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Quand la température dirigée se confronte à la livraison urbaine

09.09.2021 • 09h03
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par Charlotte COUSIN
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Franck Dunouau – Star Service

Au-delà des démarches alliant digitalisation, massification et avancées techniques pour répondre aux enjeux logistiques du dernier kilomètre, les acteurs du froid doivent également faire avec les directives différenciées des villes en matière de circulation urbaine dans les actuelles et futures ZFE.

La pandémie aura été un accélérateur de la livraison à domicile, imbriquant avec elle toutes les contraintes liées à la logistique urbaine et à l’acheminement du dernier kilomètre. Si certains secteurs, comme la restauration hors foyer, auront souffert, l’e-commerce alimentaire aura au contraire vu ses activités se développer. « Nous avons accompagné un certain nombre de clients pour accélérer la mise en place du e-commerce et de la livraison à domicile avec des grands acteurs comme Auchan, Carrefour, Picard mais aussi de plus petits comme des restaurants traditionnels qui ont dû trouver des solutions pour aller livrer le consommateur au plus vite, détaille Sébastien Bossard, directeur commercial de Sofrilog. Cela a demandé beaucoup d’agilité et de réactivité des équipes et nous avons réussi à déployer des schémas de distribution logistique intéressants et innovants sur nos outils SI pour faciliter la communication ». Pour ce faire, l’entreprise s’est notamment appuyée sur sa filiale Oofrais, experte du transport et de la distribution fine en frais, sec et surgelé, ainsi que sur ses plateformes de logistique urbaine au plus près des grands centres de consommation à Paris, Lille, Bordeaux, Caen, Rouen, Lyon et Avignon.

 

Développer des solutions éco-responsables

Les initiatives en faveur du développement durable jusque dans le contexte du dernier kilomètre, ô combien consommateur d’énergie, se révèlent un prérequis pour le spécialiste du domaine, Star Service qui, dès 1999, expérimentait les premiers véhicules électriques frigorifiques pour la livraison de courses alimentaires au coeur des centresvilles. « De manière générale, la transition vers une logistique vertueuse est un véritable enjeu pour les transporteurs car cela nécessite une offre de véhicules propres de la part des constructeurs, qui réponde aux contraintes et aux spécificités de l’activité logistique. Star Service a entamé cette transition depuis de nombreuses années déjà à travers une véritable démarche RSE orientée vers la réduction des émissions de CO2 », détaille Marc Joly, directeur commercial de l’entreprise. Et dans le domaine du transport sous température dirigée, c’est bien dans la capacité à combiner solutions écologiques et contraintes inhérentes à l’activité que résident les principaux enjeux : « L’autonomie de nombreux véhicules électriques est par exemple encore trop restreinte pour assurer une tournée complète de livraisons sous température dirigée. À date, nous privilégions l’acquisition de véhicules GNV pour le transport de produits alimentaires car ils constituent une véritable solution aux contraintes du marché ».

 

Mue par cette démarche, la société dispose actuellement d’une flotte de 250 véhicules propres électriques et GNV et prévoit de réaliser l’ensemble des livraisons Star Service Gourmet [produits alimentaires pour la restauration commerciale et collective], à travers une flotte composée de véhicules GNV. « Nous effectuons d’ores et déjà un million de livraisons propres chaque année et nous avons pour ambition de proposer à nos clients 100 % de solutions éco-responsables d’ici trois à cinq ans », indique Marc Joly. Outre l’utilisation de carburants alternatifs au diesel, Star Service mise d’autre part sur la formation à l’écoconduite de ses collaborateurs livreurs et mène une politique de renouvellement régulier de sa flotte en faveur de véhicules normés Euro 6. Ce sont également des triporteurs à assistance électrique qui sont mis à contribution à travers sa filiale écoresponsable La Petite Reine qui a intégré Star Service il y a une dizaine d’années : « Nous avons acquis une véritable expertise dans ce mode de livraison, qui semble nouveau pour certains, et allons même encore plus loin dans les solutions écoresponsables proposées à nos clients à travers un service de livraison de proximité à pied ».

 

S’adapter au dernier kilomètre

Une démarche tournée vers la responsabilité sociale et environnementale également à l’oeuvre au sein du Groupe Sterne. Sur ce maillon spécifique du dernier kilomètre, c’est à un triple-critère que doit répondre la chaîne du froid, estime Franck Garnier, directeur général d’ATS Santé (transporteur-logisticien au service des métiers de la santé) et Novea (pour la course express et la livraison du dernier kilomètre). Tout d’abord maintenir tout au long du transport les seuils de températures décrits dans le cahier des charges du client tout en intégrant les éventuelles ruptures de charge. Il s’agit également de maitriser les différentes techniques de maintien de la chaine du froid en fonction de la température de consigne souhaitée. Enfin, il faut être capable de proposer des moyens adaptés au dernier kilomètre. Sur ces sujets, le groupe travaille à contractualiser un certain nombre de critères correspondant à ses engagements RSE avec des partenaires inscrits « dans la même logique » que lui, à l’instar du groupe Petit Forestier, spécialiste de la location de véhicules frigorifiques : « Ces derniers cherchent à répondre à ces différentes contraintes des centresvilles et mettent à notre disposition les dernières évolutions de véhicules et de groupes froids nous permettant de réduire au maximum l’empreinte carbone ».

