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13e mois et CDIO : l'Union TLF dévoile un projet d'accord pour les métiers de la logistique

22.10.2021 • 09h00
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DR | Eric Hémar et Yannick Buisson, président et co-président du conseil supply chain de l’Union TLF

Alors que le recrutement reste un sujet épineux dans le monde de la logistique, l'Union TLF annonce un projet d’accord soumis à signature visant à moderniser le statut des métiers du secteur. Eric Hémar, président de l’Union TLF, et Yannick Buisson, co-président du conseil supply chain de l’Union TLF reviennent sur les deux éléments centraux de cet accord : la mise en place d'un 13e mois pour les salariés non cadres et le développement du CDIO pour lutter contre la précarité des équipes.

Pouvez-vous revenir sur la conception de cet accord et ses objectifs ?

Eric Hémar : Depuis 2004, date à laquelle un avenant avait été signé dans la convention collective du transport routier, il n’y avait eu aucune évolution dans le statut des métiers de la logistique. Pourtant, notre secteur a évolué sur tous les plans. Il y a près de deux ans, à l’occasion de divers échanges tels que les négociations annuelles obligatoires avec nos partenaires sociaux, nous nous sommes fixé trois objectifs principaux : améliorer l’attractivité de nos métiers, lutter contre la précarité des travailleurs et réduire l’accidentologie. Ce sont ces deux premiers sujets que nous adressons aujourd’hui dans ce projet d’accord soumis à signature, intitulé « Modernisation du secteur de la prestation logistique », car les deux sont liés.

Yannick Buisson : Tous nos adhérents font face aujourd’hui au même enjeu : attirer des talents. Notre secteur est en croissance et son niveau de technicité augmente. Nous avons tous besoin de montrer ses évolutions. Au détour de cet accord, s’est également posée la question de son champ d’application. Un travail a donc été fait avec les organisations sur la redéfinition de ce qu’est une entreprise ou un établissement logistique. Jusqu’à présent, elle s’appuyait sur une liste de fonctions logistiques précises. Désormais, pour être une entreprise ou un établissement logistique, il faudra disposer de plus de 50 % des effectifs travaillant à des fonctions logistiques. Dans ce cas, la totalité du personnel de cette entreprise ou de cet établissement sera concernée par l’accord. Cela permet d’inclure les collaborateurs qui travaillent sur des fonctions support, et participent à ces enjeux d’attractivité et de compréhension de nos métiers.

 

Que propose cet accord ?

EH : C’est une petite révolution pour notre secteur. Il prévoit tout d’abord la mise en place d’une prime dite de « 13e mois » pour tous les salariés non-cadres et une augmentation de la rémunération annuelle garantie pour les cadres, qui passera de 13,33 à 14 mois.
YB : Cette évolution a nécessité de nombreux échanges avec les acteurs du secteur. Un certain nombre d’entreprises ont déjà un 13e mois, d’autres versent plutôt des primes... Pour simplifier sa mise en place, l’accord précise les primes qui pourront ou non être incluses au titre du 13e mois pour leurs salariés. On exclut ainsi toutes les primes de performances, ainsi que celles qui relèvent de l’organisation du travail (prime de nuit, de dimanche), tandis que l’on peut y inclure les primes de fin d’année par exemple. Dans tous les cas, le minimum qui sera garanti à toutes les équipes, c’est un 13e mois complet à échéance 2025. Nous nous sommes donné quatre ans pour atteindre 100 % d’un 13e mois pour l’ensemble des collaborateurs dans les entreprises logistiques, avec une première étape que nous avons fixée à décembre 2022. L’idée est d’avoir une progressivité, car c’est une augmentation des coûts pour les organisations, qui doit être répercutée ensuite dans les conditions commerciales.
EH : Parallèlement, l’accord prévoit la mise en place d’un nouveau type de contrat de travail dans la filière logistique, qu’on appelle le CDIO [contrat à durée indéterminée d’opération]. C’est un dispositif ouvert par les ordonnances Macron qui permet d’attacher des CDI à une mission précise, dont on sait qu’elle aura une fin, mais dont la date n’est pas encore connue. Dans notre métier, les projets que nous portent nos clients ont des durées variables ; il nous fallait un contrat lié à l’opérationnel et adapté à nos métiers. C’est une attente forte des entreprises pour sortir du choix binaire entre contrats précaires et CDI classiques.
YB : C’est un format hérité du monde du BTP et des contrats de chantiers. Le CDIO permet de trouver un équilibre, avec un dispositif qui répond à nos enjeux commerciaux et les pratiques de nos clients, tout en visant à réduire la précarité des équipes. Il est d’une durée minimum de six mois, et l’accord limite son utilisation à deux CDIO successifs, avec un nombre global de CDIO dans une entreprise de 30 % maximum. L’idée n’est pas de remplacer le CDI ou de créer de nouvelles formes de précarité, mais de pouvoir amener des équipes temporaires vers le CDIO, avec des contreparties financières : une prime mensuelle de 2 %, et une indemnité spécifique à la fin du CDIO qui représente trois fois l’indemnité légale, ce qui permet de donner de la visibilité aux entreprises sur les coûts d’arrêt de contrats.

 

La mise en place du CDIO va-t-elle offrir une nouvelle façon de sourcer des talents ?

EH : Je le pense. Aujourd’hui, l’intérim est un système plus ou moins adapté, déployé dans une optique de pré-embauche au sein de nos entreprises, et dans lequel nous laissons la sélection des équipes à des intermédiaires. À partir du moment où les entreprises logistiques auront la capacité de mettre des CDIO en place, elles vont reprendre la main sur le sourcing, en attirant directement ces talents, ce qui participe à leur attractivité.
YB : Il y a également un sujet de collectif, d’engagement. On signe avec une entreprise pour un contrat long, avec tous les avantages de celui-ci, et pas seulement une simple mission d’intérim.

 

Quelles sont les prochaines étapes pour cet accord ?

EH : Il faudra tout d’abord qu’il soit signé par les organisations représentatives puis étendu par les pouvoirs publics afin d'être applicable à l’ensemble des entreprises. Après quoi, il entra en action : le CDIO sera applicable immédiatement, et le 13e mois progressivement jusqu’à 2025.

 

Quel est le prochain chantier pour l’Union TLF ?

EH : Nous allons maintenant nous attarder sur le troisième objectif de notre feuille de route : un grand plan d’action pour réduire l’accidentologie dans nos métiers, et plus généralement améliorer les conditions de travail pour les collaborateurs. Des efforts importants ont déjà été faits, mais il reste un coup de collier à donner pour nous rapprocher de la moyenne nationale sur le sujet. C’est un projet que nous allons mener collectivement, en trouvant le bon système d’accompagnement et les bonnes obligations pour que, sur un délai de trois à quatre ans, nous puissions réduire de 20 à 25 % l’accidentologie. Il s'agit d'un grand chantier qui sera mis en œuvre en 2022, et qui nous permettra de continuer à améliorer les conditions de travail pour la profession, en phase avec les évolutions de notre secteur.

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