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Transport

« Phygital » : comment l'industrie du transport logistique peut-elle prospérer en connectant les mondes physique et numérique ?

Une tribune signée par Christopher Keating, SVP Trimble Transportation Europe.

Publié le 8 janvier 2024 - 14h00
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 Neuroshock via stock.adobe.com

L'acheminement des marchandises d’un point A à un point B implique une collaboration étroite entre les expéditeurs, les transporteurs, les fournisseurs de services logistiques et les destinataires. Bien que les technologies et les méthodes aient évolué, la manière dont ces acteurs interagissent et exécutent leurs opérations quotidiennes a, dans une large mesure, conservé ses traits traditionnels au cours de la dernière décennie. Le secteur utilise encore fréquemment des méthodes conventionnelles telles que les échanges téléphoniques, les documents papier ou la compilation manuelle de rapports pour assurer la fluidité des opérations.


Dans un contexte où une multitude de technologies est disponible, s'en tenir à cette approche n'est plus optimal. Les entreprises peuvent gagner en efficacité et en performance en adoptant le concept du « phygital », qui symbolise l'intégration entre les systèmes physiques et numériques, et a pour objectif d'optimiser les opérations. Quels facteurs ralentissent sa diffusion dans le secteur, et quelles opportunités vont émerger pour les entreprises qui l’adoptent ?

 

Les vieilles habitudes ont la vie dure

Sur le plan technologique, une bonne partie du secteur semble encore s’appuyer sur un assemblage hétérogène de solutions technologiques et de processus « physiques ».


Pourquoi cette résistance au changement ? Tout simplement parce que les vieilles habitudes ont la vie dure. Par exemple, certaines réglementations en matière d'importation et d'exportation, telles que l'exigence par certains pays d'utiliser des timbres physiques pour l'authentification et l'autorisation des documents, ont longtemps contraint les entreprises à persister dans l'utilisation du papier. De plus, l'absence de normes universelles en matière de solutions numériques a conduit les entreprises à emprunter des voies de digitalisation diverses, résultant en des systèmes technologiques isolés incapables de communiquer entre eux. Cette situation complique la compréhension précise de la gestion des commandes et des capacités, et entrave le déroulement fluide des processus – entre autres.


La solution ? Opter pour une stratégie de digitalisation standardisée et collaborative, que nous qualifions d’« approche en plateforme », plutôt que de persister dans des approches en silo au sein des entreprises. Cette approche établit les fondations d'un futur phygital, en facilitant la création d'un réseau de transport englobant l'ensemble du secteur. En interconnectant expéditeurs, transporteurs, fournisseurs de services logistiques et autres acteurs clés, les entreprises peuvent non seulement simplifier les communications, mais également réduire considérablement les tâches administratives manuelles.

 

Cette démarche collaborative favorise également une prise de décision basée sur l'analyse de données, offrant aux entreprises un accès à un large éventail d'informations utiles pour le progrès de toutes les parties prenantes. À court terme, l'utilisation de ces données, couplée à un haut niveau d'automatisation, peut contribuer à réduire les temps d'attente, optimiser les opérations de triage... À plus long terme, ces mêmes données peuvent servir à former des modèles d'intelligence artificielle, permettant de développer des outils d'approvisionnement autonome, de devis en temps réel, et autres fonctionnalités innovantes.

 

De nouveaux défis nécessitent de nouvelles solutions

L'adoption du phygital ne se limitera pas à accroître l'efficacité des expéditeurs et des transporteurs ; elle jouera un rôle crucial dans la capacité du secteur à surmonter les défis émergents.


La décarbonation est sans doute le plus important d’entre eux. L'impact de l’intégration du développement durable sur les résultats financiers est indéniable, les expéditeurs choisissant de plus en plus de collaborer avec des transporteurs selon leurs engagements en matière de durabilité, offrant des contrats de fret étendus aux entreprises respectueuses de l'environnement, et payant parfois une prime pour un transport à faibles émissions.  


La décarbonation n’exige pas d’investir dans des technologies de pointe coûteuses. Les entreprises peuvent réaliser des avancées significatives en déployant des outils numériques qui renforcent la visibilité sur leurs inefficacités. Grâce à des données en temps réel, elles peuvent diminuer les trajets à vide, réduire les temps d'attente excessifs, former leur personnel à des pratiques de conduite plus durables et combiner divers modes de transport pour limiter les émissions. Là encore, ces initiatives sont plus efficaces lorsqu'elles sont menées de manière collaborative. Par exemple, il est nettement plus aisé pour les transporteurs de diminuer les trajets à vide en trouvant un chargement retour s'ils font partie d'un réseau étendu, plutôt que d'opérer de manière isolée. Ils n'ont qu'à signaler au réseau la livraison de leur cargaison et attendre qu'un expéditeur en quête de capacité disponible se manifeste.


Un autre défi auquel le secteur est actuellement confronté est la pénurie de chauffeurs routiers, due notamment au vieillissement de la main-d'œuvre et à l'augmentation de la demande en services logistiques. Face à ce problème persistant, il est crucial pour les expéditeurs et les transporteurs de prioriser le personnel. Cela implique de prendre des mesures pour alléger la charge administrative des chauffeurs, réduire leur temps d'attente dans les chantiers, les ports et lors des embouteillages, et d'employer des outils et technologies pour diminuer le stress lié aux procédures.


Les outils digitaux jouent un rôle crucial dans l’identification des inefficacités, permettant aux entreprises de se tourner vers des données en temps réel pour les déceler. En particulier, des gains d'efficacité notables peuvent être réalisés dans les processus de chargement et déchargement en entrepôt, ainsi que dans l'automatisation de la gestion des créneaux horaires et des chantiers. Ces améliorations peuvent considérablement réduire les temps d'attente, passant de plusieurs heures à quelques minutes, ce qui permet aux chauffeurs de passer plus de temps sur la route.

 

La voie à suivre

Le secteur du transport logistique doit-il donc se tourner vers un avenir phygital ? En bref, oui. Les entreprises ont déjà accès à tous les outils digitaux nécessaires ; leur réussite dépendra cependant de la judicieuse sélection et mise en œuvre de ces outils.


En adoptant pleinement une approche phygitale, les entreprises peuvent envisager une amélioration plus holistique de leurs systèmes. En intégrant des technologies basées sur des plateformes pour renforcer leurs opérations physiques, elles peuvent gagner en efficacité, augmenter leur visibilité et prendre des décisions plus éclairées. Ce virage stratégique est essentiel pour réduire les coûts, accroître l'efficacité générale, et répondre plus adéquatement aux besoins des clients.

 

 

À propos de l'auteur

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En poste chez Trimble depuis 2012, Christopher Keating est actuellement senior vice president de Trimble Transportation Europe, ayant succédé à Stephan Sieber, CEO de Transporeon.
Il a récemment dirigé l'équipe corporate strategy et la transformation globale « Connect & Scale » de l'entreprise.

 

Avant d'occuper le poste de vice-président de Trimble, Christopher Keating a dirigé des structures technologiques à forte croissance au sein de la branche construction de Trimble, dont SketchUp. À ce titre, il a guidé l'équipe lors de la première transition SaaS de Trimble, tout en développant l'activité mondiale. Il est passionné par la technologie, les voyages et la lecture.

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