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Construire le transport de demain en Bretagne

28.04.2022 • 09h02
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par Charlotte COUSIN
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Lahaye Global Logistics

Dans le domaine du transport, la Bretagne, à l’image de l’ensemble du territoire national, travaille au développement de son intermodalité. Elle passe notamment par le développement du fret maritime et la reconquête du ferroviaire.

« Aujourd’hui, 94,5 % du tonnage de fret en Bretagne est transporté par la route, 4,5% par la mer et 1 % seulement sur le rail (contre 9 % en France et 16 % en Europe) », indiquait la Région Bretagne dans le cadre d’un marché public d’études publié en janvier 2022. Intitulé « étude de potentiel ferroviaire : développement d’alternatives logistiques au transport routier », le rapport observe que la situation de l’offre ferroviaire n’a cessé de décliner dans la région et entend « identifier des leviers concrets pour permettre le redéploiement pérenne du fret ferroviaire et donner les conditions d’un véritable report modal du transport de marchandises ». Le tout avec un plan d’actions prévu pour fin 2022.

 

Relier les solutions de transport

Cette reconnexion au fer, la région y travaille également du côté de sa façade maritime dotée de cinq ports de marchandises. « Ce lien s’est réduit du fait de décisions politiques sur la stratégie SNCF et la fermeture d’activités non rentables comme les wagons isolés, explique Lucile Héritier, directrice des ports de la région Bretagne. Au niveau régional, nous souhaitons donc reconquérir ces potentiels de fret ferroviaire en articulation avec nos ports afin de proposer aux chargeurs une connexion entre les tronçons maritime et ferroviaire ». Développer la multimodalité est aussi l’un des enjeux de la démarche participative BreizhCop initiée en 2017, qui associe acteurs locaux et citoyens pour écrire un projet durable de territoire à horizon 2040. La région en a tiré 38 engagements, dans la volonté de « Raccorder et connecter la région au monde ». Le quatrième d’entre eux vise à « atteindre une multimodalité performante pour le transport de marchandises » se traduisant par différentes actions : atteindre un développement significatif du transport maritime conteneurisé au départ et à l’arrivée de Bretagne à l’horizon de 2030 ; parvenir à un développement logistique de trois lignes de transport combiné rail-route au départ et l’arrivée de Bretagne à l’horizon de 2030, et développer de nouvelles chaînes logistiques maritimes innovantes et vertueuses.

 

Sur ce sujet, l’intégration du port de Brest-Roscoff au Réseau transeuropéen de transport (RTE-T), effective en 2023, permettra d’accéder à de nouveaux financements européens et pourrait ainsi contribuer au développement du transport maritime voulu par la région et à l’attractivité de la façade portuaire bretonne. « L’entrée du port de Brest dans le RTE-T central en connexion avec le corridor atlantique est la preuve qu’il faut relier toutes les solutions de transport pour réduire les flux routiers ainsi que leurs émissions de CO2 », note Lucile Héritier. Une évolution qui devrait également jouer en la faveur de la Sica, le premier groupement français de producteurs de légumes et d’horticulteurs : « Jusqu’à présent, nous faisions venir des camions à vide de Rennes jusqu’à Saint-Pol-de-Léon, mais aussi de Lyon, voire de Hollande, c’est catastrophique. Cette intégration de Brest-Roscoff dans le RTE-T est stratégique. En augmentant les flux, ce corridor logistique permettra de développer l’activité économique sur le territoire », juge Olivier Sinquin, directeur général de la Sica Saint-Pol-de-Léon (29).

 

La reconquête du ferroviaire

La mise en place de systèmes massifiés ferroviaires ou même de transport routier connecté avec les ports bretons se révèle un enjeu central de compétitivité. Mais ce défi de l’intermodalité a encore du chemin à parcourir avant d’atteindre sa vitesse de croisière, juge Philippe Munier, délégué régional Union TLF Île-de-France, Centre et Ouest, pour qui « tout est à relancer » : « Le ferroviaire est anecdotique aujourd’hui, même si certains acteurs sont positionnés sur ce créneau. Cela va nécessiter un véritable effort de la part des collectivités, des pouvoirs publics, notamment en termes d’investissements », juge-t-il. Cet enjeu, plusieurs acteurs du territoire l’ont bien saisi, à l’image de la Sica. Cette dernière met en place en 2009, en partenariat avec les groupes bretons Le Gouessant et Prévision, la société Easy Fret (devenue Combiwest) qui opère sur du rail-route au départ de Rennes, d’abord vers Lyon-Mâcon puis jusqu’à Marseille. « L’idée était de faire partir des légumes sur du fret ferroviaire pour l’ensemble du territoire français et à l’international », détaille Olivier Sinquin. Après la fermeture de Combiwest, l’expérience est ensuite reprise en 2016 par le groupe Montmur, devenu l’entreprise de transport et de logistique Lahaye Global Logistics à l’origine de la création de la filiale Transfer, spécialisée dans le combiné railroute. « Nous nous sommes retroussé les manches et nous nous sommes dit : “On va redémarrer le train”. Nous avons donc créé la filiale Rennes Terminal, se souvient Patrick Lahaye, président du groupe familial Lahaye Global Logistics. Outre la ligne principale Rennes-Lyon (qui achemine sur l’aller des produits agroalimentaires, frais et surgelés, et sur le retour des produits manufacturés ou des eaux de montagne), le prestataire utilise également la ligne Lille-Bordeaux et Lille-Lyon. « Nous avons aussi pour projet de lancer une ligne Rennes-Lille en 2022, mais nous éprouvons quelques difficultés pour trouver les bons sillons afin d’être compétitifs par rapport à la route. Nous attendons donc des retours de SNCF Réseau ».

