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INTERVIEW

Delivery Academy : une formation au diapason des évolutions de la livraison

14.04.2022 • 09h02
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par Emilien VILLEROY
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Si un futur collaborateur découvre les métiers du transport, il pourra ensuite aller saisir de futures opportunités dans le même domaine.
Alors que la logistique du dernier kilomètre se développe à grande vitesse sous l’impulsion du e-commerce, la Delivery Academy propose des formations dédiées à la livraison urbaine, afin de proposer aux acteurs du marché des ressources humaines performantes. Une offre que nous présente Augustin Doumbe, son président et fondateur.

D’où vient le concept de la Delivery Academy ?

Tout d’abord d’un constat que j’ai pu faire dans mon propre parcours professionnel dans le monde de la supply chain. J’avais lancé il y a quelques années une start-up autour de la logistique urbaine. À l’époque, dans un contexte d’uberisation, nous avions fait le choix de salarier nos livreurs, pour mettre en avant la valorisation sociale, et nous étions les premiers coursiers du service de livraison alimentaire Frichti, en marque blanche. Mais en tant que transporteur, je me suis rendu compte des difficultés qui existaient pour trouver les bons livreurs, en termes de sourcing mais aussi de rapidité de réponse. Comme nous étions dans une période d’émergence de grandes écoles comme 42 pour l’IT, j’ai pensé que la logistique urbaine se devait aussi d’avoir son académie, pour répondre aux problématiques de ce marché nouveau et émergent.

 

 

Avec l’e-commerce, la livraison est devenue cruciale dans le rapport au client final. Dans ce contexte, disposer des bonnes ressources est un point indispensable ?

Effectivement, le livreur est le seul visage vu par le client dans son parcours e-commerce, et celui-ci doit pouvoir conquérir et fidéliser en l’espace de 30 secondes, en proposant une expérience de qualité. Aujourd’hui, on voit bien que les transporteurs ont des difficultés à répondre aux demandes du marché, dans un contexte d’hyper-croissance du e-commerce, en s’appuyant sur des livreurs fiables, qui ne partent pas au bout d’une semaine. Le problème, c’est que, la plupart du temps, ceux-ci sont embauchés très rapidement, dans des séances de « speed recruting », puis envoyés directement sur le terrain, ce qui ne permet pas de fidéliser les collaborateurs sur le long terme. Certains transporteurs pensent business, veulent des bras et rien de plus. Mais d’autres vont plus loin et souhaitent arrêter de courir après la croissance en recrutant mieux, et en allant chercher les bons profils. Il est donc nécessaire de former pour proposer une expérience client de qualité, assurer la performance des opérations et optimiser les activités.

 

Dans ce contexte, que propose la Delivery Academy ?

Nous sommes dans une optique BtoB, en partenariat avec Pôle Emploi, pour mettre en lien des profils en recherche d’emploi et des employeurs qui souhaitent recruter. La nouveauté que nous apportons dans ce processus est que chaque personne est formée pendant trois semaines : les deux premières se déroulent dans nos centres, suivies d’une semaine en immersion opérationnelle dans l’activité de l’entreprise. C’est une démarche valorisante pour toutes les parties prenantes, appréciée par les transporteurs. La formation est totalement financée par Pôle Emploi, car le marché n’est pas encore prêt à payer lui-même. Du côté pédagogique, nous proposons neuf modules de travail, animés par des professionnels du secteur, se déroulant en présentiel. L’idée est vraiment de prendre de la hauteur, et de faire comprendre ce qu’est la logistique urbaine, ses objectifs, afin que les talents aient conscience de leur rôle. Nous sommes parfois face à des profils qui sont en dehors de l’emploi depuis longtemps, voire peuvent être en conflit avec la performance. Ils n’ont pas forcément les codes. Il faut donc les reconnecter au monde du travail pour qu’ils puissent prendre confiance en eux, être valorisés et être performants au sein de l’entreprise. Cela passe par un travail sur les bases du français écrit et parlé, un éclairage sur les outils digitaux, des modules autour de la posture et de la communication (que ce soit face à l’employeur ou face au client), des connaissances juridiques en cas de problème pendant une tournée, et plus généralement un travail sur les compétences comportementales qui sont cruciales avant même de rentrer dans la dimension opérationnelle.

 

Quels sont les avantages d’une telle formation pour les personnes en recherche d’emploi ?

Il s’agit d’une manière de valoriser les métiers auprès des personnes en recherche d’emploi, mais aussi de les valoriser eux-mêmes. C’est la recette magique pour impliquer un collaborateur, car c’est un moyen de lui dire qu’il est capable d’être performant et que l’employeur veut qu’il reste de façon pérenne dans l’entreprise. C’est ensuite aux organisations de connaître ses livreurs, et de faire qu’ils ne soient pas que des numéros. Mais cela fonctionne, puisque, sur toutes nos promotions depuis le début, nous sommes à 80 % de fidélisation, c’est-à-dire des collaborateurs restés plus de six mois dans l’entreprise. Cependant, il faut bien être conscient que c’est un métier de transition. Certes, on pourra trouver des passionnées de la route qui voudront y faire carrière sur le long terme, mais la plupart des personnes s’y dirigent pour avoir un travail et un salaire. L’idée est qu’ils soient performants pendant six mois, un an, voire plus si affinités, de façon à ce que l’entreprise puisse rentabiliser son recrutement. Il faut aussi penser plus loin, car si le futur collaborateur découvre les métiers du transport, il pourra ensuite aller saisir de futures opportunités dans le même domaine, quitte à repasser par de la formation. En effet, avec les croissances actuelles du transport, le secteur va avoir besoin de recruter aussi des personnes pour gérer ses nouvelles ressources : des chefs d’équipe, des dispatcheurs, tout un management intermédiaire auquel les livreurs motivés peuvent avoir accès. Mais pour cela, il faut éveiller une passion pour le métier et la filière.

 

Quel est votre bilan depuis votre création en 2018 et quelles sont les perspectives pour 2022 ?

Pour l’instant, nous sommes principalement situés en Île-de-France, mais nous avons lancé plusieurs ateliers de formation ailleurs en France. Depuis janvier 2022, notre objectif est de former entre 40 et 50 personnes tous les mois, afin d’atteindre 1 000 livreurs d’ici la fin de l’année. Nous allons lancer de nouveaux cursus à partir du mois de mai, pour répondre à d’autres besoins : une première formation concernera les dispatcheurs, avec un parcours de trois mois, en alternance entre le centre de formation et l’entreprise, et une seconde visera les chefs d’équipe avec un public d’anciens livreurs, auxquels nous apporterons des compétences de management.

 

 

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