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Innovation

Révolution digitale : la supply chain renversée

04.07.2015 • 11h00
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par Pierre Maxime BRANCHE
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AU SOMMAIRE
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Repenser la supply chain
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Fives et GT Nexus
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Le grand export dans les règles
Parce qu’Internet n’a jamais été si puissant, parce que l’immédiateté et l’instantanéité sont ses nouvelles valeurs, la supply chain digitale s’inscrit dans une course effrénée contre le temps où l’agilité et l’efficacité lui imposent des réorganisations. Une révolution incontournable pour ne pas perdre de parts de marché.

1. Dématérialisation et instantanéité Repenser la supply chain

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Si la base de la concurrence a longtemps été la supply chain physique, elle se tourne désormais inexorablement vers la supply chain digitale. Un virage que chaque entreprise se doit d’aborder sous peine d’être débordée.

« Le business est devenu international et il a fallu que les systèmes suivent. Aujourd’hui, tout le monde peut acheter, commander, vendre de tout point, n’importe où et, parce que le commerce sur Internet s’est très largement développé, la digitalisation impose que toutes ces données soient enregistrées. Alors qu’il n’y a pas si longtemps, on avait simplement un fournisseur, un prestataire interne ou externe et un client final, on gère aujourd’hui informatiquement un plus grand nombre d’intervenants. Ces acteurs doivent être en ligne car le nouveau business exige toujours plus d’instantanéité et de disponibilité de l’information, au même moment et format. La supply chain suit ce mouvement pour mener à bien les flux physiques et en informer chaque maillon de la chaîne. Si l’on résume, c’est plus d’acteurs, plus de systèmes et plus d’instantanéité », explique Jean-Pierre Gautier, directeur du pôle métiers chez Acsep.

 

Le partage en communauté

Une super supply chain possible grâce aux récentes avancées technologiques. « Avant, nous avions un entrepôt qui livrait les 30 magasins situés dans sa périphérie. Aujourd’hui, les clients finaux sont des entités à part entière. Au niveau de la logistique, les process ne sont pas du tout les mêmes », note Didier Santurette, directeur du développement chez Acsep, une analyse partagée par Jean-Pierre Gautier : « Tout était plus long, il fallait passer par une commande courrier et un bon de commandes, alors qu’avec Internet, c’est instantané. Grâce aux nouvelles solutions techniques, on est capable en appuyant sur un seul bouton d’avoir n’importe quelle information, des connexions et du service sur l’ensemble de la supply chain, de la fabrication jusqu’au client final. Voilà l’énorme avancée : pouvoir dire ce que l’on fait, ce que l’on ne peut pas faire et quand on pourra le faire. Que n’importe qui puisse commander un film depuis la France à trois heures du matin sur son téléphone dans n’importe quel pays, c’est un exemple typique de la supply chain digitale. Cet ordre, passé en pleine nuit par un particulier, va instantanément être mis à jour jusqu’à déclencher, pourquoi pas, une remise en fabrication du film à des centaines ou milliers de kilomètres ».

 

Inconcevable il y a encore quelques années, cette technologie est aujourd’hui la référence sur laquelle chaque enseigne doit s’aligner et crée des bouleversements organisationnels inéluctables. « Certaines sociétés sont à la traîne et vont perdre des parts de marché face à leurs concurrents qui sont déjà beaucoup plus agiles et proactifs dans la prise de décision. On est en train de passer un cap, car de nombreuses entreprises avancent sur le sujet, notamment les gros groupes, et même si certains sont plus lents, tout le monde y vient, c’est incontournable », avance Sébastien Vittecoq, directeur supply chain consulting chez GT Nexus.

