner et distribuer correctement.

 

Une logistique solidaire source d’innovations

La logistique humanitaire et solidaire mobilise aujourd’hui des organisations modernes, technologiques et exigeantes. PharmaBox, portée par la Fondation CMA CGM, illustre cette capacité d’innovation à la fois dans le contenant, le déploiement et la réponse à des situations de crise. L’Agence du Don en Nature s’appuie sur des entrepôts très outillés pour gérer les flux, mais aussi pour former et accompagner des parcours de retour à l’emploi. De son côté, Bioport développe, avec le programme Log Humea, un hub logistique stratégique en région lyonnaise pour renforcer la préparation et la réponse humanitaire et sanitaire. Certaines de ces organisations mobilisent également le report modal, malgré un coût parfois plus élevé, pour aligner utilité sociale et responsabilité environnementale.

 

Quand l’optimisation interroge l’avenir du don

Mais cette dynamique révèle un paradoxe. Plus les supply chains se modernisent, plus les entreprises cherchent à réduire les pertes, optimiser les stocks, renforcer les normes qualité, améliorer la prévision et limiter les invendus. C’est évidemment souhaitable : une chaîne mieux pilotée gaspille moins, immobilise moins de ressources et répond mieux aux attentes environnementales. Mais cette efficacité accrue peut aussi réduire le « gisement » de produits que certains acteurs solidaires transforment aujourd’hui en valeur sociale.


La question n’est donc pas de regretter les surplus. Elle est plutôt de savoir comment intégrer la solidarité plus tôt dans la conception des flux. Autrement dit, ne pas attendre qu’un produit devienne un écart, un invendu ou une anomalie pour envisager son utilité. Cela suppose de mieux identifier ce qui peut être orienté, de créer des passerelles plus fluides entre entreprises et associations, et de rendre ces circuits compatibles avec les contraintes réglementaires, qualité et traçabilité.

 

L’enjeu est d’autant plus important qu’en France, 2,4 millions de personnes dépendent de l’aide alimentaire des Banques Alimentaires. Ce chiffre rappelle que l’accès aux produits essentiels repose aussi sur des infrastructures, des compétences et des chaînes d’acheminement capables de fonctionner dans la durée. En matière humanitaire et solidaire, la logistique n’est pas un sujet support : elle conditionne directement la capacité d’agir.

 

Un enjeu collectif d’organisation et de coordination

Les pouvoirs publics peuvent accompagner cette évolution, mais la réponse ne viendra pas uniquement d’eux. La réponse suppose surtout de mieux organiser les points de rencontre entre les acteurs de la chaîne de valeur, les structures solidaires et les dispositifs d’accompagnement existants. C’est dans cette capacité collective à anticiper, orienter et sécuriser les flux utiles que se trouve une partie de la solution.

 

La logistique solidaire n’a pas vocation à compenser les imperfections du système. Elle peut devenir un maillon assumé d’une supply chain plus responsable, capable de concilier performance, sobriété et utilité sociale. À condition de la penser non comme un débouché de dernier recours, mais comme une possibilité à intégrer dès l’organisation des flux.

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