 

Le multimodal s’inscrit dans l’ADN de l’entreprise familiale Lahaye Global Logistics : « Nous y sommes très attachés et le développement de l’entreprise passera par ce modèle-là. Nous venons de faire l’acquisition d’une entreprise en Grande-Bretagne, ce qui nous rend leader sur ce territoire en produits frais au départ de la Bretagne avec 14 ou 15 000 passages par an. Nous utilisons le bateau à Saint-Malo ou à Ouistreham, dans cette même logique. Prendre le Tunnel sous la Manche aurait été plus simple, mais nous préférons embarquer nos expéditions au plus près pour minimiser nos dépenses d’énergie », témoigne Patrick Lahaye. Véritable ambassadeur du fret ferroviaire dans la région, le président de Lahaye Global Logistics évoque le « travail de fond » qui reste encore à effectuer auprès de ses clients. « Certains sont intimement convaincus, d’autres sont plus réticents. Nous sommes certains qu’il s’agit d’une des solutions à mettre en place. Un trajet Rennes-Lyon fait économiser 80 camions aller-retour sur la route ! Il n’y a aucune valeur ajoutée à faire traverser toute la France à un chauffeur ».

 

Un enjeu primordial pour la région

Pour Lucile Héritier, le redéveloppement du fret ferroviaire constitue un enjeu primordial pour la région « au risque de voir le territoire se désindustrialiser et les entreprises le quitter ». Et les dernières annonces gouvernementales à propos du Plan de relance ferroviaire pourraient laisser penser que le sujet revient à la mode. « Des choses se passent mais il faut accompagner la vague et ne pas se laisser porter. D’autant que les entreprises vont avoir des obligations en matière de RSE, et certaines se demandent déjà comment les remplir sans offres de services ferroviaire et maritime sur le territoire », poursuit-elle. Dans son marché public d’études, la Région jugeait que « la reprise de parts de marchés par le fret ferroviaire ne pourra se faire qu’avec l’implication de la totalité de l’écosystème logistique breton, des transporteurs aux chargeurs de toutes filières ».

 

 

> Retrouvez ici l'intégralité des articles du dossier Bretagne : de la contrainte nait le dynamisme.

 

 

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L'enjeu de la transition énergétique

Terre de transport, la Bretagne n’échappe pas aux défis de la décarbonation. « L’enjeu de la transition énergétique fait partie des chantiers de ces 10-20 prochaines années, même si c’est un domaine où notre secteur est déjà mobilisé : sur l’évolution technique des véhicules, ainsi que sur une démarche de recherche de décarbonation des entrepôts, indique Philippe Munier, délégué régional Union TLF Île-de-France, Centre et Ouest. Nous sollicitons les collectivités pour une amélioration rapide de l’offre publique d’avitaillement en énergies alternatives pour les véhicules : GNV, Bio GNV, électrique, hydrogène… qui est encore insuffisante pour passer à une étape supérieure. On est loin d’une amélioration rapide alors qu’il y a des enjeux importants et de nouvelles contraintes environnementales imposées par le gouvernement notamment en matière de zone à faibles émissions (ZFE) ». Un enjeu sur lequel travaille particulièrement le cluster Bretagne Supply Chain, à travers le programme Mixenn, qu’il anime avec le Centre européen d’entreprises et d’innovation Créativ et le soutien de l’Ademe ainsi que de la région Bretagne. Son ambition : accélérer la transition énergétique du transport routier de marchandises et de personnes dans la région. « L’idée est d’éclairer les dirigeants et les décisionnaires, qu’ils ou elles soient dans les collectivités ou les entreprises, pour opérer la transition de leur flotte », explique Élodie Le Provost, déléguée générale de Bretagne Supply Chain. Une démarche qui passe par une sensibilisation aux enjeux du verdissement du transport, la promotion d’un réseau d’avitaillement breton nécessaire à la circulation des véhicules et la coordination des actions de l’écosystème régional. Le tout grâce à la production de connaissance sur le sujet (articles, interviews, cartographies…) mais aussi en organisant des évènements et en animant des groupes de travail.

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