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Entretien exclusif avec Henry Puhl, CEO de TGW Logistics
Connaissant une dynamique commerciale soutenue, l’intralogisticien TGW Logistics a réalisé des résultats records lors de son dernier exercice fiscal. Henry Puhl, son PDG, nous détaille sa stratégie de développement, sa vision du marché international de l’intralogistique et la singularité de son entreprise autrichienne.
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TGW Logistics
Quel regard portez-vous sur l’évolution de TGW Logistics, depuis votre arrivée en tant que CEO en début d’année 2024 ?
Je connaissais bien sûr TGW Logistics en tant que concurrent – j’ai précédemment travaillé chez Kion – et avais beaucoup de respect pour les produits, mais aussi pour les personnes. Lorsque j'ai commencé le processus d'entretien, la transformation était un sujet important ; TGW Logistics a connu une forte croissance, mais certaines structures et certains processus n'ont pas évolué en parallèle. Si vous voulez passer d'un chiffre d'affaires d'un milliard à deux milliards d'euros, vous avez non seulement besoin de bons produits et de relations étroites avec vos clients, mais aussi d'une structure appropriée. C'est cette combinaison qui m'a attiré. Je vois un grand potentiel pour développer TGW Logistics au-delà de sa position actuelle : du bon milieu de terrain jusqu’à la ligue supérieure. Elle possède de plus une certaine singularité, en tant qu'entreprise appartenant à une fondation. Préserver et renforcer cette unicité me motive.
Lors de votre dernier exercice fiscal, vos prises de commandes ont augmenté de 55 %, pour atteindre un chiffre record de 1,5 milliard d'euros. Comment expliquez-vous un tel dynamisme ?
Le secteur continue d'investir dans l'automatisation et nous avons constaté certains effets de rattrapage. Nous avons également réussi à convaincre les clients existants et nouveaux de TGW Logistics, y compris dans des secteurs en pleine croissance tels que la santé. Nous avons récemment signé l'un des plus gros contrats de l'histoire de notre entreprise avec le détaillant Marks & Spencer en Angleterre, pour un centre de distribution alimentaire à Daventry, à environ 100 kilomètres au nord de Londres.
Vous souhaitez doubler votre chiffre d’affaires d’ici 2030. Quels leviers stratégiques allez-vous mettre en place pour atteindre cet objectif ?
Nous poursuivons trois axes de croissance. Premièrement, les nouveaux segments de clientèle. Issus du secteur de la mode, nous nous développons désormais fortement dans les domaines de l'alimentation et du e-commerce – trois univers aux besoins et exigences très divers. Deuxièmement, les nouvelles technologies. Notre grande force réside dans l'automatisation stationnaire : navettes, systèmes de stockage automatiques. Mais la demande en automatisation mobile et flexible ne cesse d'augmenter. Il s'agit d'un monde technologique différent, élargissant considérablement notre gamme de services. Troisièmement, les États-Unis, le plus grand marché mondial pour l'intralogistique. Nous y sommes présents depuis des années, mais nous avons décidé de passer à la vitesse supérieure.
Comment analysez-vous l’évolution actuelle du marché de l’intralogistique, en Europe et ailleurs ? Quels secteurs et zones géographiques tirent particulièrement sa croissance ?
Le secteur de la distribution alimentaire continue de croître malgré la crise, car la pression en faveur de l'automatisation s'intensifie. Les chaînes de distribution sont confrontées à un problème de rentabilité, auquel s’additionne une pénurie de main-d'œuvre. Les entreprises du secteur de la mode peuvent être affectées par la conjoncture économique, mais elles considèrent l'automatisation comme une nécessité afin d'optimiser leurs coûts, en particulier en période de difficultés économiques. Chez TGW Logistics, nous sommes là où se trouvent nos clients. Traditionnellement présents en Europe occidentale, l'Europe centrale reste à ce jour un marché clé : l'Allemagne, l'Autriche, l'Italie, mais aussi les pays d'Europe de l'Est. Nous avons connu une forte croissance en Europe du Nord, avec des marchés importants au Royaume-Uni et dans les pays du Benelux. En France, nous entretenons depuis longtemps des relations précieuses avec nos clients, par exemple avec Decathlon ou Leroy Merlin. Nous voyons un grand potentiel en Amérique du Nord, où nous connaissons une croissance significative en termes de pourcentage. En Asie, nous sommes présents en Chine et en Corée, mais aussi désormais en Asie du Sud-Est.
Sur l’année écoulée, votre entreprise déclare avoir investi environ 53 millions d’euros en recherche et développement. Quelles sont vos innovations majeures, récentes ou en cours, que ce soit en termes de produits, de services et de logiciels ?
Nous investissons environ la moitié de cette somme dans le développement des technologies existantes. Notre système de navettes et notre technologie de convoyage sont performants, mais nous voulons les améliorer encore et les rendre plus rentables. L'autre moitié est consacrée aux technologies futures. L'accent est mis ici sur les logiciels : nouvelles fonctionnalités, nouvelles fonctionnalités d'IA, nouvelles offres de services. De plus, nous opérons dans un écosystème ouvert et recherchons des partenaires disposant des technologies appropriées. Nous pensons que l'automatisation stationnaire va continuer à se développer et ne disparaîtra pas complètement. Elle sera plutôt combinée à l'automatisation mobile, en plein essor.
Avec SmartPocket, nous avons également repensé la technologie des sacs suspendus. Le trieur à pochettes (pocket sorter) classique comprend de longues chaînes d'entraînement, pas très efficaces sur le plan énergétique et particulièrement bruyantes. Nous les avons ainsi remplacées par des robots autonomes, qui se déplacent automatiquement dans un système de rails. Je suis convaincu qu'il s'agit d'une technologie d'avenir ; nous sommes des pionniers dans ce domaine.
Pour finir, pourriez-vous nous parler de la singularité de la structure et de l’organisation de TGW Logistics, avec sa fondation privée et des participations reversées équitablement aux salariés ?
Lorsque nous parlons de TGW, nous ne faisons pas seulement référence à TGW Logistics, mais également à TGW Future Private Foundation, notre propriétaire, et à TGW Future Wings. Il est impossible de les imaginer séparément les uns des autres. Dans ce que l'on appelle l'univers TGW, nous travaillons en étroite collaboration, en particulier en ce qui concerne notre ensemble de valeurs. Les deux tiers des bénéfices réalisés par TGW Logistics sont réinvestis dans l'entreprise. Nous distribuons l’autre tiers à notre propriétaire, qui soutient à son tour les projets caritatifs de TGW Future Wings, consacrés au développement personnel des enfants et des jeunes, via au moins 30 % de ces bénéfices. Avec la TGW Future Private Foundation, nous avons un propriétaire très stable en arrière-plan. TGW Logistics ne peut pas être vendue, c'est un partenaire commercial stable et un employeur fiable.
Je me réjouis particulièrement que nous ayons pu distribuer, pour l'exercice écoulé, un total de 5,5 millions d'euros aux salariés, via un programme de participation dite « duale ». Dans un souci de transparence et d'équité, tous les salariés reçoivent le même montant de base. Et ce peu importe qu'ils travaillent en France, en Autriche ou aux États-Unis, et quelle que soit leur fonction. Le fait que nos salariés puissent participer à notre succès est un élément central de la philosophie de notre fondation.