Innovation
3. Entre accélération et acculturation
©
Charlotte Fèvre | Bertrand Gruson (à gauche), PDG de Conex, et Cédric Pillac, directeur adjoint des ventes.Suivant un rythme de développement effréné, que ce soit dans ses capacités de calcul ou ses infrastructures, l’IA bouleverse le calendrier des projets, et suscite aussi des craintes légitimes de remplacement de la part des employés.
Sous la houlette de la loi de Moore, règle empirique énoncée en 1965 par le cofondateur d’Intel (stipulant que le nombre de transistors sur les microprocesseurs double environ tous les deux ans), le développement de l’IA suit un rythme effréné, quasi-exponentiel dans l’augmentation de ses capacités. Une effervescence se traduisant très concrètement dans les emplois du temps des directeurs de sociétés d’édition de logiciels métiers. À l’instar de celui de Bertrand Gruson, PDG de Conex.
« Nous n’avons pas attendu l’essor de ChatGPT pour nous intéresser à l’intelligence artificielle », assure le dirigeant du spécialiste des solutions logicielles douanières et sécuritaires. « Dès 2018, nous avions engagé nos premiers travaux autour de ce que l’on appelait alors le Natural Language Processing (NLP), c’est-à-dire le traitement automatique du langage naturel. À l’époque, nous étions confrontés à une problématique très concrète : le classement des marchandises au regard des nomenclatures douanières. Nous avons cherché à automatiser cette étape en nous appuyant sur les premières technologies d’IA disponibles. Quand ces dernières sont arrivées, nos développeurs n’ont pas été remplacés, mais augmentés. Car le principal changement réside dans notre capacité à expérimenter beaucoup plus rapidement. Là où la réalisation d’une preuve de concept nécessitait auparavant plusieurs semaines, elle peut aujourd’hui être accomplie en quelques jours, voire en quelques heures. Il nous arrive ainsi de formuler une idée le matin et de disposer, quelques heures plus tard, d’un premier prototype fonctionnel. »
Se décharger des charges répétitives
Face à cette accélération drastique des capacités de l’IA, nombre d’employés peuvent se sentir dépassés, et craindre un remplacement à plus ou moins court terme de leurs compétences. À cette angoisse latente, Faustine Latronche de Shiseido répond : « L’approche évolutive s’inscrit pleinement dans notre culture d’entreprise et fait écho aux principes du lean management, hérités de notre ADN japonais. L’objectif est avant tout de créer de la valeur en améliorant les processus, plutôt qu’en remplaçant les personnes. C’est le message que nous faisons passer en permanence auprès de nos collaborateurs : l’intelligence artificielle n’a pas vocation à se substituer à eux, mais à leur permettre de gagner du temps en les déchargeant des tâches les plus répétitives ou les moins créatrices de valeur. En revanche, cela implique d’adopter un nouvel état d’esprit. Les métiers évoluent, les compétences attendues également, et certaines activités se transforment. Il ne s’agit pas d’une simple mutation des outils, mais bien d’une évolution des façons de travailler. »