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Laurent Kamiel, directeur supply chain de PepsiCo France : « PepsiCo manifeste une forte volonté de décarbonation »

Engagé dans le dispositif Fret21 depuis 2019, PepsiCo a dans le même temps lancé PepsiCo Positive (PEP+), sa feuille de route consacrée au développement durable. La multinationale agroalimentaire y détaillait des objectifs de réduction de ses émissions de CO2 pragmatiques, atteints au-delà de ses espérances puisqu'elle les a dépassés. Entre neutralité carbone, électrification intralogistique et recours massif au plastique recyclé, Laurent Kamiel expose à Voxlog les clés et leviers des actions d'envergure menées sur la supply chain de la division française de PepsiCo.

Publié le 4 juillet 2023 - 16h43
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 PepsiCo France

Sur quelles bases avez-vous établi votre feuille de route PepsiCo Positive ? Votre engagement au sein de Fret21 a-t-il été décisif dans votre prise de décision ?

PepsiCo manifeste une forte volonté, au niveau mondial et européen, de diminution de ses émissions de CO2, avec pour objectif de les réduire de 40 % à l’horizon 2030 et d’arriver à un net zéro d’ici 2040. Soit des seuils fixés à dix ans avant les limites des directives européennes. Nous sommes liés à plusieurs domaines où l’impact carbone est forcément plus fort, notamment dans la consommation d’eau, l’agriculture, le packaging et enfin le transport. Concernant PepsiCo France, l’impact se situe essentiellement sur les trois derniers.
Le Fret21, nous l’avons plutôt vu comme un accélérateur pour formaliser notre engagement. Il est toujours difficile pour une société de revendiquer par elle-même ses actions : le point de vue externe que permet cette initiative est extrêmement important. Il permet de nous donner un cadre, une évaluation neutre et objective des efforts que nous voulions faire. Cela correspond à notre volonté politique et stratégique d’être leader dans le monde sur la question du développement durable : l’Europe doit s’imposer comme fer de lance dans cette transition.

Quels résultats concrets à cette démarche ont été observés ?

Nous avons rejoint le Fret21 en 2019 : l’objectif était de réduire nos émissions de 8 % en trois ans. Elles ont baissé de 12 % en global. Ce qui représente en réalité, puisqu’entretemps nos volumes ont augmenté, 28 % de baisse de l’intensité par unité de produit transporté. PepsiCo s’est engagé à hauteur de 40 % d'émissions en moins d’ici 2030 par rapport à 2015, or la récente diminution que nous avons accomplie a permis de revenir aux niveaux globaux de nos émissions de 2015. Nous avons maintenant une trajectoire claire : diminuer le global de 5 % par an et donc viser 10 % de baisse d’intensité annuelle afin de compenser la hausse des volumes et la croissance de notre business.

 

De quelle manière avez-vous optimisé vos transports sur la voie de la décarbonation ?

PepsiCo approche la question de la décarbonation en deux étapes. L’une d’entre elle regarde vers le futur ; elle concerne nos gros investissements comme les camions électriques ou hydrogène. Mais il s’agit plutôt de solutions en test. Il nous faut donc une première phase, orientée vers l’actuel, où nous devons nous montrer beaucoup plus pragmatiques. Quels aspects peut-on optimiser au maximum à partir de l’existant ? Pour cela, nous avons suivi quatre axes majeurs :
• Le remplissage des camions, à partir d’un gros travail sur nos livraisons en amont (de l’usine à l’entrepôt) et en aval (de l’entrepôt au client). Sur la partie snacks, certains semi-remorques peuvent convoyer 15 % de produits en plus que les autres.
• Le kilométrage parcouru, que nous avons optimisé en deux étapes. Sur notre département boissons dans un premier temps, grâce à l’ouverture d’une usine dans le Nord avec un de nos embouteilleurs partenaires, Refresco, pour se rapprocher de nos clients lointains. En 2023, nous avons eu l’idée de couper la France en deux sur la partie snacks en faisant livrer 30 % de nos volumes dans le sud de la France directement depuis l’usine espagnole sans passer par le centre de distribution en France. Les kilométrages économisés nous ont épargné environ 1 200 tonnes de CO2 depuis ce moment-là.
• Le multimodal, multiplié par deux ces deux dernières années, essentiellement sur le rail-route. Les camions livrent plutôt au départ des usines ou à l’arrivée chez les clients, mais le gros du trajet se fait en rail. Grâce à ça, on tourne à 90 % d’économie d’émissions de CO2.
• Les carburants alternatifs enfin, avec une flotte de trois fois plus de camions alimentés aux biocarburants (B100, XTL...).

 

Comment choisissez-vous les partenaires amenés à intervenir sur votre chaîne d’approvisionnement ?

On pourrait en faire un cinquième axe d’optimisation. Nos appels d’offres reposent sur trois critères essentiels : le coût, le taux de service et la RSE. Cette dernière est particulièrement différenciante : entre deux transporteurs qui proposent des offres similaires en termes de prix et de disponibilité, nous choisissons la solution la plus orientée RSE. S’entourer de partenaires répondant aux critères qui nous permettront d’atteindre nos objectifs est primordial pour parvenir au seuil de 5 % de réduction d’émissions globales par an que nous avons établi.

 

Pourriez-vous nous parler de l’entrepôt PepsiCo entièrement électrifié à Libercourt, dans le Pas-de-Calais ?

La démarche est née d’un partenariat avec Blyyd, un fournisseur de tracteurs de cour, duquel mes équipes se sont rapprochées pendant un salon. Là-bas, nos chauffeurs posent les remorques sur un parking afin de les tracter, les charger et enfin les remettre sur les camions. Toute cette activité, orchestrée jusque-là par des véhicules gasoil, a été transférée vers des électriques. Trois avantages en ressortent : c’est moins cher que le gasoil, neutre en émissions et, surtout, silencieux. Un aspect essentiel pour les activités nocturnes. Si le test, qui va durer tout l’été, s’avère concluant – et il le sera –, nous comptons l’étendre à d’autres sites et l’utiliser de nuit comme de jour.

 

Quelle approche avez-vous adoptée vis-à-vis de vos emballages ? Le recyclage a-t-il été pleinement intégré au cycle de vie de vos produits ?

PepsiCo s’est effectivement pleinement engagé sur la partie boisson, avec succès : aujourd’hui, nous avons complètement abandonné le plastique vierge et 100 % de nos bouteilles sont fabriquées à partir de plastique recyclé. À ma connaissance, nous sommes la seule entreprise en Europe à le faire, et nous projetons d’étendre cette mesure à 22 pays d’ici les 5 prochaines années. Sachant que le plastique recyclé coûte plus cher, c’est donc un véritable investissement stratégique et volontaire de notre part pour nous engager vertueusement. La meilleure économie restant l’emballage non généré, ce pour quoi nous mettons particulièrement l’accent sur le développement de nos fontaines Sodastream pour les professionnels et les particuliers.

Sur la partie snacks, le mouvement est plus ou moins similaire. La majorité de nos gammes sont déjà réalisées en film à 50 % d’origine végétale et sont déjà prêtes à être totalement recyclables. Il s’agit d’une ramification de notre partenariat avec Citeo : ils montent une filière du recyclage qui n’existe pas encore en France et, en travaillant avec eux, tous nos films et emballages plastique seront prêts pour le recyclage dès lors que les structures adéquates seront mises en place. PepsiCo n’est pas un professionnel du recyclage, cependant nous y entraînons la filière et en sommes moteur car nous l’utilisons pour lui donner des débouchés afin qu’elle devienne rentable et se pérennise.

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