Accueil / Décryptage / Emploi/RH / Supply chain : secteur en manque d’attractivité cherche talents

Emploi/RH

Supply chain : secteur en manque d’attractivité cherche talents

05.04.2018 • 09h20
D_2

5. Comment former les logisticiens de demain ?

Alors que les évolutions récentes du secteur font éclore de nouveaux besoins, la logistique cherche ses futurs cadres. Polyvalents et sensibilisés aux innovations, ils devront avoir une vision globale de la chaîne de valeur. Et c’est aux formations logistiques de leur offrir ces cruciaux apports théoriques et pratiques.

C’est un double mouvement non dénué de paradoxe. D’un côté, le constat d’une pénurie de cadres en supply chain alors que les mutations récentes du secteur ont rendu ce sujet crucial. Et pourtant, la formation des futurs logisticiens se porte bien, aussi bien dans les écoles qu’à l’université, affichant des promotions aux effectifs de plus en plus fournis. « Il y a un intérêt grandissant pour le secteur. En quelques années, nous sommes passés d’une quarantaine à plus de 60 élèves », raconte Régis Delafenestre, directeur du master spécialisé Manager de la chaîne logistique et achats de la Skema Business School à Lille (59). « Nous avons montés nos effectifs de 120 à 140 élèves. La demande est de plus en plus forte », assure Dominique Estampe, directeur du programme Isli – global supply chain management à la Kedge Business School de Bordeaux (33). « Il y a globalement beaucoup plus de cursus en supply chain aujourd’hui qu’il y en avait une décennie auparavant », estime Xavier Hua, directeur de l’Institut du Commerce. C’est également le constat que dresse Valentina Carbone, professeure en supply chain management à l’ESCP Europe, qui ne propose pas de formations spécialement dédiées au secteur mais intègre de plus en plus de cours sur le sujet dans ses programmes : « Nous assistons à une montée de la supply chain dans tous nos cursus. Il est important pour nos étudiants de comprendre toute la puissance se cachant derrière cette fonction, longtemps peu légitime et peu valorisée. Il y a quelques années, nous n’avions que deux ou trois perles rares qui voulaient se placer en supply chain à l’issue de leurs études. Aujourd’hui, nous avons un certain nombre d’étudiants qui s’intéressent d’emblée au domaine. C’est un beau succès ».

 

Vision transversale

Qui sont ces futurs cadres ? Derrière les spécificités de chaque formation, des profils se dégagent. « Nos élèves sont principalement des techniciens, ayant une première formation en transport et logistique », raconte Jean Damiens, directeur de l’EST, qui propose une formation de manager transports et logistique et un Executive MBA. « Nous aimerions cependant attirer d’autres profils. Grâce à des efforts de communication, nous avons maintenant des élèves ayant plutôt une expérience en commerce international, un domaine dans lequel la question des flux est capitale, et ceux-ci s’intègrent très bien dans nos programmes. Nous aimerions aussi accueillir des élèves issus de la gestion ou de l’informatique, mais ils ne viennent pas encore spontanément à nous ». Cette nécessaire connaissance en amont du secteur est décrite également par Jean-Michel Dubois, responsable pédagogique à l’Isteli : « Les jeunes arrivés en master ont déjà mis un pied dans la logistique – ils ne viennent pas là par hasard ». La formation continue, à destination de professionnels voulant approfondir leurs connaissances, représente également une partie du public de ces cursus : « Souvent, il s’agit de profils qui souhaitent se remettre à niveau. Parfois ce sont des cadres qui viennent chercher chez nous la formation diplômante qui leur manque », explique Régis Delafenestre. Riches de leurs expériences précédentes dans le domaine, les futurs cadres supérieurs de la supply chain trouvent alors dans ces formations en Bac +5 ou Bac +6 une transversalité nécessaire pour répondre aux nouveaux besoins de ces métiers. Skema propose ainsi un master spécialisé Manager de la chaîne logistique et achats. Une formation ayant un positionnement double crucial selon son directeur Régis Delafenestre : « La supply chain est une matière horizontale. On ne peut plus parler d’e-commerce en évoquant seulement le marketing. Dans le cadre de ce master spécialisé, nous sommes dans une démarche transversale afin de parfaire les connaissances de nos élèves sur les domaines stratégiques qui lient supply chain et achats ».

