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De l’assaut au sursaut : la résilience de la supply chain

09.03.2017 • 09h30
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par Matthew PERGET
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3. Les caractéristiques d’une supply chain résiliente

Face à ces risques toujours plus nombreux et difficilement prévisibles, les industriels, les distributeurs, les prestataires de logistique et de transport et les fournisseurs doivent travailler constamment à adapter leur organisation et leurs systèmes pour réagir le plus efficacement possible en cas d’aléa.

En psychologie, la résilience désigne selon Boris Cyrulnik « la capacité à vivre, à réussir, à se développer en dépit de l’adversité. » Dans Sauve-toi, la vie t’appelle, récit autobiographique paru en 2014 aux éditions Odile Jacob, le neuropsychiatre, psychanalyste et éthologue précise que ce mot résilience, dont il a énormément contribué à la vulgarisation en France à travers ses travaux, livres et interventions, « permet d’organiser une autre manière de comprendre le mystère de ceux qui s’en sont sortis ». Par analogie, la résilience d’un système se définit comme sa capacité à absorber un choc, à se régénérer rapidement et à continuer de fonctionner après une perturbation. Une chaîne d’approvisionnement ou de production est ainsi considérée comme résiliente lorsqu’elle n’est pas impactée outre-mesure par un évènement qui aurait normalement pu compromettre sa bonne marche, voire la paralyser.

 

Le professeur Donald Waters, auteur de nombreux ouvrages sur la logistique, le supply chain management et la gestion des risques, a défini en 2007 les sept critères d’une supply chain résiliente. Les doctorants en Sciences de gestion du Centre de recherche sur le transport et la logistique (CRET LOG) de l’université d’Aix-en-Provence Mohamed Haouari, Mohammed Amine Balambo et Yuan Yao, les ont retranscrits et détaillés en français dans le cadre d’une communication sur la résilience des supply chains préparée pour un colloque international consacré à la logistique* :

 

1. La planification s’accorde avec la demande 

« Cette concordance est un principe basique du design d’une supply chain résiliente. Elle se présente souvent par une planification qui tient compte de l’équilibre entre les ressources, les produits et la demande. La négligence de la demande, par exemple, une production excessive par rapport à la demande ou une procédure logistique longue pour une commande urgente, sera un obstacle pour la flexibilité, la vélocité et la résilience. »

 

2. Des chemins parallèles 

« Dans une supply chain résiliente, le contournement de la rupture sera plus réalisable avec deux ou plusieurs chemins. Généralement, il y a des mesures typiques comme le sourcing multiple, [la proposition de] plusieurs canaux logistiques, l’externalisation d’une opération à différents sous-traitants ou l’organisation de ceux-ci pour les faire travailler ensemble dans le cadre d’une opération interne. Dès qu’une partie de la chaîne est affectée par une rupture, l’organisation [de l’entreprise] aura des possibilités et des initiatives pour sortir de l’impasse. »

 

3. La chaîne la plus courte 

« Avec des partenariats limités en quantité et d’une qualité supérieure, ainsi qu’avec des distances géographiques plus réduites, la chaîne courte conduit à diminuer le coût du transport et à comprimer le temps de livraison des fournisseurs, [notamment] face à la rapidité de la hausse des prix de la main d’oeuvre et du coût de l’énergie. De plus, l’entreprise bénéficie de flexibilité, et les biens [comptent] moins de défauts. »

 

4. La structure fiable de la supply chain 

« Dans une supply chain en réseau, les maillons vulnérables ne résultent pas de la quantité croissante des acteurs, mais plutôt de la façon complexe dont ils sont organisés. »

 

5. La capacité de rechange 

« Dans une supply chain, le stock superflu est effectif pour les problèmes immédiats, permet [de donner plus d’initiative à l’entreprise] et de réduire le risque. Mais évidemment, le stock augmente le coût et dissimule des problèmes [opérationnels]. Selon Sheffi (2005), la capacité de rechange (redundancy capacity) est plus importante que le superflu physique, particulièrement pour les maillons clés. Il propose des tactiques telles que les équipements alternatifs et les systèmes IT performants. Waters (2007) a renommé cette capacité spare capacity. Selon lui, les équipements, opérations, moyens de transports et quantité des emplois doivent être alternatifs ce qui résulte de la spare capacity. »

 

6. L'agilité 

« L’agilité signifie la flexibilité et l’efficience des opérations face à la rapidité de changements de demande ou d’approvisionnements (Christopher et Peck 2004, Sheffi 2005, Waters 2007). L’agilité est liée à l’ensemble du réseau autant qu’à chaque individu. C’est le cas des délais brefs, des matières et opérations standardisées, du re-scheduling rapide, du déplacement possible des opérations, des fournisseurs flexibles et du flux tiré par l’aval. »

 

7. Le point de pénétration de la commande client. 

« Autrement dit order penetration point ou customer order decoupling point. Selon Sharman (1984), le point de pénétration de la demande est défini “comme étant le point du processus de production à partir duquel les spécificités du produit sont figées, et comme étant le dernier point où les stocks sont maintenus”. De ce point de vue, le système est tiré par l’aval ; les processus d’amont sont contrôlés par la prévision et la planification (Dictionnaire du APICS – Association Internationale pour le Management des Opérations, 11e édition). [Plus l’order penetration point est placé en aval, plus] la clientèle contrôle les opérations et permet de réduire le stock, les délais et la vulnérabilité du mieux possible (Waters 2007). »  

 

 

* Mohamed Haouari, Mohammed Amine Balambo, Yuan Yao. La pertinence d’une réflexion sur la résilience des supply chains dans un contexte de risques : perspectives pour les supply chains globales. La logistique : clef de la compétitivité des entreprises. États des lieux et perspectives, 2010, Maroc. pp.19, 2010. Référence archive ouverte HAL : <hal-00818999>.

 

Ces sept extraits ont été utilisés avec l’aimable autorisation de Mohamed Haouari. Certains ont été légèrement raccourcis ou révisés entre crochets.

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Une résilience aux nombreuses définitions

■ « À l’origine, en métallurgie, la résilience désigne une qualité des matériaux qui tient à la fois de l’élasticité et de la fragilité, et qui se manifeste par leur capacité à retrouver leur état initial à la suite d’un choc ou d’une pression continue. »

 

■« Pour l’informaticien, il s’agit de cette qualité d’un système qui lui permet de continuer à fonctionner correctement en dépit de défauts d’un ou de plusieurs éléments constitutifs. L’anglais utilise le terme system resiliency, que l’on rend, selon le contexte, par tolérance aux failles, tolérance aux anomalies, insensibilité aux défaillances. »

 

■ « Plus récemment, les expressions resilient business et resilient community, moins souvent utilisées en français, font leur apparition dans les publications américaines et canadiennes, lorsqu’il est question de mettre en évidence la capacité intrinsèque des entreprises, des organisations et des communautés à retrouver un état d’équilibre – soit leur état initial, soit un nouvel équilibre – qui leur permette de fonctionner après un désastre ou en présence d’un stress continu. »

 

Source : Encyclopédie de l’Agora, dossier sur la résilience, 2012.

BUZZ LOG
“Face à l’évolution de la réglementation et pour répondre à nos grands objectifs autour de la logistique urbaine, il faudra une multitude de modèles.”
— Thomas Quéro, conseiller métropolitain et adjoint au maire de Nantes en charge de la logistique urbaine
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