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Auditionné, Jean-Baptiste Djebbari répond aux questions du secteur du transport

14.04.2020 • 14h57
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Entendu le vendredi 11 avril 2020 sur les conséquences de la crise du Covid-19 sur le secteur du transport et de la logistique, sa gestion par le gouvernement et les mesures de soutien mises en place, le secrétaire d'état chargé des Transports évoquait également le post-confinement et les différents volets à travailler après la crise.

Deux jours avant l’annonce d’Emmanuel Macron, ce lundi 13 avril, de la poursuite du confinement jusqu’au 11 mai, le secrétaire d’état chargé des Transport, Jean-Baptiste Djebbari, était auditionné vendredi dernier par la commission de l’aménagement du territoire et du développement durable qui, depuis le début de la crise, contrôle et évalue l’action du Gouvernement dans ce contexte. Durant cette session de plus de deux heures, Jean-Baptiste Djebbari a répondu aux différentes questions des sénateurs sur de multiples aspects liés au transport et à ses problématiques face à la pandémie mondiale. Une audition animée par Hervé Maurez, président de ladite commission, soulignant en introduction que « la crise a nécessité une réorganisation de la chaîne absolument phénoménale pour répondre aux besoins du pays. Il a fallu s’adapter à la fermeture de nombreuses entreprises ».


L’édition d’un guide pour le transport et la logistique

Lors d’une intervention liminaire, le secrétaire d’état a tenu à remercier le secteur dans son ensemble : « Nous avons aujourd’hui une chaîne logistique qui tient avec des personnels extraordinairement engagés (…) pour faire en sorte que nos services essentiels, et en particulier l’agroalimentaire, fonctionnent normalement ». Reconnaissant une déstructuration des flux « avec des points de tension apparus au cours des jours et des semaines précédentes sur quelques points de la chaîne » (emballage, production des pâtes, distribution des œufs), il a assuré mener un suivi quotidien, avec Didier Guillaume, ministre de l’Agriculture, de ces axes de tension, en lien avec les organisations syndicales et patronales. Sur l'accompagnement, Jean-Baptiste Djebbari a rappelé la mise en place d’un décret précisant les mesures pour protéger les acteurs de la chaîne logistique notamment pendant les opérations de chargement et déchargement, et a annoncé la publication très prochaine d’un guide dédié au transport routier de marchandise et à la logistique « signé a priori par l’ensemble des acteurs et qui permettra de poser un cadre sur les opérations, les circonstances d’exploitation et sur la protection sanitaire (…) de manière à fixer les cadres d’une protection et exploitation sereine de la chaîne ».

 

Focus sur le transport aérien, maritime et ferroviaire

Revenant plus précisément sur chaque sous-secteur, Jean-Baptiste Djebbari a évidemment évoqué un transport aérien subissant de plein fouet la crise avec une réduction d’environ 98 % du trafic en France. Meilleurs résultats pour le maritime : « Jusqu’à présent, il fonctionne correctement avec un trafic fret de bon niveau, et une activité qui a été très réduite notamment par voies réglementaires sur les navires de croisière », a-t-il indiqué, précisant garder « un œil très attentif sur ce secteur avec la Chine qui est repartie, l’Inde qui s’est un peu fermée, et les Etats-Unis qui fonctionnent au ralenti ». Relayant la demande des Armateurs de France, Michel Vaspart (sénateur référent désigné par la commission et chargé avec Didier Mandelli et Jean-Pierre Corbisez de faire remonter les difficultés dans les secteurs de la logistique et du transport de marchandises et de personnes), questionnait sur la mise en place d’un plan Marshall pour les transports de marchandise, de passagers et de croisiéristes. Le ministre a indiqué que cela pourrait en effet faire l’objet d’une mesure de ce type « ou en tout cas d’une revue stratégique sur la façon dont nous entendons financer les ports, sous-traiter les sujets de fiscalités locales et de redevances domaniales », évoquant par ailleurs la nécessité d’une réflexion stratégique sur les flux européens ainsi que sur l’articulation des infrastructures. Avec la crainte d’un redémarrage fort de la Chine, alors que l’Europe sera encore en convalescence, il est important selon lui d’établir des liens avec les partenaires historiques, particulièrement l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne : « Avec eux, nous avons interpellé la commissaire transport de la Commission européenne lui demandant d’agir très rapidement sur l’ensemble des secteurs, et de considérer ces sujets d’infrastructures portuaires et maritimes : il devrait y avoir un effort très net de la commission pour adresser ces sujets de la concurrence et des signaux-prix et je crois que nous avons été entendus. J’ai beaucoup d’espoir sur le fait que nous soyons en mesure de présenter un plan ambitieux sur le maritime », a-t-il commenté.