 

Cette vision globale se retrouve également dans les cursus de l’Isteli. Le réseau historique d’écoles de l’Aftral a ainsi lancé, à la rentrée dernière, un cursus Bac +5 de Manager des opérations et des processus logistiques, à la demande d’acteurs du secteur. « Notre objectif : former des futurs directeurs d’organisations logistiques ainsi que des chefs de projets, c’est-à-dire des personnes qui vont maîtriser la logistique de bout en bout », explique Jean-Michel Dubois. « Il faut donner une vision globale aux élèves. Avec le programme Isli, nous formons de futurs directeurs supply chain ayant une compréhension des marchés internationaux, avec un esprit multiculturel et multiméthodologique », résume Dominique Estampe.

 

Des formations qui évoluent

Maillon-clé de l’emploi, en relation directe avec les entreprises pour mieux répondre à leurs besoins, la formation logistique suit les tendances de son secteur afi n de former de manière pertinente les futurs logisticiens. « L’évolution de la supply chain face au e-commerce et à l’externalisation des prestations logistiques nécessite le recrutement d’éléments performants qui puissent répondre aux besoins d’un service de haut niveau », estime Jean-Michel Dubois. « Ces dix dernières années, il y a un boom de la prestation logistique à l’international. C’est aux formations d’accompagner cette demande ».

 

Dans les faits, cela passe par une remise en question permanente des programmes et des cursus. Pour coller au mieux aux besoins présents et futurs du secteur, les écoles mettent en place des veilles actives et prennent constamment le pouls du secteur. « À l’EST, nous avons un comité d’orientation composé de dirigeants d’entreprises », explique Jean Damiens. « Nous nous basons donc sur un référentiel de compétences constamment mis à jour. Chaque année, sur les salons et dans des évènements professionnels, nous trouvons des éléments additionnels pour enrichir nos cours. Il faut toujours être dans le mouvement ». C’est également grâce aux retours des acteurs du secteur que Skema affine ses cursus, profi tant de l’écosystème supply chain du Nord de la France. « À échéance régulière, nous invitons des experts pour échanger sur nos enseignements ainsi que sur les thématiques nouvelles à traiter », raconte Régis Delafenestre. « Nous accueillons des responsables supply chain d’entreprises telles que Alstom ou Auchan. Nous analysons ensuite les résultats de ces échanges et décidons de mettre en place de nouvelles matières ou d’en faire évoluer certaines. Cette année, nous avons totalement repensé nos cours sur le sourcing ou les systèmes d’information par exemple. »

 

Même son de cloche du côté de Kedge : « Nous organisons annuellement des comités stratégiques et de perfectionnement avec des acteurs de la supply chain afin d’identifier les nouveaux besoins et cerner les compétences attendues », raconte Dominique Estampe. Mais la recherche appliquée joue également un rôle dans ces évolutions : « Chez Kedge, nous avons la chance d’avoir un centre de recherche où nous pouvons tester, avec une douzaine d’enseignantschercheurs, toutes les innovations sur des sujets tels que les smart cities ou la gestion des coûts cachés. Nos professeurs sont ainsi partie prenante des innovations qu’ils transmettent aux élèves. »

 

Les entreprises ne sont jamais loin

Cet encrage au sein du monde de l’entreprise se manifeste également au sein des cursus. Professionnalisantes par nature, la plupart des formations proposent ainsi de passer par l’apprentissage, afin de mêler théorie et pratique. « Nous avons de moins en moins de formations à temps plein. Les étudiants veulent pouvoir être payés et baigner dans le monde professionnel plus rapidement », raconte Florence Bonnafous, directrice adjointe de l’Aftral. « La mise en pratique est fondamentale », estime Jean Damiens. « À l’EST, nous avons un rythme de quatre à cinq jours de cours par mois. Cela permet à l’alternant d’assurer un poste et des missions de bout en bout, de manière moins fractionnée. » Un avis partagé par Dominique Estampe chez Kedge : « Le plus important doit être, pour nos élèves, de savoir analyser la complexité de la supply chain au travers des réalités d’entreprises. Cela passe par de l’alternance mais aussi par des missions ponctuelles ». L’école propose ainsi à ses étudiants de réaliser des projets de consulting. « L’objectif : que les compétences acquises soient mises en oeuvre rapidement. Chaque année, nous avons une quinzaine de groupes tels que Danone, Sephora ou L’Oréal qui travaillent avec nos étudiants. »

 