 

Qui dit centres-villes implique également les problématiques d’accessibilité et de congestion, entraînant des dispositifs spécifiques mis en place par les différentes agglomérations : « Les villes de Paris ou de Strasbourg ont été plutôt précurseuses dans ce domaine et nous y opérons des livraisons tritempérature avec des vélos-remorques munies de caisson, qui sont complétement autonomes et produisent du froid pour livrer ce dernier kilomètre avec des moyens doux tout en conservant la même traçabilité que pour un véhicule thermique », décrit Franck Garnier. Aujourd’hui détenteur d’une dizaine de véhicules cargo et d’une dizaine de véhicules quatre roues GNV, le groupe ambitionne d’étoffer son parc à une cinquantaine d’ici trois ans pour répondre à ces enjeux sur la région parisienne.

 

Veiller au maillage urbain

Stef compte de son côté notamment sur son dispositif immobilier pour être en capacité de « mettre à disposition du plus grand nombre des produits alimentaires au bon moment et au bon endroit dans le respect des règles de sécurité sanitaire », décrit Damien Chapotot, directeur général de Stef Transport. L’entreprise jouit ainsi d’implantations physiques détenues en propre sur tout son réseau de distribution, lui permettant de déployer des procédures de massification en évitant la segmentation et la fragmentation des expéditions. « C’est le coeur de notre activité. Notre force réside à la fois dans la densité de notre maillage territorial et le travail réalisé sur l’optimisation des plans de transport », décrit-il. Pour compléter ce dispositif, Stef développe des outils supplémentaires en fonction des réalités territoriales : exemples à Rennes et à Nantes où le transporteur a mis en place une livraison du centre-ville par des triporteurs à assistance électrique. « Il n’existe pas d’harmonisation dans les décisions à date. Tout le monde sait qu’il est nécessaire de travailler à moins d’émissions mais il n’y a pas une homogénéité dans les réglementations décidées par les agglomérations. Cela constitue une grande difficulté pour nos métiers », note Damien Chapotot. L’attention portée au bruit fait aussi partie des enjeux de développement durable mené avec ses clients sur de nouveaux process logistiques : utilisation des infrastructures dans les périodes où elles sont les moins fréquentées, c’est-à-dire la nuit, ou encore développement de segmentala cryogénie à partir de l’azote liquide qui n’induit pas de nuisances sonores. « Les nouveaux groupes électriques sont devenus nos standards sur nos porteurs en distribution urbaine. Cela permet également de réduire énormément le bruit, de la même manière que les technologies moteur avec l’arrivée du gaz. D’autre part, nous investissons sur des véhicules de livraison urbaine selon la certification Piek [certification délivrée par le Cemafroid, garantissant que le matériel respecte le seuil sonore maximum de 60 décibels] ».

 

Un exercice d’équilibriste

Jean-Marc Platero, président de Transfrigoroute, organisme d'études techniques et économiques du transport sous température dirigée, observe : « Il n’existe pas une mais plusieurs technologies de motorisation : on parle de gaz, d’électricité, d’hydrogène, on commence à évoquer le biocarburant. Toutes ces solutions vertueuses n’arrivent pas de la même façon sur tous les types de véhicule et ne reçoivent pas le même écho d’une ville à l’autre. Ainsi, le transporteur qui, au même titre que le logisticien, doit contribuer à cet effort environnemental, en l’occurrence en prévoyant de lourds investissements, ne peut les mettre en oeuvre qu’à partir du moment où il a en face de lui une solution technique viable reconnue par les villes et avec les infrastructures ad hoc lui permettant de l’exploiter ». Tout ne se trouve donc pas uniquement entre les mains du transporteur mais relève également de la vision de chaque agglomération qui peut différer. Un exercice d’équilibriste demandant de l’adaptation, de la flexibilité et la mise en oeuvre d’un partenariat resserré entre transporteurs, villes et constructeurs pour parvenir à déployer de nouvelles solutions.

 

Ces problématiques de livraison du dernier kilomètre, liées notamment à la mise en place des ZFE, Star Service entend y répondre à travers la démarche RSE qu’elle mène depuis plusieurs années. « Grâce à notre flotte de 250 véhicules propres et au renouvellement de nos véhicules en faveur de véhicules plus respectueux de l’environnement, nous sommes en mesure d’assurer les livraisons dans ces nouvelles zones. Le déploiement de nouvelles solutions de livraisons, de courses alimentaires par exemple, en triporteurs ou à pied correspond également à une réponse à ces enjeux environnementaux, tout comme l’acquisition d’Espaces Logistiques Urbains, au coeur des villes. Star Service dispose à l’heure actuelle de trois ELU à Neuilly-sur-Seine (92), au Louvre et Boulevard Ney (Paris) », indique Marc Joly. De nombreuses pistes et déploiements sont donc déjà en cours et l’heure est également à la prospective pour le secteur de la logistique du froid. Au-delà des investissements technologiques dans les matériels, cela pourrait passer par la modifi cation et l’évolution des schémas opérationnels. À l’instar de Stef qui étudie désormais les potentialités du fluvial : « Nous avons toujours considéré le fleuve pour des grands volumes et nous étudions également s’il n’y a pas un enjeu sur les petites volumétries pour la livraison finale », explique Damien Chapotot.

 

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