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Quelle rentabilité pour les systèmes automatisés mobiles ?

02.09.2021 • 09h02
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par Emilien VILLEROY
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Alstef Group

L’installation de solutions AGV ou AMR dans un entrepôt ou un site de production n’est pas un investissement anodin. Et au moment du calcul du ROI, plusieurs critères vont rentrer en ligne de compte.

Calculer un ROI face à une solution d’automatisation mobile ? Un exercice qui peut se révéler complexe et nécessite de prendre en compte de nombreux éléments. En tête, l’organisation du travail, un élément qui peut pêcher chez les entreprises logistiques pour lesquelles, a contrario du monde industriel, il est parfois difficile de challenger les caristes ou les méthodes de travail actuelles. « L’automatisation a été beaucoup vue dans l’industrie, car elle fonctionne avec des cadences fixes, où il est plus simple de chiffrer une solution autour de ces flux réguliers. Ce sont des entreprises qui travaillent souvent en 3/8, ce qui amortit rapidement les solutions. Dans la logistique, les flux sont plus variables selon les moments, conditionnés par les approvisionnements, les pics, etc. », alerte Bruno Chambraud, responsable du département intralogistique chez Still France. Un constat partagé par Yannick Antoine, directeur opérationnel des solutions logistiques chez Toyota Material Handling France : « La difficulté des projets dans le monde de la prestation logistique est qu’ils ne sont pas en adéquation avec les ROI escomptés, d’autant plus avec des contrats de prestation, souvent de deux à trois ans, rendant les investissements plus compliqués ».

 

« Pour que les choses bougent dans le monde de la logistique, il faudra attendre une baisse des coûts du côté des machines. On ne le constate pas pour le moment, avec des prix stables voire parfois un peu en hausse, mais si, demain, une vraie rupture technologique est proposée avec des capteurs plus performants et moins chers, le marché se déverrouillera. D’ici là, il sera toujours difficile de rentrer chez les logisticiens avec un ROI en dessous de la durée moyenne des contrats qu’ils signent », estime Jérémy Cimelli, ingénieur robotique du département AGV chez Aprolis. Dans ces conditions, on va donc trouver plus d’intérêt du côté de la logistique intégrée, où l’investisseur est également l’utilisateur, et peut faire évoluer sa solution sur le long terme.

 

Des bénéfices à penser de manière large

Malgré tout, les acteurs notent la grande variabilité de la question du ROI en fonction de l’application. « Pour des process très simples, le ROI se situe autour des deux ans, mais cela peut monter à cinq ans pour des systèmes complexes. Ensuite, il est crucial de calculer l’ensemble des bénéfices d’une installation, comme par exemple la réduction de la casse grâce aux systèmes de sécurité et au pilotage, qui peuvent apporter des économies pour accélérer le ROI réel », note Sébastien Dumon, chef de produit solutions intralogistiques chez Alstef Group.

 

D’autant que les bénéfices apportés par les solutions automatisées peuvent être des leviers d’économies qui jouent en faveur de ces investissements. Jérémy Cimelli chez Aprolis, évoque ainsi un client dans le domaine du papier qui avait pu calculer un ROI satisfaisant grâce à une réduction de ses frais de non-qualité : « Les caristes imprimaient les pinces de leurs véhicules dans les bobines de papier à déplacer, ce qui endommageait en moyenne 10 % des produits, qu’il fallait alors refacturer au client. Installer des AGV qui vont calculer la pression parfaite afin que la charge soit déplacée sans abimer le produit a offert à l’entreprise une véritable plus-value ». Chez Sherpa Mobile Robotics, qui annonce des ROI entre 12 et 18 mois selon l’application et les objectifs à atteindre, on souligne l’exemple d’un client ayant eu recours au Sherpa B : « Le robot se charge de transférer la marchandise en bacs sur 10 stations réparties sur tout le hall de production. Au total, cela évite 10 000 km de marche à pied par an, ce qui représentait un coût de 85 000 euros. En l’espace d’une demi-année, le robot était donc déjà rentabilisé », raconte Arnaud Debs, responsable marketing chez Sherpa Mobile Robotics.

 

Le robot-as-a-service, nouvelle offre pour les constructeurs

Comment donc faire rentrer l’automatisation au coeur des organisations logistiques ? « C’est à nous constructeurs de faire des efforts, et je pense que la nouvelle phase de réflexion pour le secteur devra porter sur l’ingénierie financière », note Yannick Antoine. Dans ce cadre, plusieurs fournisseurs proposent des offres dites « Robot as a service », avec des paiements mensuels pour des contrats sur une année ou plus. C’est le cas chez Savoye : « Nous offrons la possibilité au client d'acquérir la solution, ou d'en être utilisateur grâce à un modèle de Robot as a service, via lequel le client paie un loyer mensuel tout compris, incluant les services et pièces de rechange. L’objectif de ce mode de facturation est d’offrir de la flexibilité, afin que le système ne soit pas dimensionné à l’achat autour des pics d’activité, mais toujours adapté en fonction des besoins au jour le jour. Ce type d’offre peut aussi répondre à la problématique du ROI : si ce dernier est court, on proposera de l’acquisition à nos clients ; s’il est long, la location pourra être plus avantageuse », note Marc-Antoine Fernet, chef de produits robotique et nouvelles technologies chez Savoye.

 

L’occasion également de tester une solution à frais réduits pour certains clients, et vérifier l’acceptabilité de la solution dans leur organisation avec seulement quelques machines. « Nous proposons des offres de test à nos clients sur une durée comprise entre une et quatre semaines. C’est un bon moyen de démontrer que l’installation est rapide (un jour d’installation, de paramétrage et de formation) et qu'il y a une bonne capacité d'intégration à une infrastructure existante », note Arnaud Debs chez Sherpa Mobile Robotics. « Des solutions de financement peuvent aider pour ne pas avoir à investir une somme trop conséquente au départ. Nous proposons également nos solutions d’automatisation à la location, pour des entreprises de plus petite taille ou n’ayant pas la capacité d’investissement initiale », explique Éric Deffontaines, responsable d’activité AGV chez Jungheinrich. Des offres qui permettent également de passer les pics d’activité, avec la possibilité de rajouter, sur des périodes de quelques mois, des robots supplémentaires pour traiter des flux saisonniers, offrant ainsi des flottes modulaires et adaptables.

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