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Supply chain : secteur en manque d’attractivité cherche talents

05.04.2018 • 09h20
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2. Supply chain : l'opération séduction

La supply chain a beau afficher son dynamisme aux yeux des entreprises et y avoir démontré son caractère essentiel, elle peine encore à séduire les talents et jeunes diplômés. Nombreux sont les acteurs du secteur à rencontrer des difficultés pour recruter leurs cadres. Mais il est désormais temps pour la supply chain de passer de l’ombre à la lumière.

Les travaux de l'Aslog en 2018

L’Aslog (Association supply chain et logistique française) dont l’une des missions fondatrices porte notamment sur la promotion de la supply chain, ses métiers et ses spécificités auprès des milieux économiques et des institutionnels, ne cesse, depuis sa création, de travailler au rayonnement du secteur. Pour ce faire, cette année encore, l’association prévoit plusieurs évènements. Parmi eux, les « Rencontres internationales de la supply chain ». Prévues le 7 juin 2018, elles auront pour thème « La supply chain au coeur de la stratégie de l’entreprise ». L’objectif ? Faire que ses participants n’aient plus de doutes sur les enjeux de la fonction. En parallèle, dans le même lieu, une session de travail avec de jeunes professionnels intitulée Graines de leader se tiendra également. Dans le même esprit, sera aussi renouvelée en mars sur le salon SITL une nouvelle édition de Graines de supply chain manager. Pour rappel, cette dernière permet à de jeunes étudiants à la recherche d’un stage de plus de six mois voire d’un premier emploi, de venir se présenter à un panel d’entreprises, membres de l’Aslog. Enfin, autre rendez-vous clé de l’année, la publication d’une nouvelle version du Panorama des acteurs de la logistique, du transport et de la supply chain. LMdV

Longtemps orienté en faveur des employeurs, le marché de l’emploi s’est aujourd’hui inversé. Désormais, il affiche, plus particulièrement sur le secteur de la supply chain, davantage d’offres d’emploi que de candidats. « Ces derniers sont donc extrêmement sollicités et le marché s’en trouve très tendu. Beaucoup plus qu’avant, les entreprises doivent les séduire, tirer leur épingle du jeu et se différencier en amont ainsi que pendant les processus de recrutement », introduit François Raynal, partenaire-associé au sein du cabinet Turnpoint. Les besoins en matière de supply chain ayant considérablement augmenté, les entreprises recherchent désormais des femmes et des hommes capables de prévoir, conceptualiser, déployer, coordonner et calculer une gestion optimale des flux chez les industriels, les e-commerçants, les prestataires logistiques… « Ce changement s’explique d’abord par un regain de confiance en l’économie française mais également par le développement de plus en plus important de nouveaux systèmes d’organisation. L’entrepôt de 2018 n’est pas le même que celui de 2010. Cela influe sur la nature des profils recherchés et entraine des typologies de postes assez nouvelles. En conséquence, l’accroissement des demandes crée une véritable pénurie. Tout le monde se dispute les talents. Les entreprises ont donc tout intérêt à soigner leur attractivité pour les accueillir », poursuit Cyrille Raynal, partenaire-associé au sein du cabinet Turnpoint.

 

Des entreprises mobilisées

Encore associée à une image désuète, trop longtemps considérée comme une simple fonction d’exécution, la supply chain a pourtant beaucoup à offrir aux cadres, jeunes diplômés de grandes écoles et autres ingénieurs, aujourd’hui très demandés sur le marché : « Nous souffrons d’une réputation poussiéreuse de l’entrepôt qui ne correspond plus du tout à la réalité. Notre monde évolue vite sur le plan de la technicité et des innovations, mais l’image reste décalée et vieillotte. Nous avons des métiers performants et exigeants dont on ne parle que trop peu », affirme Jean-Michel Dubois, responsable pédagogique à l’Isteli. « Ces profils qui arrivent sur le marché ne sont pas forcément attirés par ce domaine. Comment les faire venir ? Tout d’abord, il faut leur expliquer ce qu’est la supply chain et ses multiples réalités. À partir de là, il faut réfléchir à la manière dont ils peuvent alimenter celle-ci pour en retirer de la valeur. Enfin, il faut savoir les faire rester en leur proposant des conditions de travail attractives », corrobore Xavier Hua, directeur général de l’Institut du Commerce. Justement, les entreprises, les organisations et associations professionnelles ainsi que les écoles du secteur ont d’ores et déjà pris le sujet à bras le corps. Du côté des entreprises, de plus en plus, ces dernières soignent leur image et leurs employés, se préoccupant de leur bien-être, tentant de leur apporter davantage de perspectives de développement, ainsi qu’un équilibre entre engagement professionnel et vie personnelle. « Les entreprises essaient de s’adapter à cette mutation du marché de l’emploi. Cela passe par des politiques RH avec des outils SI plus modernes, des plans de carrière, des perspectives d’évolution, des challenges, la diversité des tâches… Mais aussi par le great place to work. Aujourd’hui, on n’attire pas uniquement un candidat avec un salaire, comme il y a 15- 20 ans. Désormais, la nouvelle génération est aussi attentive aux avantages en nature, l’ambiance, la localisation… », note Mickaël Ledru, manager senior supply chain, achats, logistique & transport chez Hays.