Concernant le transport ferroviaire, un secteur déjà considéré comme fragile, Jean-Baptiste Djebbari observe une activité en décrue (même si elle reste relativement élevée par rapport au trafic de voyageurs), avec 65 à 70 % du trafic fret encore en mouvement aujourd’hui, misant sur des priorités comme le trafic de céréales plutôt que les hydrocarbures par exemple. « Nous aurons à nous poser la question sur la stratégie de fret SNCF et, en Europe, sur ce marché qui est amené à se développer dans la mesure où il y aura une demande. Il faudra nouer des partenariats européens et se mettre en ordre de marche. Nous aurons à prendre des décisions majeures tant en matière d’investissements que d’exploitation, sur une stratégie nationale et européenne du fret ferroviaire », a-t-il déclaré.

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Des demandes d’aide pour le secteur routier

Quant au transport routier de marchandises, il a également été largement évoqué : « D’après les fédérations de transporteurs que nous avons auditionnées, 70 % des entreprises connaissent un arrêt total ou partiel de leurs activités. Celles qui poursuivent leur activité sont confrontées à des pertes et à des surcoûts importants compte tenu notamment de la désorganisation de la chaîne logistique qui provoque de nombreux retours de camions à vide. Malgré les dispositifs d’aide mis en place par votre gouvernement, le secteur craint que de nombreuses entreprises déposent le bilan si la crise perdure. La fédération de transporteurs souhaite de nouvelles mesures de soutien à savoir la mise en place d’une procédure de lutte contre les retards de paiement, l’anticipation du remboursement partiel de la TICPE pour le 1er et 2nd semestre 2020, la possibilité bénéficier du taux réduit de TICPE directement à la pompe à travers des cartes d’achats carburants spécifiques », a résumé le sénateur Jean-Pierre Corbisez. Face à ces demandes de mesures de soutien, Jean-Baptiste Djebbari a indiqué être « tout à fait disposé à avancer en lien avec le ministère de l’économie et des finances sur des sujets de remboursement accéléré des TICPE, sur la carte d’achat du gazole. Ce sont des sujets connus (…) sur lesquels nous sommes prêts à avancer rapidement pour passer au mieux la crise et accompagner au redémarrage ».

 

Après la prise d’un certain nombre d’ordonnances pour faire face à ce contexte de crise, si le président de la commission Hervé Maurey, observe un système qui fonctionne globalement, il relève néanmoins des difficultés sur le plan sanitaire : « Aujourd’hui il y a une grosse inquiétude de la part des chauffeurs par rapport au manque de masques qui explique en grande partie un absentéisme fort et une menace d’exercice du droit de retrait ». Une inquiétude également ressentie par Didier Mandelli. Celui-ci salue, suite à ses auditions menées avec les opérateurs du secteur, la « disponibilité et la réactivité du ministère sur l’ensemble des questions » mais s’interroge : « Le changement de doctrine du gouvernement sur le port du masque conduira-t-il à le recommander pour les personnels des entreprises du transport ?».  Rappelant la mise en place du pont aérien assurant notamment l’approvisionnement en masques, Jean-Baptiste Djebbari évoquait un chiffre import actuel de 40 millions hebdomadaire, tout en notant une concurrence internationale forte et craignant une seconde vague dans les pays sud-est asiatique. Sur la sécurité du personnel du secteur, il indiquait : « Nous avons pris chaque spécificité de chaque métier et les conditions sanitaires et d‘exploitation ont été travaillées avec les syndicats au fil de l’eau. La médecine du travail a décidé de doter de matériels en fonction des personnels concernés pour leur sécurité d’exploitation ».

 

Appréhender l'après-crise

Parce qu'il s'agissait également d'évoquer l'après-crise, le secrétaire d'Etat chargé des Transports a expliqué en quelques mots les mesures prévues à moyen terme et écouté certaines craintes exprimées par les professionnels de la filière. Ces derniers souhaitant notamment s’assurer que, lors de la reprise d’activité, les opérateurs  étrangers de transport effectuant du cabotage intra-muros France respectent bien les mesures sanitaires mises en place sur le territoire afin d’éviter une situations anti-concurrentielle qui fragiliserait encore davantage les entreprises françaises. « Nous mènerons des contrôles avec une acuité particulière sur cette dimension », a-t-il répondu, avant de résumer les grands volets de travail impliqués dans cette phase d’après-crise. Niveau financier tout d’abord, il s’agit bien évidemment, en lien avec Bercy, de prévoir les conséquences économiques de cette crise sur les différents secteurs : « Et là, une réflexion stratégique, nationale, européenne est à articuler avec des projections qui sont difficile à faire. Nous prenons des hypothèses et essayons de construire ce qui peut être la stratégie la plus favorable ». Le déconfinement amènera également à approfondir le volet de la protection sanitaire, a-t-il précisé : des usagers dans les transports mais aussi des opérateurs avec la question des masques, à terme celle des tests et des processus de nettoyage : « Nous travaillons sur les procédures d’exploitation pour s’assurer que, pendant la période de remontée en charge, il y ait bien le respect des mesures barrière et de la distanciation sociale ».

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“La compréhension des flux de personnes au sein d’une infrastructure permet de créer des espaces plus efficaces en fonction des modèles d’utilisation quotidienne.”
— Peter Kueth, responsable marketing produit chez Here Technologies
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