Mais les entreprises viennent aussi s’inviter dans les cursus : « Plus de 75 % de nos intervenants sont des professionnels ou des dirigeants en poste, complètement dans l’actualité de nos métiers. Il faut appréhender les phénomènes dans leurs réalités concrètes. Par exemple, pour nos cours en réglementation du transport routier de marchandises, nous faisons appel à un délégué régional de la FNTR (Fédération nationale des transports routiers) ainsi qu’à une avocate spécialisée dans le domaine », détaille Jean Damiens pour l’EST. Une relation vertueuse que résume Jean- Michel Dubois : « Les entreprises ne sont jamais loin. Des professionnels en poste interviennent en cours. Des réunions et comités captent leurs réflexions et leurs attentes. De plus, elles participent également à nos jurys de soutenances, permettant d’offrir une validation des diplômes par le secteur. C’est aussi grâce à ce mélange riche, entre entreprise et école, que nous pouvons afficher un taux d’employabilité extrêmement fort. »

 

Des métiers très demandés

Car c’est bien là le plus grand atout de ces formations : l’assurance pour leurs étudiants de trouver très facilement du travail. « Quand je parle aux étudiants, je peux tout de suite les rassurer : ils n’auront aucune difficulté à se faire une place. Ils auront même l’embarras du choix », explique Jean Damiens. En effet, face à la pénurie de cadres, toutes les formations affichent des taux d’employabilité très attractifs à l’issue de leurs cursus. « Nous avons 80 % d’embauches à la fin de la formation. Et les 20 % restants trouvent un poste dans les quatre mois suivants. Le secteur a besoin d’énormément de talents », affirme Dominique Estampe pour Kedge. Du côté de Skema, « 60 % des étudiants ont déjà des promesses d’embauches avant même l’obtention du diplôme, souvent au sein de leurs entreprises d’alternance. Et nous atteignons les 91 % après quelques mois », déclare Régis Delafenestre. Même constat du côté de l’Isteli avec 93 % d’étudiants en poste dans les trois mois suivant la fin du cursus. Et tous ces profils suivent la même tendance : ils restent fidèles à leur discipline tout au long de leur carrière. « Quand nos étudiants rentrent dans le secteur, ils n’en sortent plus ! Il y a tellement de besoins, de problématiques, de métiers – on ne fait jamais la même chose d’un jour à l’autre », résume Florence Bonnafous.

 

ÉV

E_1
Serious games : quand la supply chain joue le jeu

Méthode d’apprentissage ludique et pédagogique utilisant le jeu de rôle et la simulation pour mettre les élèves face à des situations concrètes, la pratique des serious games s’est démocratisée au sein des formations.

Une façon de mieux coller au pragmatisme des métiers de la supply chain selon Valentina Carbone de l’ESCP Europe : « Apprendre par la mise en situation est un élément très important. En cours, quand on parle de collaboration, on reste parfois dans l’abstrait. Mais quand nos étudiants jouent à de tels jeux, ils réalisent que l’équipe gagnante est celle qui a la meilleure vision commune, le meilleur alignement des indicateurs de performances, la stratégie la plus fine. C’est un terrain fertile ». Le plus populaire de ces « jeux sérieux » consacré à la supply chain s’appelle « The Fresh Connection ». Créée par l’entreprise néerlandaise Inchainge en 2008, cette simulation propose à des équipes de jouer le rôle du comité de direction d’une entreprise fictive de jus de fruits pendant une journée. Objectif : repenser toute sa supply chain pour lui permettre d’être rentable. Distribué en France par Fapics et utilisé dans des écoles telles que l’ESCP ou l’Isteli, ce jeu s’est taillé une réputation dans le monde académique mais également professionnel – des entreprises l’ayant introduit au sein de leurs formations internes. « C’est une façon innovante de mettre nos étudiants face à des situations très réelles et de leur faire prendre conscience des enjeux de la supply chain », estime Jean-Michel Dubois de l’Isteli. D’autres serious games ont ainsi trouvé leur place au sein des formations : parmi eux, Réactik, créé par le CIPE (Centre international de la pédagogie d’entreprise), qui met l’accent sur l’accélération et l’optimisation des flux. De quoi roder les futurs responsables supply chain. ÉV

OFFRES D'EMPLOI
SAVOYE / 21 - Côte d'Or
SDZ PROCESSREA / 92 - Hauts de Seine
SDZ PROCESSREA / 92 - Hauts de Seine
SDZ PROCESSREA / 92 - Hauts de Seine
BUZZ LOG
“Proposer de la multimodalité dès aujourd’hui, c’est préserver l’avenir face aux futures contraintes en milieu urbain.”
— Christophe Ripert, directeur général adjoint de Sogaris.
SUIVEZ-NOUS
NEWSLETTER
Pour rester informé chaque semaine