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INTERVIEW

« L’économie circulaire, une priorité au sein d'Orange »

23.04.2020 • 09h23
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par Emilien VILLEROY
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Orange

L’économie circulaire rebat véritablement les cartes en termes de stratégie d’achat. Là où nous avions l’habitude d’acheter du neuf pour le revendre au client, nous pouvons maintenant nous procurer des produits de seconde main pour diversifier nos approvisionnements.
Fin 2019, Orange a lancé son nouveau plan stratégique intitulé Engage 2025. Une feuille de route marquée par la question de la responsabilité environnementale et sociétale de l’entreprise, affichant une volonté forte de développement de l’économie circulaire. Benoît Huver, directeur supply chain chez Orange, fait le point sur les dispositifs déjà mis en place et leurs futures évolutions.

Le sujet de l’économie circulaire prend une importance croissante chez Orange. Depuis quand avez-vous adopté cette démarche ?

C’est un mouvement collectif au sein de l’entreprise depuis plus de dix ans maintenant, cette approche étant véritablement dans l’ADN des équipes opérationelles. Lors de la conception de notre plan stratégique Engage 2025, nous avons été plus loin en impliquant nos salariés afin qu’ils définissent notre raison d’être pour les années à venir. Et parmi les quatre axes principaux de ce plan, la transformation environnementale – avec une neutralité carbone visée d’ici 2040 – et la question de l’économie circulaire sont apparues comme cruciales. Cette stratégie groupe concerne toutes les fonctions et place les équipes supply chain au coeur du dispositif. Nous pensons également que cela sera un marqueur de différenciation dans les années à venir, principalement pour les jeunes générations.

 

Comment s’organisent aujourd’hui les flux circulaires de la supply chain d’Orange ?

Nous avons une grande expérience sur la remise à neuf des box internet. Nous travaillons avec Ingram Micro Services sur ce sujet et traitons l’intégralité de nos équipements loués aux clients sur un site à Montauban (82), venant des agences Orange et de points de dépôt situés partout en France. Nous réceptionnons les box, réalisons des tests techniques, changeons des pièces cosmétiques si nécessaire et les reconditionnons à neuf avec un nouveau packaging. Ce sont des opérations matures en France et Europe et que nous démarrons actuellement en Afrique. Nous travaillons aussi sur d’autres produits dont les terminaux mobiles usagés – que nous récupérons notamment dans le cadre d’offres de rachat de téléphone par exemple. Pour cette activité, nous nous sommes entourés d’industriels spécialisés comme l’entreprise française Cordon Electronics, au sein d’un centre 4R : « Retour, réparation, reconditionnement et recyclage ». Ce qui importe dans les projets de ce type, c’est d’avoir une activité essentiellement locale. En restant sur des structures de proximité, nous réduisons les coûts de transport au moment de la collecte et de la remise sur le marché et diminuons aussi l’empreinte carbone.

 

Quels sont les avantages de l’économie circulaire ?

Cela nous permet de réduire les achats de matériel neuf, ce qui optimise nos investissements et réduit le coût carbone de la production d’équipements. Pour nous, c’est la preuve que la performance économique n’est pas contradictoire avec la performance environnementale. L’économie circulaire rebat véritablement les cartes en termes de stratégie d’achat. Là où nous avions l’habitude d’acheter du neuf pour le revendre au client, nous pouvons maintenant nous procurer des produits de seconde main pour diversifier nos approvisionnements. Cela implique évidemment plus de complexité du côté de la supply chain, puisque pour le même produit, nous pouvons désormais avoir deux gammes : le neuf et le « good as new ». Soit deux fois plus de références en stock. Il s’agit donc d’avoir une supply chain agile et forte, capable de se transformer, du sourcing jusqu’à la logistique inverse. En France, nous avons pris la décision en juin 2019 de proposer des terminaux mobiles de seconde main à nos clients dans nos boutiques et sur notre site. Grâce à notre réseau de fournisseurs et la robustesse de notre organisation, cela a pu être mis en place dès le mois de septembre.

 

L’économie circulaire passe d’abord par le développement d’une supply chain axée sur les retours…

Effectivement, la logistique inverse est boostée par ces changements. C’est une problématique forte, aux coûts multiples : collecte, transport, traitement, tri, tests… Par exemple, le démontage d’équipements techniques en état de marche pour les réemployer peut représenter à première vue des coûts aux bénéfices peu visibles. L’économie circulaire nécessite donc d’avoir une vision de bout en bout de la chaîne de la valeur. Elle doit être prise comme un nouveau business model, et il faut, à chaque nouveau flux, concevoir des process retour optimisés. C’est le cas des équipements qui proviennent des clients ou des boutiques et qui nous arrivent dans des emballages hétérogènes, qu’il s’agit de réceptionner et de traiter. Industrialiser les flux est un vrai défi qui nécessite de décomposer toutes les opérations et de prendre en compte tous les paramètres. Parfois, utiliser les mêmes infrastructures que pour la logistique standard n’est pas pertinent. Certains cycles de collecte peuvent se dérouler sur des rythmes différents de ceux de la supply chain de distribution, et occuper une place trop importante sur les entrepôts, pour le traitement des déchets par exemple, ou bien nécessiter une expertise technique. La logistique inverse me semble être un métier d’avenir, largement sous-estimé dans les travaux actuels du secteur.

 

Des applications circulaires existent-elles également en interne ?

Oui, nous travaillons actuellement sur la généralisation d’une approche marketplace qui permettrait de proposer l’utilisation d’équipements réseaux entre les différents pays où est présent Orange. C’est une façon de réaliser des économies et de réemployer certains équipements. Par exemple, des infrastructures de télécommunication peuvent être stockées dans un pays sans utilisation prévue alors qu’elles pourraient répondre à des besoins dans un autre, qui n’aura ainsi pas à payer des équipements neufs. Un tel projet passera par la mise en place d’une vision complète des stocks et des besoins entre les pays. Nous réfléchissons également à étendre ce principe avec tout un écosystème d’acheteurs et des vendeurs dans le monde des télécommunications.

 

Quels sont les axes de développements de l’économie circulaire dans les années à venir ?

Cela passe d’abord par la création d’outils nouveaux pour mieux piloter la performance afin de pouvoir prendre de meilleures décisions. Nous sommes en test sur le premier semestre 2020 pour un calculateur qui permettrait de piloter plus finement cette performance en y intégrant la question de l’économie circulaire, ce qui vient bouleverser les organisations classiques. La question de l’éco-conception nous semble également importante : il faut que la supply chain soit présente en amont de la conception de nouveaux produits dans une optique circulaire. Pour une box ou un mobile par exemple, il faut être capable de penser à des questions pratiques : l’équipement est-il facile à démonter, à rénover, à recycler et à transporter ? Une transformation profonde et systémique est nécessaire sur le sujet. De manière générale, la supply chain doit sortir de son cocon : s’intéresser au process client, et travailler avec le marketing et le packaging pour organiser de manière fluide les étapes de la collecte. Si vous n’organisez pas finement les étapes de la collecte via un design de service intelligent, les initiatives ne pourront pas se développer. Sur ce sujet également, l’économie circulaire oblige au détail.

BUZZ LOG
“Les constats qui ont été faits sur la nécessité de redynamiser à moyen terme l’industrie en France ne seront rendus possibles que si l’on a fixé le maillon transport et logistique comme un partenaire stratégique”
— Alexis Degouy, délégué général d’Union TLF
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