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Chargeurs

[Dossier] Fret 21 : actions, engagements et retours d’expériences chargeurs

Publié le 15 juin 2023

Accompagner, auditer, récompenser les donneurs d’ordres pour l’intégration et la réduction des impacts environnementaux de leur transport dans leurs stratégies RSE. C’est là tout le travail de Fret 21, porté par l’Ademe et l’AUTF. Retour sur les actions concrètes et porteuses de chargeurs engagés.

1. Fret 21 : des chargeurs engagés pour un transport plus vertueux

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Mené par l’Ademe et l’AUTF, Fret 21 vise à inciter les donneurs d’ordres à intégrer les impacts environnementaux de leur transport dans leurs stratégies RSE, et à se fixer des objectifs ambitieux de réduction des émissions CO2. Des chantiers souvent multiples et complexes que Fret 21 vient accompagner, auditer et même récompenser, avec la création, à l’automne dernier, d’un label dédié aux chargeurs, déjà remis à huit entreprises.

Pour rendre le transport plus vert, tout le monde a son rôle à jouer. Transporteur, commissionnaire ou chargeur, chacun doit trouver sa place pour contribuer à la diminution des émissions de GES et faire basculer son organisation vers des mobilités plus vertueuses. C’est dans ce sens que se construisent les Engagements volontaires pour l’environnement (EVE), un programme visant à réduire les émissions et à limiter la pollution atmosphérique en proposant aux entreprises de s’engager vers des objectifs de diminution chiffrés et concrets. De quoi leur permettre d’être éco-responsables et d’apporter la preuve de leur haut niveau de performance énergétique et environnementale. Un élément crucial puisque la France, dans le cadre de sa stratégie nationale bas-carbone, attend du secteur des transports une diminution globale de 28 % de ses émissions de GES d’ici à 2030. « 80 % des transports terrestres en France sont effectués par le mode routier. Et en étudiant ce dernier, on voit que 95 % de ce qui bouge avec un camion ou un bus fonctionne avec un moteur diesel. Économiser les dépenses énergétiques, moins rejeter : l’action, dans ce secteur, tourne autour de la réduction de l’empreinte carbone », explique Pierre Lupoglazoff, directeur de programme à l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie). Celle-ci est d’ailleurs à l’origine du programme EVE, aux côtés du cabinet d’ingénierie EcoCO2 et d’un large groupe d’organisations professionnelles du secteur, sous l’égide du ministère de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires. Le financement d’EVE est permis par la taxation des fournisseurs d’énergie dans le cadre du dispositif des Certificats d’Économies d’Énergie (C2E) lancé en 2016. Concrètement, le programme EVE se divise en trois dispositifs : le premier concerne le transport routier, sous le nom Objectif CO2. Le deuxième est destiné aux commissionnaires de transports, sous le nom de EVCom. Enfin, le dernier, Fret 21, concerne les donneurs d’ordres, afin que ceux-ci puissent mieux intégrer l’impact du transport dans leurs stratégies RSE. « Ces trois dispositifs sont parallèles et il y a une cohérence qui est portée par le programme EVE », note Pierre Lupoglazoff.   

Impliquer les chargeurs

Le dispositif Fret 21, lancé en 2015, a déjà accompagné 260 donneurs d’ordres. Il tire son origine d’attentes fortes du côté des distributeurs et des industriels dans un contexte d’anticipation réglementaire. Si des entreprises disposaient déjà parfois d’outils internes pour mesurer l’impact carbone, certaines notaient un manque de méthodologie, le besoin de se comparer avec ses pairs, ainsi qu’une nécessaire certification de ces données. « L’idée d’écosystème était présente dès le début de Fret 21. Il fallait impliquer toutes les parties prenantes et embarquer ses prestataires. Au sein de l’AUTF [association des utilisateurs de transport de fret, association professionnelle destinée aux chargeurs], nous avons commencé à travailler sur ces sujets puis avons eu un timing idéal avec la COP21 qui nous a donné un vrai coup de boost. À ce moment-là, les initiatives du secteur privé ont beaucoup été mises en avant, et les entreprises voulaient valoriser la réduction de leurs impacts. C’est donc assez naturellement que Fret 21 a pu être lancé », raconte Virginie Thouzery, déléguée aux projets et aux partenariats pour l’AUTF. L’organisation professionnelle est toujours très impliquée dans le programme, travaillant sur la sensibilisation et l’adhésion des chargeurs, avec une équipe dédiée de chargés de projet.

 

Un engagement volontaire aux multiples facettes

Pour se construire, Fret 21 s’est articulé autour du modèle déjà existant d’Objectif CO2. Le premier axe repose sur l’engagement volontaire. Dans ce cadre, une entreprise décide d’agir sur la question des économies d’énergie, sur l’environnement, et elle va être aidée et assistée afin de définir un premier bilan de ses activités et des leviers potentiels de sobriété. Ceci fait, l’entreprise peut lancer un plan d’action volontaire, et définir elle-même le niveau d’engagement et de réduction de ses émissions de CO2, avec une valeur minimale de 5 % de baisse en trois ans – la moyenne actuelle étant de 10 % chez les entreprises déjà engagées. « Nous accompagnons les chargeurs dans la réalisation du bilan carbone de leur transport, et dans le chiffrage des bénéfices des actions réalisables. Nous structurons ces dernières en quatre grandes catégories : l’amélioration du taux de chargement (via la mise en place d’autres supports ou packaging par exemple), la réduction des distances parcourues (par une réorganisation logistique ou une optimisation digitale), le verdissement des moyens de transport (carburants alternatifs ou report modal) et enfin les achats responsables, pour travailler avec des prestataires et commissionnaires déjà engagés dans leurs programmes respectifs. Il convient évidemment de voir lesquelles de ces actions peuvent être engagées, selon les organisations, les produits, les régions, les sites, les possibilités de multimodalité... », détaille Sophie Chapellier, chargée de projet à l’AUTF et à la tête des équipes dédiées à Fret 21 au sein de l’association. Cette dernière collabore sur ces sujets avec EcoCO2 et une vingtaine de cabinets références pour mieux accompagner les chargeurs et les amener à se poser les bonnes questions : Ai-je une stratégie climat ? Le transport fait-il partie de mes efforts de réduction des impacts ? Ai-je des chefs de projets dédiés ? Puis-je appliquer des bonnes pratiques du secteur ? Mes données environnementales sont-elles de bonne qualité et peuvent-elles être certifiées ? Ai-je des communications régulières sur le sujet avec mon scope 3 de prestataires et partenaires ?

