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[Présidentielle] Yannick Jadot : « La logistique devra faire partie des alliés de la transition écologique »

03.03.2022 • 09h02
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En amont de la campagne présidentielle d'avril 2022, Voxlog est allé questionner les candidates et candidats pour recueillir leur vision des secteurs de la logistique et du transport. Cette semaine, c'est Yannick Jadot, candidat d'Europe Écologie Les Verts qui répond à nos questions, évoquant les problématiques de l'attractivité et de l'environnement.

Mise en lumière durant la crise sanitaire, la logistique a su prouver ces 18 derniers mois son importance dans la vie quotidienne des Français. Quelle place trouve-t-elle au sein de votre programme ?

Yannick Jadot : Dans une économie comme l’économie française, dominée par la mobilité, la rapidité et l’accès de tous et toutes aux biens et aux services, la logistique a nécessairement un rôle crucial. J’envisage toutefois, vous l’imaginez, un certain nombre d’ajustements. La pandémie nous a aussi appris que l’extension démesurée et dérégulée des chaînes de valeur fragilisait notre société. La construction de chaînes logistiques a certes permis la division des tâches au sein des chaînes de valeur, mais cette division des tâches, poussée à l’extrême, est aussi responsable de la désindustrialisation, de la volatilité financière, de notre perte de souveraineté et d’une part de l’accroissement des émissions de gaz à effet de serre. Je veux une économie plus cohérente, où nous ne produirons plus à l’autre bout du monde ce que l’on peut produire en Europe. Où l’on ne s'obstine pas à avoir dans les rayons des supermarchés des produits dont on pourrait largement se passer, ou qui n’ont aucune raison d’être livrés en quelques jours depuis un autre continent. Le resserrement des chaînes de valeur ne veut pas néanmoins dire que le secteur de la logistique perdrait en intensité. La logistique devra faire partie des alliés de la transition écologique, notamment pour rapprocher la population des agriculteurs, des artisans, des producteurs ou favoriser l'économie du partage. Les liens que la logistique façonne continueront d’exister, mais sous des formes différentes. Plus humains, plus sensés, plus écologiques.  

 

Impactés par une image souvent négative, la logistique et le transport font face à des problématiques pour recruter. Comment pensez-vous répondre à ces difficultés et valoriser ce segment de l’économie ?

Yannick Jadot : Ces difficultés existent, et changer l’image du secteur prendra du temps, mais il est absolument nécessaire d’y parvenir. Pour cela, nous améliorerons les circuits de formation, mais il faudra aussi bien sûr que les conditions de travail s’améliorent en lien avec les syndicats. Octroyer une meilleure rémunération, offrir une meilleure protection sociale, préserver la santé au travail et en particulier la santé mentale, donner plus de perspectives professionnelles, garantir des contrats plus stables : ce sont les conditions à réunir pour attirer de nouvelles personnes.

 

Les acteurs du secteur soulignent encore le poids des contraintes administratives, réglementaires et financières dans leurs activités, nuisant à leur compétitivité. Quels efforts seriez-vous prêt à faire en leur faveur ?

Yannick Jadot : Derrière la plupart des normes existantes et des réglementations fiscales, il existe un objectif de politique publique : accessibilité, respect de l’environnement, sécurité face à différents types de risques. Dès lors, nous ne pouvons répondre de façon systématique à cette question : partout où les règlementations administratives et fiscales paraissent inadaptées par rapport à l’objectif qu’elles cherchent à servir, nous les questionnerons ; partout où elles se justifient, nous les maintiendrons et même les renforcerons si cela est nécessaire. Du point de vue de la fiscalité, ma philosophie est simple, c’est celle du « bonus-malus », c'est-à-dire une fiscalité incitative pour ce qui est bon pour l’environnement et désincitative pour ce qui aggrave la crise écologique. Sur le secteur de la logistique, cela se traduira par exemple, sur le fret, par une baisse de la TVA à 5,5 % contre 20 % aujourd'hui et par la suppression progressive de l’exonération de la TICPE sur le transport de marchandises par la route.  

 

Les activités de logistique et transport ne sont pas neutres sur le plan environnemental. Faut-il plus de restrictions ? Quels sont les projets que vous mènerez en faveur d’une supply chain respectueuse de l’environnement ?

Yannick Jadot : On ne peut que se réjouir que les questions environnementales progressent chez les acteurs de la logistique, comme partout dans la société. Mais la question ne doit plus être : « Est-ce qu’ils s’engagent ? » mais « Est-ce que leurs engagements sont compatibles avec l’Accord de Paris et la fin de l’artificialisation des sols en 2025 ? » Aujourd’hui la réponse est clairement non, et ce n’est pas la seule responsabilité du secteur privé. C’est aussi la puissance publique qui n’a pas su imposer les limites nécessaires et les règles du jeu. Par exemple, sur l'e-commerce, il y a un enjeu à limiter ce mode de vente qui est particulièrement néfaste pour l’environnement, mais aussi pour l’emploi et les commerces de proximité. C’est pourquoi Delphine Batho et les députés écologistes avaient proposé un projet de loi qui prévoyait un moratoire sur la construction d'entrepôts de commerce en ligne et de grands centres commerciaux. Cette loi sera votée dès le début du quinquennat.

 

 > Retrouvez les interviews des autres candidats publiées sur le site de Voxlog

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