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PORTRAIT

Chantal Ledoux : force sereine

11.10.2018 • 09h05
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par Laurène MATZEU DE VIALAR
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Le monde de la logistique compte encore trop peu de figures féminines. Il en est pourtant une qui, en plus de 30 ans de carrière, a su imprimer sa patte dans le secteur, faisant de son sérieux une marque de succès. Retour sur le parcours de Chantal Ledoux, DG de Boa Concept.

Elle est l’une des fondatrices de Logarithme, plus connue aujourd’hui sous le nom d’a-SIS, éditeur parmi les références du marché. Mais ce n’est pas tout. Elle est également à l’origine, avec Jean-Lucien Rascle, de Boa Concept et de son système de convoyeurs modulaires intelligents. Chantal Ledoux est une des figures de l’intralogistique en France : une visionnaire férue de nouvelles technologies, passionnée de mathématiques depuis son plus jeune âge.

 

À l’époque perçu comme un drôle de hobby pour une jeune fille, elle gardera pourtant intact ce goût des maths et de la logique acquis en classe. Chantal vit alors à Paris avec ses parents instituteurs. Très bonne élève, elle est tête de classe et le restera longtemps. Au moins jusqu’en classe préparatoire, première étape avant une série de concours qui la mèneront vers la prestigieuse École des Mines, à Saint-Étienne (42). Derrière cette trajectoire qui semble presque toute tracée, se cache toujours la même passion, tout du moins son évolution naturelle : des mathématiques vers l’informatique. Depuis quelques années, l’adolescente se penche sur le sujet, passionnant et très novateur en son temps : « L’un des grands drames de la formation scientifique est d’apprendre aux filles qu’elles ne sont pas les meilleures et de les orienter vers d’autres filières. Pour ma part, cela ne m’a jamais quittée et m’a au contraire donné le goût de l’informatique. Je ne sais pas vraiment comment cela est arrivé mais j’ai même retrouvé parmi mes livres d’école au grenier, des ouvrages d’informatique. Cela faisait donc un moment que le sujet me travaillait », s’amuse Chantal Ledoux. La jeune femme suit d’ores et déjà son instinct, avec une idée en tête : faire ce qui l’intéresse.

1974 : Entrée à l’École des Mines
1977 : Premier emploi
1990 : Première création d’entreprise
2001 : Maire adjointe à Saint-Étienne
2012 : Création de Boa Concept

 

Elle quitte le nid familial pour une ville de province qu’elle ne connaît pas encore, Saint-Étienne. Outre le souvenir merveilleux qu’elle garde de ses années d’école, elle découvre aussi une région qui tiendra une place non négligeable dans sa vie puisqu’elle ira même jusqu’à exercer, dans les années 2000, un mandat de maire adjointe dans sa ville d’adoption. Là-bas, elle devient officiellement ingénieure et rencontre son actuel mari. « Cette ville, contrairement à beaucoup de gens, me plaisait. Nous avons d’ailleurs l’habitude de dire qu’à Saint-Étienne, on pleure toujours deux fois : lorsqu’on y arrive et lorsqu’on la quitte. Et je ne l’ai d’ailleurs presque jamais quittée », admet-elle. Fraîchement diplômée, âgée de 23 ans, Chantal remonte pourtant à Paris. Un poste l’attend chez IBM, afin de s’occuper du développement du premier ordinateur individuel : « Cela a été très enrichissant, mais travailler à La Défense dans une multinationale n’était pas mon idéal de vie. C’était en fait exactement l’inverse de ce que je voulais. Ce qui m’attirait, c’était d’évoluer dans une entreprise de taille moyenne, en province… »

 

Développer l’informatique

Déterminée, elle revient finalement à Saint-Étienne. Elle s’y installe avec son compagnon et intègre Courbon, une entreprise d’automatique industrielle, spécialisée sur le contrôle process : « Là-bas, j’ai tout de suite eu l’impression d’être dans une entreprise où mon travail avait un réel impact ». Pendant 12 ans, Chantal Ledoux participe puis gère une multitude de projets, crée un service et manage une équipe dédiée. Elle participe au développement du contrôle process informatisé en usine et se passionne pour cet environnement encore peu exploré : « J’ai commencé à me demander ce qu’il serait possible d’automatiser d’autre et ai travaillé sur des systèmes de suivi de production, notamment en entrepôt. J’ai alors réalisé qu’il y avait beaucoup de choses à faire en logistique et qu’un logiciel était nécessaire pour piloter tout cela. » Logarithme est née dans l’esprit de sa cofondatrice.

 

Avec son conjoint, lui aussi ingénieur, et d’autres collaborateurs, Chantal Ledoux se lance dans le développement d’un logiciel permettant de piloter la préparation des commandes en entrepôt. Nous sommes au début des années 90. La société démarre, portée à 30 % par Savoye. Pendant près de dix ans, l’entreprise croît et informatise de nombreux entrepôts. Et si Chantal Ledoux revend ses parts, elle reste néanmoins à la tête de l’entreprise, désormais baptisée a-SIS. Elle y accueille d’ailleurs un certain Jean-Paul Rival, aujourd’hui directeur général de Concerto, filiale de Kaufman & Broad spécialisée en immobilier logistique : « Chantal est une personne réfléchie. Elle parle peu, elle pense et dispose d’une véritable vision stratégique des choses. Elle n’a pas le côté volubile du commercial mais elle en a le côté accrocheur. Je pense que c’est cette double approche, à la fois terrain et conceptuelle, qui fait sa force », analyse-t-il. Maire adjointe de Saint-Étienne, PDG d’a-SIS et bientôt directrice commerciale de Savoye, Chantal Ledoux est sur tous les fronts.

 

Du concept à la réalisation

Seulement voilà, les relations avec son employeur se dégradent. Elle quitte Savoye. Parallèlement, son mari planche sur de nouveaux projets. Si elle n’écoute pas forcément son concept au départ, elle finira par tendre davantage l’oreille, saisir le sens du projet et lui donner vie : « Il avait comme toujours l’idée d’un système très novateur. Ce qu’il avait en tête me semblait génial, j’y croyais », se souvient-elle. À 58 ans, alors qu’elle a déjà entrepris et réussi, Chantal Ledoux développe de nouveau : « Chantal est très tenace. À partir du moment où elle a imaginé l’approche de Boa Concept, elle avait une vision. Jean-Lucien et elle ont fait d’une logique informatique un développement mécanique. Ce pont entre deux mondes est à la genèse du concept de Boa », analyse Jean-Paul Rival. Ainsi, chez Boa Concept, si l’un développe, l’autre invente. Un duo sur lequel Chantal Ledoux n’aime pas s’épancher, trop discrète : « Elle ne parle jamais de son couple. Cela démontre une grande pudeur et une honnêteté intellectuelle. Elle sépare parfaitement les choses », témoigne son ami Christophe Chastel, directeur général de Signature Logistic.

 

Mais c’est pourtant ce binôme qui donne naissance en 2012 à Boa Concept et à ses convoyeurs modulaires intelligents, aujourd’hui implantés dans de nombreux sites logistiques. Car depuis, l’entreprise a rencontré le succès que l’on lui connaît. Quant à Chantal Ledoux, qui poursuit le développement stratégique de sa société, elle continue aussi d’inspirer ses pairs. En témoignent les propos de Christophe Chastel à son égard : « Elle m’inspire beaucoup d’estime et fait preuve de professionnalisme. Sa carrière est ponctuée de succès notables qu’elle vit de façon simple. C’est une force sereine », conclut-il.

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