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INTERVIEW

Face à face : Marie-Christine Lombard, présidente du directoire de Geodis

14.04.2021 • 23h55
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par Emilien VILLEROY
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Geodis

Longtemps vue comme une commodité par un certain nombre de chargeurs, la logistique a démontré toute son importance dans les échanges commerciaux.
Si la crise sanitaire n’a pas interrompu la croissance de Geodis en 2020, elle a cependant accéléré certains grands mouvements de transformation au sein des supply chains mondiales. Des évolutions pour lesquelles le prestataire international souhaite proposer une offre complète et optimisée.

Quel bilan tirez-vous de l’année 2020, en France et dans le monde ?

Malgré la crise, Geodis, présent dans 67 pays, a été performant sur l’ensemble de ses activités : distribution et express, transport intercontinental et lots complets, logistique contractuelle… La France représente 37 % du chiffre d’affaires de l’entreprise et nous restons donc liés à la dynamique économique du pays. Si mars et avril ont été difficiles dans l’Hexagone, l’activité internationale était, elle, en augmentation, principalement grâce au e-commerce, et nous avons pu contenir la crise. Nous avons également été à la manœuvre pour l’acheminement de masques, avec 1,5 milliard d’unités transportées depuis la Chine vers la France, ainsi que sur le contrôle qualité, en partenariat avec le bureau Veritas. Le second semestre a quant à lui été marqué par une activité forte, à l’exception du transport routier de lots complets, resté impacté par une production industrielle en berne. Nous affichons donc en 2020 une croissance de 4,7 % de notre chiffre d’affaires là où nous craignions une année blanche.

 

La crise a-t-elle changé le regard porté sur la logistique ?

Je le pense. Longtemps vue comme une commodité par un certain nombre de chargeurs, elle a démontré toute son importance dans les échanges commerciaux. Nous avons dû être agiles, adaptables et proposer des offres multi-services, devenant les architectes de solutions supply chain globales. Et ces tendances de fond vont perdurer après la crise. Ainsi, quand des besoins se sont faits sentir pour l’approvisionnement de matériaux, composants ou produits finis, les entreprises se sont retrouvées face à une absence de capacité aérienne, les vols passagers ayant été fortement réduits. Nous avons donc mis en place à peu près 650 charters aériens, entre l’Asie, l’Europe, l’Amérique du Nord et l’Amérique latine, afin que nos clients ne soient pas bloqués. Ce service se développe sous le nom de Geodis Air Direct et va perdurer, car certains clients se sont habitués à fonctionner ainsi.

 

En quoi la crise sanitaire va-t-elle changer les besoins supply chain ?

Tout d’abord, avec un mouvement de relocalisation de la production au plus proche des marchés de consommation, suite au constat d’une trop grande dépendance vis-à-vis de l’Asie. Ce que les entreprises vont perdre en compétitivité en rapprochant leurs sites de production, elles vont chercher à le récupérer sur la chaine logistique, avec des économies sur les processus qui vont être sous-traités pour bénéficier de coûts optimisés et mutualisés. Plus généralement, toutes les sociétés se posent la question de la résilience de leur supply chain, et la prise en compte des risques va s’intensifier. Cette réflexion va aller vers plus de stocks tampons, un maillage d’usines repensé ou de nouvelles organisations avec davantage de fournisseurs par exemple. Pour mieux résister, les supply chains vont devoir gérer plus de flux et face à cette complexification, elles devront s’appuyer sur des logisticiens forts.

 

Comment envisagez-vous la montée du e-commerce ?

Beaucoup de marques ont vu leurs canaux de distribution fortement évoluer, avec un virage net vers le commerce en ligne. Mais cette activité nécessite un logisticien avec de grandes capacités de stockage, capable de gérer les pics d’activité et d’accompagner la croissance de ses clients. Chez Geodis, nous avons su optimiser nos entrepôts, sur un parc mondial de huit millions de mètres carrés, et trouver la main-d’œuvre complémentaire au moment des pics de consommation. 30 % de notre activité découle du e-commerce, et je ne serais pas étonnée que nous atteignions 50 % bientôt. Geodis a un positionnement omnicanal, avec la possibilité d’avoir des stocks fusionnés, disponibles pour tous les canaux de distribution, et donc particulièrement optimisés. Nous nous adressons également aux sociétés de taille moyenne : celles-ci n’ont pas la possibilité de donner en gestion des activités de 20 000 m² à des logisticiens, les obligeant à passer par des places de marché de grands acteurs du e-commerce qui proposent des services tout compris. Mais de telles collaborations peuvent les déposséder de leur souveraineté sur leur stratégie marketing – elles ont besoin d’un logisticien neutre. Nous avons lancé l’offre Geodis e-Logistics, qui vise ces petites et moyennes entreprises pour la gestion intégrée de leur logistique ecommerce, avec des sites multi-clients. C’est un exercice complexe piloté grâce à différentes innovations : des logiciels robustes ; un design immobilier flexible axé autour d’investissements forts en mécanisation et en systèmes de tri ; ainsi qu’une main-d’oeuvre bien formée et épaulée par des systèmes innovants pour gérer les pics d’activités. Nous avons de très belles réalisations dans ce domaine aux États-Unis, via des collaborations robotiques avec Locus Robotics par exemple. Cet angle d’innovation est développé par nos équipes d’ingénieurs, tant au niveau global que régional, car la logistique est devenue un métier industriel.

 

Comment prenez-vous en compte la question environnementale ?

En 2010 nous avons fixé l’objectif d’une baisse de nos émissions en CO2 de 30 % d’ici 2030, avec notre programme Oxygen. Celui-ci se décline en plusieurs axes. Tout d’abord, la mesure de nos émissions directes et indirectes, pour avoir une vision claire de l’impact de nos activités, avec des partenaires fiables pour la mesure comme EcotransIT World. Ensuite, par des actions concrètes de réduction : en interne, cela passe par des véhicules électriques pour le dernier kilomètre, et des expérimentations autour du gaz naturel et de l’hydrogène sur les longues distances, avec des partenaires comme Air Liquide. Mais il faut également viser les émissions indirectes, celles de nos nombreux sous-traitants. Sur le transport routier, nous sélectionnons nos fournisseurs selon une charte écologique et cela va prendre de plus en plus d’ampleur. Pour les compagnies maritimes et aériennes, nous ne pouvons pas imposer de contraintes fortes, mais nous nous allions avec des confrères pour faire pression sur ces fournisseurs afin qu’ils proposent des solutions décarbonées. Enfin, il y a une dimension de conseil auprès de nos clients (avec notre métier Geodis supply chain optimization par exemple) pour leur proposer les solutions les plus vertueuses. Notre statut de filiale de la SNCF nous porte également vers des solutions multimodales passant par le rail, car c’est une partie intégrante de notre offre. Bien sûr, le choix final du mode de transport appartient au client et il arrive que le surcoût d’une solution logistique décarbonée ne passe pas sur le plan économique. Cependant, nous notons que la plupart des chargeurs que nous servons ont des politiques environnementales bien charpentées, avec des contraintes de la part de leurs propres clients et actionnaires. Ceci nous pousse à proposer des solutions logistiques neutres en carbone. Cela sera possible grâce aux efforts de chacun, constructeurs de véhicules, transporteurs et chargeurs. Nous avons déjà de beaux exemples avec des clients qui ont accepté de payer le juste prix d’une logistique décarbonée.

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