Immobilier
De la politique à l’immobilier logistique : entretien avec Guillaume Chiche de Prologis
Ayant exercé comme député pendant cinq ans, Guillaume Chiche maîtrise les codes de la politique. Officiant depuis 2022 chez Prologis en qualité de directeur du développement territorial, l’ancien élu nous partage sa vision affinée de l’immobilier logistique français, et témoigne de l’importance de construire un lien solide avec les décideurs publics.
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Matthew Perget
Quelles raisons vous ont fait rejoindre Prologis en fin d’année 2022 ?
Premièrement, j’avais à cœur de rejoindre une entreprise qui s’implante durablement dans des territoires, en prenant en compte les impacts économiques, sociaux et environnementaux qu’elle génère. Le fait de développer des infrastructures critiques dans un secteur tel que l’immobilier logistique était particulièrement important pour moi. Deuxièmement, j’aspirais à exercer une fonction me permettant d’entrer dans le vif du sujet, autrement dit la réalisation concrète de projets. En politique, les décisions mettent un certain temps à produire des effets. Après cinq années de députation, j’ai voulu renouer avec le monde de l’entreprise et rejoindre un investisseur de long terme utile, apportant des services aux territoires. Enfin, j’accorde une importance toute particulière à la décarbonation et à l’insertion. Rejoindre Prologis, qui est sur ces sujets un prescripteur de bonnes pratiques dans son secteur, correspondait à ma vision d’un immobilier logistique vertueux.
Quelles différentes missions exercez-vous au quotidien, en qualité de directeur du développement territorial de Prologis en France ?
Officiant au sein de l’équipe capital deployment, chargée des investissements et du développement, je dois réunir les conditions permettant aux projets de Prologis de pouvoir se concrétiser. À cette fin, je suis en constante interaction avec les décideurs publics, notamment au niveau local, avec les maires et leurs équipes. Mon rôle est de leur expliquer les enjeux, de détailler la chronologie prévue du chantier, mais aussi de les aider à atteindre leurs propres objectifs, en termes d’emploi et de développement du territoire par exemple. Je me dois d’écouter leurs préoccupations et leurs ambitions, et de créer un relationnel sur le temps long. En effet, nous ne sommes pas là pour esquisser un projet puis repartir immédiatement dans nos bureaux parisiens. Chaque développement prend du temps et la construction relationnelle en est d’autant plus passionnante. Je me dois également de comprendre au mieux le tissu économique local. Par exemple, si un territoire est labellisé « Territoires d’industrie », les préfets et sous-préfets, ayant la tutelle de l’administration, pourront souhaiter privilégier un process productif mixte plutôt qu’un entrepôt de logistique simple.
De quelles manières votre expérience dans la politique, notamment en tant que député, vous aide-t-elle dans vos fonctions actuelles ?
Cette expérience m’aide à appréhender la manière dont les décisions publiques sont prises, avec le processus d’obtention des autorisations administratives requises, mais aussi de mieux savoir qui va décider de quoi, pourquoi et comment. Je maîtrise également le langage et les codes des acteurs publics, sachant qu’un maire ne va pas avoir nécessairement les mêmes attentes vis-à-vis d’un projet de développement économique qu’un président de région, qu’un président de métropole, qu’un préfet ou qu’un ministre. À noter que les deux sujets les plus abordés avec les décideurs publics, et mis en avant par ces derniers, sont l’emploi et la résilience du territoire.
Nous entendons souvent dire que la logistique serait un « parent pauvre » des services publics. Vous qui avez eu l’opportunité d’exercer à la fois en tant qu’élu et que responsable en entreprise, que pensez-vous des relations entretenues entre les acteurs privés et étatiques dans ce secteur, et de son image du point de vue des représentants et fonctionnaires ?
La chaîne logistique a en effet, pendant longtemps, été invisibilisée. Prologis et l’ensemble du secteur, notamment au travers d’interprofessions et associations comme Afilog et France Logistique, ont cependant fourni un énorme travail pour faire prendre pleinement conscience de son importance. Je constate ainsi une évolution dans la mentalité des acteurs publics, plus au fait notamment de l’interdépendance entre la logistique et l’industrie, dans un contexte latent de réindustrialisation. Ils sont aussi plus conscients du caractère stratégique des chaînes d’approvisionnement et de la nécessité de renforcer leur résilience, notamment en sécurisant certains stocks. De notre côté, nous avons besoin de davantage de lisibilité et de stabilité. Si nous savons parfaitement composer avec des normes et des lois complexes, aptes à sécuriser nos investissements et la gestion de nos actifs sur le long terme, des changements de règles imprévisibles et successifs peuvent déstabiliser les projets et ralentir leur exécution.
Vous avez suivi de près le dossier « Aéroport de Lyon DC1 » avec EM2C, concernant le développement d’un nouveau site aéroportuaire. Comment se déroule la finalisation du projet avec le locataire WFS, et quels étaient ses principaux besoins ?
Nous sommes actuellement en phase de livraison, avec une inauguration officielle prévue le 29 septembre prochain. Cette plateforme de fret aéroportuaire de 25 300 m² intègre notamment 4 400 m² de capacités sous température dirigée, adaptées aux produits pharmaceutiques, périssables et sensibles. Jusqu’à présent réparties sur trois bâtiments dans le marché lyonnais, les activités de WFS pourront être regroupées au sein d’un site neuf, conçu pour répondre aux exigences opérationnelles du fret aérien. En termes d’opérabilité, cet actif implanté à Colombier-Saugnieu [à côté du nouveau centre de distribution XXL d’Amazon, ouvert en juin 2026, ndlr] se trouve en bordure immédiate des pistes. Cette dernière a par ailleurs été prolongée pour faciliter les activités du locataire, un des leaders mondiaux des services aéroportuaires, qui s’est engagé sur 20 ans dans le cadre d’un Befa [bail en l’état futur d’achèvement].
Quels autres dossiers/projets de Prologis sur notre territoire requièrent particulièrement votre attention aujourd’hui, et pour quelles raisons ?
J’effectue actuellement beaucoup de déplacements dans la région PACA, en particulier à Marseille, hub portuaire international majeur, et ses alentours : Port-Saint-Louis-du-Rhône, Marignane, etc. Nous y sommes déjà bien implantés, avec 16 actifs représentant une superficie totale de 436 000 m², mais nos clients nous demandent davantage de surface et de disponibilité. En accord avec leurs besoins, nous souhaitons nous renforcer sur l’axe Méditerranée-Rhône-Saône, corridor logistique reliant le port de Marseille-Fos au marché lyonnais. Je consacre également beaucoup de temps à cette région, au foncier rare et à la demande soutenue. Autre région d’importance, en particulier par rapport à son bassin de consommation : l’Île-de-France, au sein de laquelle nous nous attelons à développer les infrastructures logistiques et stratégiques nécessaires au fonctionnement de l’économie.
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