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Emploi/RH

À Dourges, un entrepôt-école piloté par l'Agence du Don en Nature

14.04.2022 • 09h01
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par Emilien VILLEROY
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Au cœur du Pôle Euralogistic, l’association de lutte contre la précarité L’Agence du don en nature a ouvert début 2020 un entrepôt-école à Dourges (62) pour ses opérations logistiques. Un entrepôt qui a déjà accueilli plus de 200 apprentis et que nous présente Sandrine Ruffet, directrice supply chain de l’association.

Faire le lien, voilà la mission de l’ombre que mène l’Agence du Don en Nature depuis sa création en 2008. Son rôle est d’être l’intermédiaire entre un réseau d’entreprises, environ 200 donateurs, et un réseau de 1 000 associations situées partout en France pour la redistribution de produits non-alimentaires. « Les métiers de la supply chain sont la colonne vertébrale de nos activités », explique Sandrine Ruffet, directrice supply chain à l’Agence du Don en Nature : « Nous nous chargeons du stockage, de la préparation de commandes et du reconditionnement de ces produits, dans une optique BtoB ». Si, avant 2020, l’association passait par la prestation externe avec des acteurs comme Geodis pour sa logistique, un processus d’internalisation de cette activité a pu être développé il y a deux ans, avec un objectif vertueux : lancer un nouveau site qui puisse également être un espace de formation vers les métiers du secteur. « Cette idée a été permise grâce à notre collaboration avec le pôle d’excellence Euralogistic dans le Pas-de-Calais, avec qui nous avions déjà eu l’occasion de monter par le passé des projets de diagnostics logistiques pour des associations », raconte Sandrine Ruffet. « Nous avons eu l’opportunité d’occuper un bâtiment vide, que nous avons investi pour en faire cet entrepôt-école. L’idée était de mettre nos moyens à disposition des organismes délivrant des formations d’opérateurs logistiques polyvalents. Cela a été rendu possible grâce au riche écosystème qui gravite autour d’Euralogistic : entreprises, écoles, institutionnels pour les financements. Nous avons pu nous installer et trouver un modèle économique qui réponde aux obligations d’une association à but non lucratif comme la nôtre ».

 

Des formations dans les conditions du réel

Équipé par « des entreprises françaises » (les racks viennent de Provost Rayonnage, et le WMS mis en place est celui de Generix Group), l’entrepôt-école de 2 100 m² situé à Dourges (62) dispose d’un stockage de 3 000 palettes et d’une zone de tri de 200 m². De quoi permettre aux apprenants d’évoluer dans les conditions du réel, en traitant de vrais flux logistiques. « Nous voulons leur offrir les mêmes dispositions que lorsqu’ils seront en entreprise, avec la possibilité d’une productivité ascendante afin qu’ils puissent arriver dans leurs futurs métiers en étant aguerris », indique Sandrine Ruffet. Sourcées par Pôle Emploi en partenariat avec des entreprises logistiques basées dans la zone, les personnes choisies sont formées pendant deux mois : un mois théorique puis un mois au sein de l’entrepôt-école, durant lesquels les apprenants perçoivent leurs droits Pôle Emploi. « Ce sont souvent des gens éloignés de l’emploi, venant de quartiers prioritaires et touchés par du chômage de longue durée : des jeunes ayant eu des accidents dans leur parcours scolaire, ou des femmes qui ont élevé leurs enfants et se retrouvent dans la précarité. On trouve également des seniors qui changent de carrière après un licenciement », raconte Sandrine Ruffet. Après la formation, ils entament une période de six mois en CDD dans des entreprises logistiques. Une promesse d’emploi assurée avant le début de la formation. « Nous avons des taux de retour à l’emploi dans la durée qui sont beaucoup plus importants que sur des formations classiques ».

 

Sur place, trois salariés de l’association travaillent à temps plein aux côtés de 8 à 12 apprenants, encadrés par des formateurs des différentes écoles. Les tâches sont variées : préparation, réception, stockage, reconditionnement, expédition, utilisation des outils (pistolets pour la préparation, WMS). De quoi toucher à l’ensemble du flux logistique de l’entrepôt. « Pendant leur formation, ils sont visités par des entreprises, et ont l’opportunité de faire quelques journées en intégration chez certaines d’entre elles. Dans les Hauts-de-France, le secteur de la logistique est très tendu, et ces acteurs ont des difficultés à trouver des opérateurs. Il y a donc un grand intérêt à venir rencontrer nos apprenants », explique Sandrine Ruffet. Mais si les entreprises peinent à trouver leurs futurs collaborateurs, la difficulté du sourcing concerne également l’entrepôt-école de l’Agence du Don en Nature dans sa recherche de publics à former. « L’intérim capte une grande partie des talents, qui préfèrent avoir des contrats rapides plutôt que de passer par deux mois de formation pour obtenir un diplôme », regrette Sandrine Ruffet, soulignant cependant l’attrait de cet entrepôt-école : « Nous leur permettons de faire des formations pour atteindre un permis Caces 5, car notre entrepôt est en grande hauteur par exemple. Notre formation est également accompagnée du label Compagnons de la Logistique, basé sur le savoir-être ».

 

200 apprentis en un an et demi

Ouvert en février 2020, le lancement de l’entrepôt-école a été retardé par la crise sanitaire, avec de premiers apprenants reçus à partir de mai 2020. Mais deux ans plus tard, l’Agence du Don en Nature se félicite de ses résultats : en novembre 2021, elle intégrait son 200e apprenti et permet dorénavant l’insertion de 80 personnes par an de manière durable dans le monde de la logistique. Si l’entrepôt de Dourges restera le hub central de l’association pour son stockage, celle-ci souhaite tout de même s’impliquer de plus en plus dans les territoires, en mettant en place des plateformes de distribution pour son activité de redistribution de produits non-alimentaires. « Nous travaillons sur la massification de notre transport et sommes engagés dans l’initiative Fret 21. Dans ce cadre, nous avons récemment ouvert un nouvel entrepôt à Montpellier avec notre partenaire AERS [Association d’entraide et de reclassement social] et nous allons utiliser en partie leur plateforme pour lancer des flux de transport en camion complet vers Montpellier, et distribuer des produits pour des personnes en grande précarité via des associations situées dans la région. En 2022, nous voulons multiplier ces formats de plateformes de distribution régionales partout en France », explique Sandrine Ruffet.

 

 

> Retrouvez ici l'intégralité des articles du dossier Sous tension, la logistique cultive son attractivité.

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