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INTERVIEW

Generix Group : « Cette crise va changer notre regard sur l’approvisionnement »

01.04.2020 • 09h00
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par Emilien VILLEROY
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Generix Group

La question d’une relocalisation pour diminuer le risque sur les approvisionnements va devenir cruciale
Jean-Charles Deconninck, président de Generix Group, analyse les impacts de la crise du Covid-19 sur la supply chain mondiale et les nouveaux modes d’organisation mis en place, tout en dessinant les tendances à venir en sortie de crise.

En tant qu’éditeur, vous avez une visibilité toute particulière sur les flux. Quels sont les besoins de vos clients aujourd’hui ?
En effet, une grande partie de notre activité est en Saas et nous voyons donc les flux et les usages évoluer en temps réel. Nos clients nous sollicitent pour des nouveaux besoins, souvent dans des conditions surcapacitaires, afin de pouvoir traiter des volumes plus importants ou ouvrir des entrepôts de débordement. Nous les aidons également à mieux piloter leurs systèmes d’approvisionnement, avec des déploiements rapides. Depuis le début de la crise, nous avons basculé notre entreprise en télétravail mais le pilotage de nos supports et le contact avec nos clients se poursuit quotidiennement, avec le même niveau de service.

 

Quelles grandes tendances observez-vous depuis le début de la crise ?
Au niveau de l’activité, nous voyons que l’alimentaire et les produits de première nécessité enregistrent une activité très soutenue, de par la surconsommation des ménages. Nous observons donc des pics de commande et d’activité en entrepôt. Une activité également visible dans les mêmes domaines pour le transport. Globalement, les prestataires logistiques affichent une bonne vigueur sur ces segments. Pour les acteurs dont l’activité est actuellement à l’arrêt, on voit deux types de réactions : ceux qui préfèrent mettre les projets et les investissements en suspens pour le moment, et d’autres qui en profitent pour accélérer sur les projets de transformation afin d'être dans une position plus agressive dès que la crise sera finie.

 

Du côté de l’approvisionnement, comment se gère la situation ?
C’est le vrai sujet du moment : comment tenir l’approvisionnement en amont face à un rythme de production qui ne faiblit pas ? Il faut penser à la question de la matière première pour les produits secs ou vivants dont la production doit se poursuivre à des niveaux soutenus. Les exploitations sont très sollicitées mais doivent faire face à une baisse de main-d’œuvre. Le domaine du frais est particulièrement dépendant du personnel saisonnier et il peut y avoir des risques de pénurie à venir. Plus globalement, ce qui est en train de poindre, c’est un regard différent sur l’approvisionnement. Aujourd’hui, les flux tendus sont une réalité – et on voit que bénéficier d'une vision complète de l’inventaire disponible chez les fournisseurs devient de plus en plus important afin de tenir le niveau de service pour les clients. Des leçons vont être tirées de cette crise et les comportements vont être modifiés. Il va falloir repenser la proximité des tiers de rang 1, 2 ou 3. Certaines industries en France sont complètement dépendantes d’acteurs de grand import et de l’évolution de leur production. La question d’une relocalisation, pour diminuer le risque sur les approvisionnements, va devenir cruciale dans la gestion du risque tout au long de la supply chain. Cela pourra passer par du multi-sourcing par exemple.

 

Qu'en est-il au niveau du fret maritime et aérien ?
Du côté du fret maritime, le nombre de lignes a diminué ces dernières années de par l’augmentation de la taille des bateaux, ce qui permet moins de capillarité. Cela génèrera donc des contraintes au démarrage car la disponibilité des bateaux ne suffira pas à répondre à la demande, d’autant plus avec les stocks actuellement en attente dans les ports asiatiques. Pour le fret aérien, majoritairement tenu aujourd’hui par le fret voyageur, il est clair que la diminution, voire l’arrêt des lignes risque de provoquer des ruptures sur certains produits frais mais aussi dans le luxe, un domaine qui a de toute façon baissé fortement ses volumes depuis le début de la crise en Asie, en janvier dernier.

BUZZ LOG
“Ceux qui possédaient des supply chains matures, dotées de technologies avancées pour une vision de bout en bout, ont su se montrer plus résilients, plus longtemps”
— Olivier Bonneau, associé supply chain chez Deloitte
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