 

Précurseur sur la digitalisation, la société américaine a en effet misé sur cette technologie dès sa création en 1999, avec les moyens de l’époque. Il explique : « Cela ne s’appelait pas encore le cloud, mais l’objectif était d’avoir l’information au centre, c’est-à-dire que l’on cherchait à retirer tous les moyens de communication classiques type e-mail, fax et téléphone en postant de la donnée. Nos fondateurs sont partis sur ce modèle car ils se sont aperçu que pour une transaction de commerce international, qui peut être très longue si l’on part par exemple d’une commande en Asie pour une livraison en Europe, on a un fournisseur, des 3PL, des transporteurs, des institutions financières… qui vont être impactés par cette transaction. Différentes entités qui doivent toutes bénéficier de la même information. Donc la commande se doit d’être au centre de l’information et des échanges. C’est la garantie que tout le monde travaille sur la même donnée. Chez nous, l’aspect communauté est extrêmement important, nous ne sommes pas qu’une application ».

 

La fuite en avant du tout immédiat

Communauté, réseaux, connexion, ces mots résonnent aujourd’hui de plus en plus en fort. Dans nos vies personnelle et professionnelle, en B2C comme en B2B, le partage d’information est devenu la norme. Digitalisation rime avec normalisation. Il était inconcevable que les systèmes logistiques, au plus près des consommateurs, soient l’exception ou échappent à la règle. « On estime que 80 % de la donnée totale d’une entreprise est à l’extérieur, car ses fournisseurs, ses transporteurs… sont des sociétés externes. Si l’entreprise ne récupère pas ces données-là, elle devient complètement aveugle et subit les aléas. En ayant connecté tous ses partenaires, elle sera capable d’avoir une supply chain totalement efficace et plus agile. Les connexions pour partager l’information sont très importantes », insiste Sébastien Vittecoq.

 

Le tout immédiat, voilà le nom du coupable de cette révolution digitale. La société entière galope derrière l’information : médias, politiques, consommateurs… Pour acheter, consulter, s’informer, commander, consommer, et la liste est encore longue, nous voulons tout, tout de suite et partout. « Ce virage digital est crucial, voire vital pour les enseignes, car nous assistons aujourd’hui à une fuite en avant du tout immédiat. Lorsque l’on commande un livre sur Internet, on aimerait que le facteur sonne directement à la porte, alors même que cela n’apporte aucune valeur supplémentaire au produit. Le digital permet aux consommateurs d’être eux-mêmes des éléments structurants sur la chaîne, ce qui est tout à fait nouveau. Quand on sélectionne un produit ou un mode de livraison sur un écran, cela modifie toutes les données de la chaîne et la réorganise dès que la donnée est enregistrée », lance Jean-Pierre Gautier.

 

Emmanuel Perez, responsable développement chez Fives, poursuit : « Quand on observe la forte proportion de foyers qui disposent d’Internet ou d’un smartphone, oui, ce virage semble incontournable. Chez Fives, la digitalisation c’est notamment notre travail réalisé sur l’entrepôt connecté pour une performance optimisée. Notre système informatique WCS Trace 3.0 pilote et optimise les performances des installations mécanisées et automatisées. Par exemple, on a différentes fonctionnalités qui permettent de rendre cet entrepôt complètement connecté et d’optimiser les performances temps réel des installations. Avoir la possibilité de visualiser l’avancement des commandes même en dehors de l’entrepôt grâce à des outils connectés répondait à une attente des exploitants ».

 

La dématérialisation du produit

Le constat est clair : désormais, les sociétés exigent une vision extrêmement précise des tendances, de leurs frais et de leurs stocks sur l’ensemble de la supply chain, du fournisseur jusqu’au client final, B2C et B2B confondus, et n’ont qu’un seul mot à la bouche : agilité. Sébastien Vittecoq : « Le but est d’être le plus agile possible et de réagir à l’ensemble des aléas sur la supply chain. On ne va pas attendre d’avoir une crise pour se demander quels sont nos flux impactés et comment réagir ? En quelques clics sur notre plateforme, on connaît en temps réel l’ampleur de l’impact ce qui permet de passer du temps sur la décision à prendre pour mettre la bonne solution en place. Si on n’a pas une supply chain entièrement digitalisée, connectée avec ses partenaires, c’est impossible ». Connectée, mais surtout efficace.

 

La digitalisation souffre d’un paradoxe, comme l’explique Lionel Albert, directeur du développement des offres supply chain d’Oracle sur le marché français : « Avec cette révolution digitale, on rend intangible un produit physique. D’un côté, on dématérialise les produits pour le consommateur, alors qu’au niveau de la supply chain, il reste un produit physique dont il faut disposer de toutes les données en matière de dimensions, de conditionnement, d’emballage, de livraison pour pouvoir le gérer et servir correctement le client ».

