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et logistique

Innovation

IA et supply chain : de la réflexion à l’action

Publié le 1 octobre 2026

5. Des coûts non négligeables

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Charlotte Fèvre | Thibault Dallemagne, DSI de CMP Group.

Outre les coûts environnementaux colossaux liés à la construction et au refroidissement des centres de données, l’emploi mal maîtrisé des IA, agentiques et génératives en particulier, peut amener à des factures (calculées en nombre de tokens) particulièrement salées.

En à peine deux ans, CMP Group, important acteur international de la distribution et de l’import-export de produits d’équipement et d’ameublement de la maison (qui détient notamment La Chaise Longue), a multiplié les projets autour de l’IA, dans l’ordonnancement et la prise de rendez-vous transport par agent vocal, entre autres. Interrogé sur les coûts, quotidiens ou cachés, liés à l’utilisation de l’IA, Thibault Dallemagne, DSI, répond sans détour : « Certains mois, notre facture s’est élevée à plusieurs milliers de dollars. Heureusement, pas à des millions, sinon nous aurions eu un sérieux problème ! » 

 

Des coûts pouvant rapidement exploser

« Le premier enjeu est la formation », étaie le directeur des systèmes d’information du groupe français, commercialisant plus de 7 000 références dans 80 pays. « J’ai la responsabilité d’accompagner mes développeurs, notamment les seniors, car leur métier a profondément évolué. Ceux qui ne prennent pas le virage de l’IA risquent de se retrouver en difficulté dans les mois qui viennent. Il faut apprendre à travailler différemment, à expérimenter, à développer avec ces nouveaux outils. Dès que l’on construit des agents IA, la consommation de tokens explose. Tout le monde ou presque utilise ChatGPT depuis plusieurs années. Beaucoup ont également testé Claude en se disant qu’il était peut-être plus performant. Pourtant, avec un abonnement similaire, on se retrouve parfois limité au bout de quelques minutes, après seulement quelques requêtes. Ce n’est pas un hasard : derrière, chaque interaction consomme des tokens. »

 

Unité de texte utilisée par un modèle d’IA, les tokens servent à facturer les requêtes, en entrée (ce que l’on transmet au modèle) et en sortie (la réponse générée). En français, 100 tokens représentent en moyenne 75 mots. Une simple question à ChatGPT peut ainsi consommer quelques centaines à plusieurs milliers de tokens, comme par exemple, si on lui demande de consulter des bases documentaires en entrepôt, ou d’appeler plusieurs API d’un WMS. « L’un des cas d’usage que nous avons déployés concerne notre service client, avec la prise en charge de plusieurs milliers de tickets chaque mois, expose Thibault Dallemagne. Au lancement du projet, autour d’octobre-novembre 2025, les résultats étaient excellents. Le système allait chercher de nombreuses sources d’information pour produire des réponses très pertinentes. En revanche, cette approche avait un coût important : le traitement d’un ticket revenait entre 8 et 25 dollars. La qualité était au rendez-vous, mais le modèle n’était pas économiquement scalable. Nous avons donc progressivement optimisé l’architecture, en ajustant les modèles utilisés et en rationalisant les traitements. Aujourd’hui, le coût est tombé entre 4 et 6 centimes d’euro par ticket. »

 

Adapter l’usage de l’IA à la réalité de l’entreprise

Pour sa gestion d’entrepôt, CMP Group s’appuie de longue date sur le WMS Bext d’Infflux. L’éditeur spécialisé dans la chaîne logistique (distribution, industrie, 3PL, transport…) a lui aussi rapidement pris conscience des coûts induits par une utilisation excessive et non cadrée de l’intelligence artificielle. « Aujourd’hui, peu de projets d’IA affichent un retour sur investissement démontré », corrobore Luc Maufrais, directeur général d’Infflux. « C’est pourquoi nous avons fait le choix d’avoir une approche ciblée et pragmatique sur des cas d’usage identifiés. En tant qu’éditeur, nous avons démarré une démarche d’aide au développement (pré-validation du code lors de phases de test) et de “transcription”, afin de maintenir à jour nos modules applicatifs sur les dernières technologies, avec des résultats très prometteurs. En tant que fournisseur de solution métier, nous avons développé plusieurs prototypes, dont un autour du slotting et de la gestion des emplacements, qui vient en complément notre offre ; là aussi, les résultats et retours sont très positifs. »

 

« Néanmoins, pour nous, l’usage de l’IA doit obligatoirement apporter de la valeur à l’entreprise et nos clients. » Et au dirigeant de l’entreprise française, vaisseau amiral du pôle supply chain execution du groupe CFD, de conclure : « Nous sommes une société de 65 collaborateurs : nous n’avons ni le besoin ni l’intérêt de mettre de l’IA à tous les étages. L’IA est un moyen et non une finalité. » 

 

Focus

Miser sur la création de valeur

Investissant conséquemment dans la modernisation de ses infrastructures physiques et informatiques, SPI Group [cf. page 1] ne craint pas d’engager des sommes importantes pour parier sur l’avenir. « Nous sommes une entreprise qui réalise 120 millions d’euros de chiffre d’affaires », contextualise Victor Emmanuel Vieilly, son PDG. « Au cours des trois dernières années, nous avons investi près de 30 millions d’euros de Capex pour automatiser nos installations, aussi bien pour de nouveaux clients que pour moderniser des sites existants. À partir de là et en tant que dirigeant, si demain il faut investir 500 000 euros ou 1 million d’euros dans un projet d’IA qui améliore concrètement le quotidien de nos collaborateurs et crée davantage de valeur pour nos clients, ce ne sera pas un frein. Nous avons l’habitude d’investir lorsque nous sommes convaincus que ces investissements sont créateurs de valeur. »

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