 

Nombreuses sont les entreprises qui travaillent aussi sur une marque employeur, mettant en lumière leurs valeurs et celles de leurs collaborateurs. « On parle de symétrie des attentions : nous allons nous occuper de nos collaborateurs comme nous nous occupons de nos clients, apporter une dimension marketing aux RH. La marque employeur est avant tout basée sur les valeurs et la culture de l’entreprise. Chez Infflux, il s’agit de la responsabilité partagée, la créativité, l’agilité, l’engagement collectif et le bien-être au travail », explique Valérie Guyot, DRH d’Infflux. Au-delà de la marque employeur, les entreprises misent aussi sur la diversification de leur sourcing en matière de recrutement. Elle se concentrent ainsi sur leurs réseaux physiques grâce à des associations professionnelles comme l’Aslog, très active en la matière (cf. encadré ci-dessous) mais aussi sur des réseaux virtuels et professionnels type LinkedIn, d’autres plus spécialisés pour les profi ls d’ingénieurs ou de développeurs ou bien encore sur les généralistes pour gagner en visibilité.

 

Autre stratégie, se rapprocher des écoles, universités et organismes de formation : « Nous développons notre marque employeur, nous communiquons davantage sur le Web, via des job boards classiques ou des sites spécialisés mais nous avons également intensifié nos contrats de professionnalisation, développé des partenariats avec des écoles ainsi que notre politique de cooptation », signale Sandra Cavalli, DRH de la division Savoye. Idem chez Infflux qui recrute des alternants et « prêche la bonne parole dans les écoles pour présenter [ses] métiers, [ses] outils technologiques et les secteurs dans lesquelles [elle évolue] afin d’intéresser de jeunes ingénieurs », précise Jean- Christophe Henry, son directeur général.

 

Attirer des candidats d’excellence

Les jeunes ingénieurs, objets de convoitise. Ces derniers, auparavant orientés vers l’industrie, l’aéronautique, se sensibilisent aujourd’hui progressivement aux problématiques supply chain. « Les entreprises doivent donc réaliser un double travail : faire concurrence aux marchés de sortie historiques – et nouveaux avec le développement dynamique de la French Tech – des ingénieurs mais aussi rendre attrayante la supply chain qui reste peu connue et n’a pas encore aussi bonne presse que d’autres secteurs », observe Cyrille Raynal. Et pour cause, si les mentalités évoluent, encore peu de jeunes diplômés ont conscience de l’importance de la supply chain dans les entreprises. Prestataires de services et industriels rencontrent ainsi de véritables difficultés pour attirer ces profils. « Auparavant, un candidat faisait face à une ou deux offres. Aujourd’hui, les bons profils, ciblés, en ont facilement quatre ou cinq au même moment. Ils peuvent réellement choisir », continue François Raynal. Néanmoins, une fois qu’ils ont été sensibilisés par le haut niveau de technicité des fonctions et métiers et de leurs liens avec la data et les nouvelles technologies, ces derniers semblent être séduits, en témoigne Sandra Cavalli : « Lorsque nous présentons nos solutions aux candidats, elles soulèvent instantanément leur intérêt, autant pour leur caractère innovant que pour leur complexité technologique ».

 

Autre point positif qui, s’il n’est plus le seul argument, reste important aux yeux des talents : le salaire. Rares donc de plus en plus chers, les ingénieurs et cadres recherchés dans la supply chain peuvent prétendre à des salaires intéressants, comme le souligne Mickaël Ledru : « Les exigences commencent à être de plus en plus élevées et en conséquence le niveau des candidats aussi. Les rémunérations sont donc en hausse chaque année. De manière générale, en supply chain, nous sommes sur une économie qui se porte bien avec de bons niveaux de rémunération. »

 

Occuper le devant de la scène

De plus en plus de formations dédiées, des organisations et associations professionnelles actives, des entreprises conscientes des efforts à entreprendre tant en termes d’image que d’évolution professionnelle, des innovations technologiques, un secteur essentiel dans l’entreprise ne font que renforcer l’attractivité de la supply chain. Porté par l’apport des nouvelles technologies, le secteur, encore jeune comparé à bien d’autres domaines de l’entreprise, continue encore aujourd’hui à gagner en notoriété. « Même avec des formations en master, où les étudiants ont déjà des connaissances dans le secteur, ceux-ci découvrent petit à petit les richesses du métier. C’est la raison pour laquelle nombre d’entre eux restent dans le domaine après coup. D’autant qu’il y a maintenant la possibilité d’évoluer vers d’autres secteurs industriels tout en restant dans leurs métiers. Les parcours sont transverses aujourd’hui », signale Jean-Michel Dubois.

 

Car c’est bien cela qui fait la force du secteur : sa transversalité, son ouverture sur le monde et les autres fonctions de l’entreprise. « Désormais la supply chain est bien installée comme une fonction standard, nécessaire et utile, que ce soit dans de grands groupes ou dans des ETI et PME où l’on voit des directions supply chain assez structurées », confirme Alain- Bernard Duvic, directeur associé au sein d’Eurogroup Consulting. Stratégique, innovante et surtout indispensable, la supply chain devrait bientôt être reconnue à sa juste valeur, et ce grâce à la passion et l’engagement continu de l’ensemble de ses acteurs.

 

LMdV

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