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Logistique et attractivité : du côté de la formation

12.05.2021 • 09h10
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par Charlotte COUSIN
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Valerio Mezzanotti/AFTRAL.

Si la filière logistique et transport englobe de nombreux sous-secteurs, la question de son attractivité et de la fidélisation de ses talents s’y présente comme un enjeu transverse. Là encore, il s’agit de faire correspondre besoins et demandes, en lien étroit avec les services de l’État.

 Valérie Castay, directrice du département Études & Projets à l'AFT (Association pour le développement de la formation professionnelle Transport et Logistique) observe « de longue date », un dialogue public-privé naturel sur les questions d’emplois, de compétences et de formations dans la filière. Un échange fluide notamment car ces sujets sont liés avec les évolutions réglementaires, qui viennent influencer la formation continue : « Même si le recrutement et la formation continue sont des objets relevant du secteur privé, c’est le rôle de l’État de garantir cette adéquation entre emploi et formation, explique-t-elle. Le financement des formations étant mixte, leur élaboration et la révision de leurs référentiels se fait donc dans un cadre partenarial public-privé ». Exemple sur la question des diplômes ou des titres professionnels mis en place dans les CPC [commissions professionnelles consultatives] dans lesquelles siègent à la fois des représentants professionnels et des organisations syndicales mais aussi des ministères dans le champ de ces certifications, Transport et Intérieur dans le cas de la CPC Mobilité et logistique.

 

Le dispositif Edec

Sur ces questions d’emploi et formation, des dispositifs institutionnels récents viennent s’ajouter aux anciens outils. C’est le cas du Plan d’investissement dans les compétences (PIC), l’une des priorités du Grand plan d'investissement 2018-2022 lancé par l’État et qui vient financer les Edec [Engagement développement et compétences], « un dispositif du ministère du Travail permettant à l’État de conclure des accords avec des branches professionnelles pour la mise en place de plans d’action négociés avec les partenaires sociaux », détaille Valérie Castay. Au-delà d’apporter un appui financier, l’État assure ici « un suivi très étroit des projets et des actions réalisées ». Un Edec Transports et Logistique (devenu Edec Mobilités) mené avec les partenaires sociaux, l’AFT et l’OPCO Mobilités déposé en 2018, est ainsi actuellement en cours jusqu’à fin 2021, avec, au programme, « des études prospectives sur l’évolution des emplois dans la filière, un travail sur des outils pour une meilleure inclusion dans l’emploi, en particulier dans les TPE/PME…, décrit Valérie Castay. Sur les Edec, l’engagement de l’État est très fort, et dans une démarche de co-construction avec les branches professionnelles ». Un outil d’envergure qui fait des petits dans la filière professionnelle avec le lancement prévu d’« un Edec Logistique en partenariat avec France Logistique et un Edec Grand Événement autour de la problématique des Jeux olympiques 2024, avec de forts enjeux logistiques sur l’approvisionnement de la ville pendant les JO et la phase de chantier », explique-t- elle.

 

Attractivité et reconnaissance du métier

La question de l’emploi et de la formation du secteur était également visible parmi les mesures annoncées lors de la tenue du premier Cilog en décembre 2020, l’une d’entre elles visant à « accompagner les transformations de l’emploi et des compétences de la filière ». Pour y parvenir et répondre aux besoins de recrutement de 37 000 professionnels de la manutention attendues d’ici 2030, un plan emploi-compétences spécifiquement dédié à la filière a été élaboré en lien notamment avec France Logistique, le ministère du Travail, de l’Emploi et de l’Insertion ainsi que le ministère de l’Éducation nationale. Le projet Edec intersectoriel Logistique, présenté au comité de sélection du PIC pour l’obtention d’un cofinancement, est également à l’ordre du jour. Ce PIC vise, dans les cinq ans à venir, à former un million de demandeurs d’emploi peu ou pas qualifiés et un million de jeunes éloignés du marché du travail, avec 3,7 millions d’euros mobilisés pour la filière dont 2,1 millions à la charge de l’État.

 

Ce sujet de l’attractivité et de la reconnaissance de ses métiers nécessite un travail de fond, les acteurs du secteur en ont bien conscience. Déjà, en 2017, les organisations professionnelles avaient initié la démarche Tremplin pour faire connaître aux pouvoirs publics leurs difficultés de recrutement et agir localement avec les acteurs de l’emploi pour trouver et former des candidats. Il s’agit aujourd’hui de valoriser certains postes, à l’instar de celui de conducteur-livreur en développement constant, poussé par le e-commerce : « C’est un métier qui évolue et qui mobilise des compétences très spécifiques comparé à un conducteur routier qui a des tournées fixes, avec les mêmes points de livraison et clients », note Valérie Castay. Un métier dont on sous-estime le besoin en compétences et formation, et pour lequel il pourrait y avoir un enjeu de régulation : « C’est un chantier qui est devant nous et qui trouverait tout son sens à être traité dans un cadre public-privé, en lien aussi avec le ministère en charge des transports », termine-t-elle.

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Les régions sur le front

Les clusters régionaux s’emparent également de cette question de l’attractivité du secteur et de ses besoins en recrutement, à l’instar de Bretagne Supply Chain : « Il faut absolument faire du lien entre l’offre de formation et les professionnels en place pour qu’ils puissent expliquer leurs besoins et donc les compétences associées. L’enjeu est de maximiser la performance opérationnelle, de renforcer les équipes supply et d’avoir les compétences clés en interne pour relever les défis de transition énergétique, digitalisation ou de RSE », estime Élodie Le Provost, déléguée générale du cluster Bretagne Supply Chain, qui a organisé en février 2020 en collaboration avec l’AFT, la première édition de Let’s GO, un événement régional annuel de l’emploi et des métiers logistiques. « Let’s GO a été une vraie réussite notamment grâce à la mobilisation des acteurs de la communauté logistique sur le territoire. Les partenaires emploi, les entreprises et les territoires ont été heureux d’y collaborer. C’est une vraie fierté que l’on revienne vers nous en nous disant : “On a compris l’intérêt du collectif et d’un travail en commun, notamment sur les questions d’emploi et d’attractivité” », indique Iwen Layec, délégué général adjoint de Bretagne Supply Chain.

 

Encore du travail

Même démarche du côté du Pôle d’intelligence logistique de la région Rhône-Alpes qui, parmi ses chantiers, travaille à une « démarche de qualité de vie au travail dans une logique d’attractivité de fidélisation et de montée en gamme », à travers des ateliers et divers accompagnements, explique Cécile Michaux, sa déléguée générale. Et il reste encore du travail pour faire reconnaître ses métiers, juge Thomas Daudré-Vignier, président de l’association : « Nous avons organisé des visites en bus sur la zone logistique de de Saint-Quentin-Fallavier, certains élus y ont découvert les métiers de la logistique qu’ils avaient sur leur territoire ! Et ils ont compris qu’il fallait promouvoir le métier, attirer les diplômés et les moins diplômés. Nous avons de plus en plus besoin de personnel, d’ingénieurs ainsi que de main-d’œuvre que l’on peut qualifier et qui sera amenée à évoluer ».

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