 

Le label comme niveau supplémentaire

Cependant, Objectif CO2 proposait une étape complémentaire dans son organisation : les entreprises du transport pouvaient être auditées, en visant un niveau de performance atteignable mais incitatif, porté sur les meilleures pratiques du secteur, afin de proposer un vrai challenge. De quoi permettre in fine l’attribution du Label Objectif CO2. En 2021 et en 2022, l’Ademe et les acteurs de Fret 21 se sont donc employés à définir un label dédié à Fret 21 et aux chargeurs, pour compenser un certain déséquilibre avec ce qui pouvait exister pour les acteurs du transport, et amener les chargeurs à aller au-delà de l’engagement. « Le principe est le même : c’est un label sur des critères objectifs communs qui valorise un haut niveau de performance environnementale. La différence, c’est que pour un transporteur, la labellisation vise souvent à convaincre un client, dans un cadre d’un appel d’offres par exemple. Les besoins d’un chargeur sont différents. L’idée n’est pas forcément de le faire pour des raisons commerciales, même si cela peut avoir un rôle, mais pour des raisons internes, car le label Fret 21 est une brique structurante dans la stratégie RSE d’une entreprise, qui valorise les acteurs de premières lignes sur ces sujets. Il sert à mobiliser la logistique du chargeur autour d’un objectif commun, et salue la prise en compte par les équipes des enjeux environnementaux », détaille Pierre Lupoglazoff. Un constat partagé par Virgine Thouzery : « La grande valeur ajoutée par rapport à la charte est que le label encapsule la démarche dans la stratégie globale de l’entreprise, dans un esprit de progrès continus, avec l’idée d’assurer une pérennité dans le temps. C’est un signe de reconnaissance pour le travail mené par les équipes et les partenaires. Les chargeurs montrent aussi qu’ils se fixent le même niveau d’exigence pour eux-mêmes que pour leurs prestataires. Pour certains acteurs, c’est également un moyen de valoriser leur organisation par rapport à leurs concurrents ». Afin de permettre la mise en place de ce label, un référentiel a été conçu, testé et adapté lors d’échanges avec une première salve d’entreprises déjà engagées dans le programme Fret 21, mais qui souhaitaient aller plus loin. Celles-ci ont été parties prenantes de ce travail, puis ont été confrontées au cahier des charges définitif. « Il y a véritablement eu une co-construction avec ces chargeurs qui se sont prêtés au jeu en toute transparence, sans savoir s’ils seraient labellisés au final », souligne Sophie Chapellier.      

40 entreprises labellisées d’ici fin 2023

La remise du label se compose de plusieurs phases. Tout d’abord, Fret 21 propose un accompagnement pour atteindre le niveau d’exigence du label basé sur sept conditions de recevabilité différentes. Viennent ensuite 12 critères de notation établis sur des éléments variés : qualité des données, prestataires engagés, part de modes alternatifs à la route, pourcentage d’énergies décarbonées dans le transport routier, etc. « Il faut que les entreprises s’approprient le référentiel, atteignent le niveau de recevabilité et travaillent les douze critères pour pouvoir être labellisées. Nous aidons à l’accompagnement de l’entreprise, puis, selon la taille et le chiffre d’affaires, nous pouvons apporter du soutien dans l’exercice de l’audit, dont le coût peut être supporté par Fret 21 pour les PME ». Enfin, la candidature est examinée en comité de labellisation par les porteurs du programme (Ademe, Eco CO2 et AUTF) et le gouvernement. Pour cette première fournée, les huit entreprises impliquées dans la mise en place de ce label ont toutes réussi à l’obtenir : Boulanger, Eqiom, France Boissons, Gémo, Leroy Merlin, RSB, Isover et Placo (groupe Saint-Gobain) et Société des Carrières de Vignats. Et après ces premiers lauréats, Fret 21 constate désormais un réel intérêt de la part du secteur. Une dizaine de chargeurs ont déjà candidaté et vont permettre le lancement d’une deuxième vague d’audits prochainement, avec l’objectif d’atteindre 40 labellisés d’ici la fin 2023. Plus généralement, l’AUTF espère que ce label permettra aussi un regain d’intérêt sur les chartes d’engagements et plus généralement sur Fret 21, afin qu’un nombre toujours plus important de donneurs d’ordres s’engagent sur ces problématiques. « Les chargeurs sont impactés par la réglementation environnementale. Depuis le 1er janvier 2023, il existe une obligation pour les entreprises de déclarer leurs émissions transport et de mettre en place un plan d’action. Si le sujet n’a pas fait l’objet de communication des pouvoirs publics, car sa mise en musique n’est pas encore clairement définie, les chargeurs doivent s’y préparer. Et avec Fret 21, ils possèdent un cadre et un accompagnement certifiés et reconnus, bien loin du green washing », conclut Virginie Thouzery.

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