 

Si le gros de la digitalisation concerne la vente multi canal et le e-commerce, la dimension de conformité face aux règlements internationaux se développe considérablement. Comment savoir si vous pouvez vendre tel produit pour tel client, si ce dernier n’est pas placé momentanément sur une liste restrictive, et si vous êtes en règle avec les milliers de contenus internationaux mis à jour quotidiennement ? « Jusqu’à présent, pour des produits sensibles ou des clients qui passent une commande et à qui vous n’aviez pas forcément le droit de vendre, il fallait un certain nombre d’autorisations. Maintenant, avec les systèmes interconnectés, vous disposez d’applications qui vous informent automatiquement des autorisations nécessaires, qui suivent la gestion et la création des documents officiels, des déclarations en douane… On s’oriente aussi vers une communication dézonée entre les systèmes gouvernementaux, les institutions bancaires, les douanes… », ajoute Lionel Albert.

 

Des compétences et métiers de spécialistes

La digitalisation ne crée pas simplement de la valeur, elle ouvre des perspectives en multipliant les échanges entre les systèmes de données informatiques et impose qu’ils communiquent entre eux. Aujourd’hui, l’une des contraintes est la compétence requise. Pour Jean- Pierre Gautier : « On doit apprendre le langage de l’acteur A, le rendre lisible pour l’acteur B et tous les autres collaborateurs autour de B. La difficulté est de mettre en oeuvre ces audits pour relier tous les systèmes et les maintenir car, même s’ils sont automatisés, il faut les surveiller afin d’éviter d’éventuels blocages sur l’ensemble de la chaîne. Soit l’entreprise dispose de ces compétences en interne, d’un service informatique qui va à la fois développer les messages, les maintenir, définir les stratégies, soit elle externalise cette fonction. Même s’il faut développer des machines, former des hommes, surveiller, etc, le retour sur investissement est important car, à terme, les enseignes gagnent du temps, donc du business ».

 

En dix ans, Catalina France est passée de deux à quarante collaborateurs, soit 20 % de son effectif affecté à la digitalisation. Un investissement colossal et l’arrivée de nouveaux profils tels qu’analyste marketing et data scientist, qui poussent plus loin la prise en compte du comportement du consommateur. Fives développe quant à lui ces compétences en interne avec plus de 25 personnes qui composent le département automatisme et informatique industriel, leur plus gros bureau d’études.

 

Avec l’explosion de ces données, analyses, expertises et de ces partages en communauté, peut-on digitaliser les yeux fermés ? Perdre ses informations ou voir la concurrence s’infiltrer pour mieux gagner des parts de marché est-il toujours risqué ? « Il y a quelques années encore, les données digitales étaient plus facilement piratables que les autres. Aujourd’hui, avec les niveaux de sécurité et de stockage mis en place, tout est beaucoup plus protégé. On observe un accroissement de la sécurisation des données par l’authentification, l’autorisation, l’auditabilité des personnes habilitées à y accéder. Un coffre-fort électronique est plus facilement sécurisable qu’une chambre forte physique », lance Lionel Albert, suivi par Sébastien Vittecoq : « Voir l’ensemble de ses informations hébergées sur le cloud, et non plus à l’intérieur de ses quatre murs, peut apparaître comme une perte de contrôle. Mais les entreprises s’aperçoivent que les systèmes de sécurité sont à de tels niveaux qu’elles ne pourraient même pas se les payer si elles devaient développer elle-même une application. Ce modèle est incontournable pour pouvoir connecter l’ensemble des partenaires. Et si la plupart des entreprises y vont, c’est qu’elles ont compris tous les avantages induits ».

BUZZ LOG
“La Blockchain ne va pas changer le monde et tout disrupter. Mais sur certains segments, à assez court terme, elle va faire évoluer pas mal de choses dans la façon de concevoir le business.”
— Antoine Yeretzian, co-fondateur de Blockchain France
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