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Transversal

Vers une digitalisation logistique en réseaux : la coopération des acteurs est la clé

Une tribune signée par Anne-Marie Idrac, présidente de France Logistique.

Publié le 11 septembre 2023 - 14h40
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 Gorodenkoff via stock.adobe.com

L’art logistique de faire arriver le bon produit / au bon moment / au bon endroit / au meilleur coût / avec le moindre impact environnemental est un cas d’école pour le développement du digital

De la Semaine de l’Innovation transports et logistique (SITL) à VivaTech, la part des innovations dédiées ou applicables aux supply chains et à la logistique est, ces derniers mois, apparue majeure.
Cela s’explique par la transversalité des activités, la multiplicité des acteurs impliqués et la recherche permanente d’optimisations.
En tant que telle, et à l’appui des innovations matérielles et d’organisation, la digitalisation contribue fortement à l’efficacité et la compétitivité des opérations et services, comme à la réduction de l’empreinte environnementale. Globalement, il s’agit de transformations structurelles du secteur.
En voici quelques exemples, qui tous font appel non seulement aux technologies mais aux capacités des acteurs à coopérer.

 

Dématérialiser les liens Entreprises / Administrations pour l’efficacité collective

   • Une multitude d’initiatives numériques sont développées par les acteurs publics.
Ainsi les dispositifs « frontière intelligente » Brexit et France Sésame, portés par la Douane, facilitent-ils déjà la gestion des formalités administratives, par les acteurs tant publics que privés. Ces outils de compétitivité ont contribué à faire remonter la France dans le classement logistique de la Banque Mondiale, du 16ème au 13ème rang entre 2018 et 2023.
Il faut continuer de travailler à la fluidité du passage numérique des frontières, pour en faire un véritable outil d’attractivité de nos ports et aéroports, aux côtés de la fluidité du passage physique.

 

   • D’autres projets sont en cours :
- La digitalisation des règles locales des contraintes ZFE (site internet zfe.green) et au niveau national de celle des arrêtés de circulation (base de données Dialog) doivent faciliter l’information des entreprises sur les règles applicables, dans le contexte de leur harmonisation que nous réclamons par ailleurs.
- L’e-FTI va amener les États à accepter les documents numériques pour le contrôle du transport de marchandises.
La réussite de tels projets est conditionnée par l’implication des acteurs privés, en amont et dans les déploiements, pour garantir le passage d’une bonne intention des acteurs publics à une réalisation effectivement utile aux entreprises et à l’économie.

 

Améliorer les processus de bout en bout pour la productivité et la qualité des services

   • Anticiper et planifier :
Grâce à l’IA, prévisions et anticipations des besoins facilitent la gestion des stocks et des réassorts, et limitent les risques de ruptures. Cela concerne aussi la programmation et l’optimisation des transports en inter-modalités à toutes les échelles ; pour les tournées locales, par exemple, il s’agit de la prise en compte de données publiques fines ayant un impact sur la fluidité du trafic telles l’heure de la journée, l’existence de travaux…

 

   • Garantir la traçabilité et la transparence :
- Le suivi des données est devenu aussi essentiel que les flux physiques pour l’efficacité de toutes les opérations et la satisfaction clients, notamment en multicanal.
- La dématérialisation des factures ou des lettres de voiture (e-CMR) sécurise les relations.
- La cyber-sécurité constitue un enjeu majeur avec la numérisation à grande échelle ; pallier ce risque suppose le suivi de données fiables.
- Les outils de mesure du CO2 contribuent à l’amélioration écologique des opérations.

 

   • Délivrer :
L’internet des objets pour la gestion des stocks, les robots en entrepôts ou encore les véhicules autonomes sur les sites logistiques, bientôt des robots-livreurs, améliorent la productivité et les conditions de travail.

 

   • Réduire l’empreinte environnementale :
La capacité de transformation structurelle et systémique du numérique (planification, optimisation…) est un outil de la sobriété logistique.

 

La coopération entre acteurs est la clé 

   • Au-delà des relations entre les maillons des chaines logistiques facilitées par ces innovations, à poursuivre notamment dans les PME, il faut désormais s’engager vers une vision en systèmes logistiques. Ainsi :

- Les solutions proposées par des startups trouvent leur efficacité pérenne lorsqu’elles sont intégrées en amont dans des dialogues avec des partenaires-futurs clients afin de garantir l’existence de modèles économiques robustes.
- Pour aller vers la mutualisation des transports comme de l’occupation des entrepôts, lorsque cela est matériellement possible, il reste beaucoup à faire pour le partage d’informations (de livraisons par exemple), dans le respect des règles de concurrence.
- Les obligations d’informations extra-financières imposées aux chargeurs sur les émissions des flottes comme celui des entrepôts qu’ils utilisent, implique de plus en plus de partages de données opérationnelles…

 

   • L’évolution vers la standardisation : vu la multiplicité des chargeurs et logisticiens, ainsi que du nombre de solutions qui se développent, la mise en place de langages communs assurant l’interopérabilité (ou la comparabilité) des solutions se pose. Cela pourrait passer par certaines normalisations. À ce sujet, la Chine a obtenu la création, et la présidence, d’un groupe de travail dédié à la logistique innovante à l’ISO.

 

   • Les données et la gouvernance : comme dans les autres secteurs économiques, la question de la gestion et du contrôle de la donnée est cruciale car la donnée est de plus en plus le support de la valeur. Il ne s'agit pas que d'une question technique, mais bien d’un enjeu économique et de souveraineté, à tous les échelons : local, national, global. Ceux qui contrôleront la standardisation et mettront en place les infrastructures d'échange d'information auront une grande influence sur la répartition de la valeur. Ceux qui définissent et mettent en œuvre la transformation numérique prennent une option sérieuse pour prendre la tête dans le futur terrain de jeu qu'ils auront bâti.

 

Dans le chemin vers des systèmes d’approvisionnement toujours plus efficaces, en euros et en CO2, la digitalisation n’est plus une option : porteuse de risques, elle l’est également d’opportunités.

À propos de l'autrice et de France Logistique

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© France Logistique

Anne-Marie Idrac est présidente de France Logistique. Elle a notamment exercé en tant que secrétaire d'État aux Transports de 1995 à 1997, députée de 1997 à 2002, présidente de la RATP, puis de la SNCF et comme secrétaire d'État chargée du Commerce extérieur auprès de la ministre de l'Économie, de l'Industrie et de l'Emploi de 2008 à 2010.

Lancée début janvier 2020, l’association France Logistique porte une vision globale de la filière qui en fait l’interlocutrice de référence des pouvoirs publics sur les sujets transverses. C’est une plateforme de coordination, d’animation et d’échanges entre professionnels destinée à promouvoir des propositions d’actions communes. France Logistique intervient en complément des organisations et associations professionnelles du secteur pour promouvoir les actions communes à tous, qui impactent l’ensemble de la filière.  

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