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et logistique

Transversal

« L’automatisation ne supprimera pas le besoin de maîtrise douanière »

Entretien avec Mathieu Schuhl, consultant en commerce international spécialisé en douane et fondateur du cabinet de conseil SOS Douane.

Publié le 3 novembre 2026 - 16h04
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 Yuparet - stock.adobe.com

Nous en sommes en pleine bascule numérique de la douane. Comment les entreprises se préparent-elles à cette transformation ?

Globalement, elles ne se préparent pas encore suffisamment à cette transformation. La douane reste trop souvent considérée comme un sujet purement opérationnel, traité au moment du passage de la frontière et largement délégué au transitaire. Or, le transitaire exécute des opérations à partir des informations qui lui sont transmises ; il ne peut pas, à lui seul, définir la stratégie douanière de l’entreprise, fiabiliser ses données ou anticiper ses futures obligations. Les réglementations commencent néanmoins à imposer un changement de modèle. L’EU Customs Data Hub, la future Autorité douanière européenne installée à Lille, ViDA*, la facture électronique ou encore le passeport numérique des produits (DPP) vont profondément renforcer la collecte, le croisement et le contrôle automatisé des données fiscales, commerciales, douanières et réglementaires. La douane doit remonter au niveau stratégique. Elle nécessite une véritable gouvernance, portée par les directions. Les enjeux douaniers doivent être intégrés dans les systèmes d’information, les données articles, les achats, les contrats et les processus supply chain. L’automatisation ne supprimera pas le besoin de maîtrise douanière. Elle rendra, au contraire, les erreurs plus rapides, plus systématiques et potentiellement plus coûteuses. Il devient donc urgent de faire de la douane une fonction de pilotage, de conformité et de sécurisation de la chaîne d’approvisionnement.

 

Concrètement, comment la douane peut-elle impacter la supply chain ?

Elle peut l’impacter à plusieurs niveaux. Le plus visible réside dans le risque opérationnel : une information erronée, une autorisation manquante ou une réglementation mal anticipée peuvent bloquer une marchandise, retarder une livraison ou désorganiser une production en quelques heures. Mais son impact est également économique. Le classement tarifaire, l’origine, la valeur en douane, les accords préférentiels ou les régimes particuliers influencent directement les coûts, les marges et parfois même la capacité d’une entreprise à accéder à un marché. La douane est donc un sujet transversal. Les bureaux d’études, les achats, les approvisionnements, le commerce, l’ADV, la finance et la logistique contribuent tous à la production des données nécessaires. Une mauvaise information créée en amont sera ensuite transmise au transitaire et reproduite dans les déclarations. L’enjeu consiste donc à intégrer la donnée douanière dans l’ensemble des processus de la supply chain. Plus elle est fiable, cohérente et disponible, plus les flux peuvent être fluides, sécurisés et maîtrisés. La douane ne protège pas seulement la conformité : lorsqu’elle est bien pilotée, elle contribue directement à la performance de l’entreprise.

 

Selon vous, comment accélérer cette prise de conscience ?

Le premier levier consiste à faire sortir la douane d’une logique uniquement opérationnelle. La prise de conscience doit commencer au niveau des directions, car les enjeux concernent à la fois la conformité, la continuité des flux, les coûts, les marges et l’accès aux marchés. Il faut ensuite établir un diagnostic précis : cartographier les flux, identifier les données nécessaires, déterminer qui les produit, où elles sont stockées et comment elles sont contrôlées. Ce travail permet de faire apparaître les responsabilités, les risques et les points de rupture entre les achats, la logistique, le commerce, la finance et les prestataires. À partir de ce constat, l’entreprise doit construire une feuille de route avec une gouvernance claire, des priorités, un budget, des compétences et des indicateurs. La veille réglementaire et la formation sont indispensables, mais elles doivent déboucher sur des adaptations concrètes des processus et des systèmes d’information. L’IA peut accélérer cette transformation en automatisant certaines tâches de veille, en structurant les données, en rapprochant les documents ou en détectant des incohérences. Mais elle ne remplacera ni la connaissance métier ni la responsabilité de l’entreprise. L’objectif n’est donc plus seulement de gérer des formalités douanières, mais de piloter une conformité douanière, fiscale et réglementaire intégrée à la supply chain.

 

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* ViDA (VAT in the Digital Age) : Cette directive européenne adoptée le 11 mars 2025, sera mise en oeuvre progressivement jusqu’en janvier 2035. Elle vise à moderniser la TVA européenne. Elle introduit notamment la facturation électronique obligatoire sous certaines conditions, et des améliorations au cadre du Guichet unique d’importation (IOSS).

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