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Entrepôts logistiques : vers une substitution de l'opérateur par les robots ?

16.12.2015 • 09h30
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par Matthew PERGET
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2. Préparation de commandes, cas spécifiques... : Les limites de la robotisation

François Mondou pose le problème majeur de l’utilisation des robots autonomes dans les entrepôts logistiques, par rapport à leur précision actuelle. Les robots sont pour l’instant incapables de s’adapter à la variabilité des formes, du poids et des tailles des objets stockés, quand les systèmes d’automatisation les plus avancés permettent eux de récupérer ces différents articles dès lors qu’ils sont stockés dans des bacs standardisés.

Chantal Ledoux, fondatrice et directrice générale du spécialiste de la préparation de commandes de détail via des convoyeurs modulaires BOA Concept, rejoint François Mondou sur le fait que la polymorphie limite le champ d’utilisation des robots autonomes : « Nous ne pourrons jamais robotiser à 100 % la préparation de commandes. Nous réussissons sur des choses assez classiques mais pour les objets avec des formes différentes il y aura toujours des opérateurs. Ils auront d’autre part des outils pour rendre leurs tâches moins lourdes et inconfortables. » Un avis partagé par Sylvain Cerise, directeur commercial du fabricant de solutions de stockage et de préparation de commandes SSI Schaefer : « Le robot qui sait gérer tous les formats des pièces et des cartons n’existe pas encore et n’est pas près d’exister. Il y aura toujours besoin d’opérateurs pour traiter les cas spécifiques. »

 

Pour la mise en colis et le picking unitaire, si les robots ne sont pas au point, des solutions ingénieuses comme celle de Scallog, commencent à voir le jour pour accélérer de manière significative la préparation de commandes. Dans le cas de la mise en colis, la diminution des gabarits réduit la marge de manoeuvre des robots autonomes, comme l’illustre Sylvain Cerise : « La tendance du packaging est à la réduction. Les colis par exemple sont de moins en moins porteurs, donc c’est de plus en plus difficile de les gérer avec des robots. Les clients ont beau travailler là-dessus, il y a quand même un équilibre économique à trouver. Il y aura toujours du hors-gabarit qui sera traité manuellement et des cas spécifiques automatisables jusqu’à un certain point. » Car outre sa contrainte polymorphique, le robot n’est pas en mesure de traiter des opérations pour lesquelles il n’a pas été programmé, d’opérer des choix. Lors d’un problème de maintenance, d’une alerte, d’une erreur de préparation, il n’est pas en mesure de s’adapter à une situation inconnue dans son programme.

 

Si certains robots déployés dans le secteur logistique peuvent fonctionner par redondance, comme pour les machines développées dans l’ingénierie aérospatiale, où les systèmes peuvent être doublés pour prévenir des défaillances et se compléter, leur capacité d’apprentissage est pour l’instant proche du néant. « Ça viendra, c’est une suite logique, pense Alain Bussod, directeur du développement des ventes de Savoye Europe, division du groupe Legris spécialisée dans l’ingénierie, la conception et l’intégration de solutions et de services logistiques. Certains robots s’autocontrôlent déjà dans le monde de l’aéronautique, de l’aérospatial et de la médecine, se surveillent eux-mêmes non pas par redondance mais par une unité parallèle, capable de prendre le relais intelligemment. Certains de nos systèmes “Intelligents” remontent déjà en prédictif leurs niveaux de fiabilité par rapport à une norme définie », explique-t-il.

 

Aux limites technologiques se rejoignent également des contraintes économiques. Chaque nouveau déploiement requiert en effet un calcul précis des gains de productivité engendrés et, par conséquent, de rentabilité sur le court, moyen et long terme. Et comme pour la robotisation, l’automatisation ne peut pas répondre à tous les besoins. « Le problème c’est la limite économique », déclare Pierre Marol, PDG du concepteur et intégrateur de systèmes automatisés de manutention et de stockage Alstef, qui explique que si « le cas général est relativement facile à automatiser », les derniers pourcentages d’automatisation « sont les plus chers parce que ce sont des cas particuliers. » Ainsi, les entrepôts logistiques doivent trouver le meilleur compromis technico-économique et réfléchir à la rentabilité de chaque solution d’automatisation. « Techniquement on sait tout automatiser mais une réflexion approfondie peut conduire à n’automatiser que 70 ou 90 % du besoin initial, et à conserver des opérateurs pour les cas particuliers », ajoute-t-il.

 

Des opportunités plus créatrices que destructrices

La disparition complète des opérateurs n’est pas pour demain. Au contraire, l’évolution de la technologie permet d’ouvrir d’autres champs de perspectives et de favoriser l’émergence de nouveaux emplois. Car toutes les vagues de ruptures technologiques, si elles peuvent entraîner des crises, ont en commun l’apparition de nouvelles professions. Et bien que la tendance depuis le milieu du XXe siècle soit à l’explosion des métiers du tertiaire, le monde demeure plus dépendant que jamais aux composants nécessaires au bon fonctionnement de ces métiers de services. Jean-David Attal, directeur général du fournisseur de systèmes automatisés viastore Systems, affirme ainsi que l’automatisation et la robotisation sont pourvoyeuses d’emplois : « Plus il y a d’automatisation, plus il y a d’emplois. Nous avons observé la même chose avec les robots : ce sont les pays qui ont le plus de robots qui ont le plus d’emplois industriels. Et il ne faut pas penser aux entreprises déjà présentes en France, mais aussi à celles qui pourraient venir s’installer ou se créer dans le pays. C’est exactement la même chose que pour l’informatique, qui a permis de gagner de la productivité et a pourtant créé des emplois. »

 

L’opérateur mute, change de poste, devient pilote ou se fait piloter par des systèmes. L’entrepôt se transforme, s’automatise, se robotise. Des métiers vont disparaître, d’autres verront le jour. Le progrès est un mal nécessaire. Il a permis d’améliorer de façon significative un environnement souvent rude et de répondre à des demandes clients toujours plus exigeantes avec des délais de plus en plus courts. « Le progrès modifie les emplois d’une manière inéluctable. Il ne faut pas essayer de sauver des emplois condamnés, mais plutôt les faire évoluer et se consacrer à accompagner les opérateurs dans la montée en gamme de leurs compétences », conclut Pierre Marol.

BUZZ LOG
“Dans les cinq ans, il risque d’y avoir une vraie évolution du côté des emballages connectés, qui devrait également permettre davantage de personnalisation. Le défi consiste à proposer des solutions avec un vrai sens écologique pour se différencier.”
— Christophe Fournel, en charge du développement de l’Esepac
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